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Jeff :
Papa, le mental peut-il participer au processus de la
réalisation de la liberté ?
Papaji : Oui, il le peut. Le mental est votre ennemi,
mais également votre ami. C'est votre ennemi quand il
est attaché aux objets des sens. Mais quand il aspire
à venir au satsang, ce même mental est amical.
Il vous donne la liberté.
Jeff : Dans un certain sens, c'est un grand
soulagement. Quand nous parlons de la réalisation de
la liberté, qui réalise ?
Papaji : Ce " qui " lui-même réalise la
liberté. Le " qui " qui pose la question est le
même " qui " ressentant que ce " qui " est actuelle
ment asservi. Après avoir connu cela, ce " qui "
révélera son unité. " Regarde, Jeff ",
dira-t-il, " je suis le même " qui " qui t'a
amené ici ! "
Jeff : Saint François a dit : " Ce que vous
cherchez est celui qui cherche. "
Papaji : Oui, oui. Quand vous dites simplement " Qui
? ", " q-u-i ", où le trouvez-vous ? Dites-moi ?
Où ? La réponse ne viendra que si vous ajoutez
quelque chose : " Qui êtes-vous ? " Si vous dites
seulement " qui ? " qui alors vous apparaîtra ? Dites
simplement " Qui ? Qui ? Qui ? "
Jeff : Avec tous ces " qui " je vais bientôt me
sentir devenir oiseau ! Vous dites que la force qui nous a
amenés ici, au satsang, prendra soin de nous. Quelle
est cette force ?
Papaji : Cette force vous a amené ici, vous
fait parler, pose les questions. Elle est maintenant devenue
celui qui questionne. Cette même force pose à
présent les questions. Et elle vous dit aussi : "
Restez tranquille ! "
Jeff : [secouant la tête] Après
vous, Papaji, je pourrais interviewer n'importe qui.
Du point de vue de la science, tout ce que nous percevons,
qu'il s'agisse d'une pomme ou de la grâce pure, est le
résultat de signaux neuraux et de processus
chimiques. Dans la perspecti ve de la biologie, le miracle
de la conscience a une cause physique directe. Comment
pouvons-nous être certains que la conscience, la
présence, le fait d'être éveillé,
n'est pas simplement une réaction chimique et que la
réalisation du vide n'est pas autre chose qu'un
simple apaisement des cellules du cerveau ?
Papaji : La science a fort bien réussi dans
ses recherches. Je n'ai aucune querelle avec elle. Nous
sommes au vingtième siècle et nous avons
beaucoup de chance de profiter des bienfaits que nous
procure la recherche scientifique. Il n'est pas question de
rejeter ses découvertes. Sans elles vous n'auriez pu
venir de Californie jusqu'ici en vingt heures à
peine. Il nous faut donc les accepter. Mais d'où
vient l'intellect qui découvre ? Des
découvertes ont apporté des précisions
sur la nature des cellules du cerveau. Cependant il reste
encore à trouver où ces cellules prennent leur
énergie. J'espère que cela sera acquis un
jour.
C'est le vide lui-même qui anime ces cellules.
Celles-ci envoient alors des signaux partout dans le corps
aux milliards et trillions de cellules qui activent les
pensées, les mouvements des membres, les sens, le
mental, etc. C'est la création. A l'origine est le
vide. Le vide anime les cellules, lesquelles font alors
fonctionner l'intellect et le mental. Puis, dès que
le mental est là, le corps, les sens et les objets
qu'ils perçoivent surgissent. Toutes ces perceptions
sont enregistrées à travers les cellules.
Chaque cellule vous donne une nouvelle incarnation. Chaque
cellule. Car ce que vous désirez entrera directement
dans les cellules et y demeurera caché. Ces
désirs émergeront au moment approprié
et se réincarneront dans d'autres cellules,
elles-mêmes réincarnées, et deviendront
le mental.
Votre question était : Le vide n'est peut-être
qu'un processus chimique survenant dans le cerveau. Mais qui
est conscient de ce processus ? Une force supérieure,
plus subtile que les cellules, est consciente de ce qui leur
arrive. Elle est consciente. Quelle est cette force ?
Jeff : La Grâce, l'atman, le contexte plus
vaste dans lequel nous existons tous sous toutes les formes.
Par cette question je désire que vous-même et
toutes les personnes dans cette pièce comprennent que
je ressens la grâce en votre présence, Papaji.
Je ne nie pas cela, j'essaie simplement de comprendre et
d'éliminer tout doute. Ma réponse sera donc "
la grâce ". Pour moi, c'est comme une force contenant
tout, et même plus encore. C'est plus vaste que tout.
Mais cela me semble être également quelque
chose en quoi je dois croire, avoir foi. La foi en la force
suprême est-elle un préalable nécessaire
à la liberté ? Devons-nous avoir foi en cette
force pour nous éveiller à la liberté ?
Ce que vous nous donnez exige-t-il d'avoir la foi ?
Papaji : Le mot " foi " est utilisé par les
fondateurs des religions. Quand vous utilisez le mot " foi "
vous devez retourner au fondateur d'un ensemble
spécifique de croyances. Avoir foi équivaut
à suivre quelqu'un du passé. Lorsque vous
dites le mot " foi " vous devez voir que votre mental va
dans le passé. Citez-moi un exemple dans lequel il
est question de " foi " qui n'appartienne pas au
passé.
Jeff : Pour moi, le mot " foi " est associé
aux religions, aux religions mortes.
Papaji : Ce mot vous emmène aux images du
passé. " Ayez foi en tel ou tel dieu, en cette statue
ou en telle autre. " Je ne dis pas aux jeunes ici d'avoir
foi en quoi que ce soit qui vienne du passé. Je
n'enseigne pas du tout la foi. J'enseigne la connaissance.
La connaissance n'a rien à voir avec la foi. La foi
vous mène au passé, la connaissance à
l'instant présent. Il n'existe aucune
différence entre l'atman et la grâce. Lorsque
vous utilisez le mot atman le mental ne s'accroche à
aucune personne, à aucun objet, à aucun
concept. En prononçant le mot " grâce ", vous
ne devriez pas penser qu'elle provient de telle ou telle
personne, d'une image ou d'un objet. La grâce est
supérieure à l'espace, plus
élevée, plus subtile, suprême.
D'où l'espace provient-il ? Voilà l'atman. Par
quelle grâce le soleil brille-t-il ? La clarté
du soleil est une manifestation de cette grâce, comme
la luminosité de la lune dans la nuit, la
dureté d'un rocher, la douceur d'une fleur, le flot
d'une rivière, le souffle de l'air et les vagues de
l'océan. Qu'est-ce qui meut l'air ? Je ne parle pas
du mouvement même, du mouvement des vagues à la
surface de l'océan, je parle de ce pouvoir ultime qui
est la source du mouvement : Cela.
Jeff : C'est le mystère ultime.
Papaji : Vous pouvez nommer cela mystère. Cet
" état mystérieux " est nommé
grâce. Aucune différence. C'est un
mystère qui demeurera toujours un mystère, un
secret, sacré, ineffable. Lorsque je vous y ai
conduit, vous ne pouviez rien me dire à son sujet. Si
cela n'avait pas été un secret, vous m'en
auriez certainement parlé, car vous me connaissez,
vous savez que je ne vous aurais pas trompé. Mais
vous ne pouviez rien me dire de ce qui se passait en cet
instant. C'est un tel secret que deux personnes ne peuvent y
aller de front, pas même une seule, ni le corps, ni le
mental, ni les sens, ni même l'intellect qui
discrimine. Cela est Cela.
Cela fait soixante ans que j'essaie de résoudre ce
mystère, sans jamais arriver à en percer le
secret. Je suis un homme âgé, et vous, vous
êtes très jeune, aussi, je vous en prie,
parlez-moi. Je veux voir ce secret, ce mystère, face
à face. Je veux l'étreindre, je veux
l'embrasser, car je n'ai vu une telle beau té nulle
part sur cette planète. Je suis amoureux de
quelqu'un, mais je n'ai jamais vu le bien-aimé.
Jeff : Comment se fait-il que je me trouve assis
comme ça à vos pieds ? Par quel miracle ai-je
été mis ici ?
Papaji : Vous avez appelé. Cette invitation
est la vôtre.
Jeff : Papaji, vous nous conseillez de ne pas lire de
livres concernant l'illumination, car cela ne fait que
créer des idées préconçues et
des attentes concernant ce qu'on sentira, percevra et vivra
au moment de l'éveil. Qu'espérez-vous alors
communiquer à ce sujet lors d'un entretien ?
Papaji : Je ne recommande la lecture d'aucun livre
sacré ou concernant les saints. Lorsque vous lisez un
livre spirituel, vous en appréciez probablement
certains passages que vous gardez alors en mémoire.
Puis, plus tard, vous méditez, essayant d'atteindre
la liberté. Vous voulez être libre et vous avez
à ce sujet un concept acquis dans les livres. Quand
vous méditez, cette idée
préconçue se manifeste et vous en faites
l'expérien ce. Vous oubliez que ce dont vous faites
l'expérience vient de ce qui est emmagasiné
dans votre mémoire. Ce que vous obtenez alors est une
expérience du passé et non l'éveil.
L'expérience véritable n'est pas celle d'un
souvenir du passé. Le mental vous trompe pendant vos
méditations. Il vous trompera et vous dupera
toujours, aussi ne vous fiez pas à lui. S'il veut ou
s'il aime quelque chose, ne l'écoutez pas. Quoi que
ce soit qu'il aime, ne l'aimez pas. Mémoire signifie
passé. Lorsque vous méditez, vous essayez de
réaliser un projet de votre mental : " Je dois
arriver en ce lieu dont parlent les livres. " Votre
expérience la plus récente a donc
été élaborée d'avance, et c'est
ce que vous obtenez, car quoi que pense le mental, cela se
manifeste.
Lorsque vous avez une pensée de samsara, la
manifestation apparaît. C'est votre pensée,
votre vu. Voilà pourquoi le monde se manifeste.
C'est la foi que vous avez en sa réalité qui
vous le fait paraître tellement réel.
Dès l'instant où vous saisirez que la "
réalité " se trouve ailleurs, vous rejetterez
immédiatement le samsara. Vous aurez alors un
vécu absolument neuf, absolument frais. Chaque
instant sera nouveau. Ce ne sera pas une expérience
mentale. A ce moment-là il n'y aura pas de mental et
vous serez absolument seul. Ceci, et uniquement ceci, peut
être nommé " expérience ", cependant je
n'utiliserai plus ce terme ici, car toutes " les
expériences " s'élaborent à partir du
passé. Ce ne sera pas véritablement une
expérience, mais une rencontre très directe.
Pour la première fois vous rencontrerez Cela. Vous
irez à sa rencontre après avoir
dénudé votre mental, après l'avoir
dépouillé de tous ses concepts. Vous devez
vous rendre là sans vêtements. Enlevez tous vos
habits. Soyez nu. Dénudez-vous de votre nudité
même, comprenez-vous ? La chambre de ce
bien-aimé est tellement sacrée, c'est la seule
manière d'y entrer. Si vous voulez rencontrer votre
bien-aimé, allez-y. Qui vous arrête ? Faites-le
à l'instant même. C'est si simple. S'habiller
prend du temps. Se déshabiller est beaucoup plus
facile.
Jeff : Hier vous avez raconté l'histoire d'un
guru tellement absorbé dans la méditation
qu'il ne s'occupait pas de son fils malade. Quelqu'un vous a
interrogé sur la responsabilité. Je souhaite
également vous poser cette Jeff : " La
liberté, est-ce être également libre de
toute responsabilité ? "
Papaji : L'homme qui m'a interrogé à ce
sujet est revenu me voir. Je lui ai dit qu'il s'agissait
là de l'histoire d'un saint, de sa femme et de son
fils. Je lui ai dit : " N'établissez pas de rapport
entre vous et le fils, la femme ou le mari. C'est l'histoire
d'un saint homme et de son épouse. Vous devriez
devenir soit un saint, soit sa femme, ou pour le moins leur
fils, pour savoir. " Il se tint alors tranquille et se
déclara satisfait.
Les responsabilités existent depuis longtemps. Vous
avez un mental et un ego qui disent : " Ceci m'appartient et
cela lui appartient. " Voilà d'où naissent les
responsabilités.
Qui est le père de toute cette création ? Ce
samsara, cette création, était
déjà là avant votre naissance. Elle
existe depuis des millions d'années. Qui en a pris
soin pendant tout ce temps ? Vous vous êtes
chargé de vos propres responsabilités, de vos
obligations personnelles pendant une trentaine
d'années environ. Vous ne vous en occuperez plus dans
70 ans. La durée de vos devoirs de
responsabilité, d'obligations, ne peut excéder
100 ans. Qu'en est-il des millions d'années qui vous
ont précédé ? Qui est responsable des
milliards d'activités qui ont eu lieu avant votre
naissance ?
Si vous acceptez d'être responsable de votre famille,
de votre fils, de votre femme, de votre
société, de votre pays et de tous les autres
dans le monde, vous devez activer votre mental, votre corps
et votre intellect, n'est-ce pas ? Il vous faut trois choses
pour assumer ces responsabilités : une bonne
santé, ce qui signifie un corps en bon état,
un bon mental, ce qui signifie de bonnes intentions, et de
la compassion. Où puisez-vous ces choses ? Où
prenez-vous l'énergie pour mouvoir votre corps afin
d'aider les autres physiquement ? Où prenez-vous
l'énergie d'activer votre mental pour répandre
la compas sion sur les autres ? Où puisez-vous cette
énergie qui vous permet d'agir ?
Jeff : Elle est puisée dans la
grâce.
Papaji : Si vous savez que vous puisez
l'énergie dans la grâce, pourquoi et comment se
fait-il que les choses deviennent votre
responsabilité ? Cette ampoule brille, elle
éclaire la pièce. La lampe peut-elle dire : "
C'est ma lumière ! Je brillerai si je le veux, et si
je ne le veux pas, ce sera l'obscurité ? " La
lumière ne vient pas d'ici. Le réservoir, la
source, est ailleurs. Si cette lampe dit : " Je suis
lumineuse, c'est grâce à moi que vous pouvez
voir. " Elle se trompe, elle est ignorante. D'où
vient le courant ? Où l'électricité
est-elle produite ? J'ai demandé à un
ingénieur électricien qui travaillait ici : "
Qu'est-ce que l'électricité ? Je ne verrai
rien si vous arrachez le fil par lequel passe le courant.
"
Il a répondu : " On l'ignore encore. Toutefois
ça marche. On produit l'électricité,
mais d'où vient-elle en fin de compte ? On ne le sait
toujours pas. On ne connaît pas la source
première de cette force qui se transmet par les fils.
"
Lorsque vous avez cinq ans vos parents s'occupent de vous.
Puis vous grandissez et vous vous sentez capable de vous
prendre en charge. Vous quittez vos parents et travaillez
pour vous-même. Vos parents sont heureux lorsque vous
commencez à être indépendant. Lorsque
vous avez des problèmes, vous pouvez leur demander de
l'aide et des conseils, vous êtes toujours le
bienvenu. Pourquoi suis-je en train de vous dire cela ? Il
existe une énergie, une grâce, qui vous nourrit
et prend soin de vous. A tout moment vous pouvez retourner
à elle pour subsister. Ce réservoir est la
source de toute énergie. C'est la source de
l'électricité ainsi que celle de votre propre
énergie. N'oubliez pas que toute votre
énergie, l'énergie au travers de laquelle vous
fonctionnez, vient de l'atman, de la grâce. En vous
bran chant sur cette source vous aurez 200% d'énergie
disponible en plus de celle que vous avez maintenant.
Retournez dans votre pays et voyez par vous-même.
Quand vous laisserez cette grâce conduire votre vie,
vous saurez : " Ceci vient de la grâce. J'ai beaucoup
de chance d'avoir vu cette grâce à
l'uvre. Par elle, j'ai pu prendre soin de mes enfants,
de ma femme, de mes amis, de mes relations, de ma
société, de mon pays. " Fonctionner à
partir de là est une vie nouvelle. De nombreuses
personnes m'ont écrit après leur départ
d'ici : " D'où vient cette énergie ? Nous
étions occupés auparavant, mais nous avons
maintenant entrepris plus de travaux et cependant nous ne
nous fatiguons pas. Nous nous sentons très jeunes
à présent. C'est comme si nous avions rajeuni
de trente ans depuis que nous sommes venus à Lucknow.
"
Jeff : J'aurais alors huit ans. Le bel âge pour
un éveil !
Papaji : Oui, oui. Autrement vous serez trop vieux.
Cela doit surve nir pendant l'enfance ou la jeunesse. La
vieillesse a trop de responsabilités. Les enfants
vous causeront des soucis, ainsi que la
société, les maladies. Le corps lui-même
est une maladie. Il est plein de complications. Quand vous
serez vieux, votre mental s'appesantira sur vos affections.
Il ne sera pas capable de se concentrer. Il y aura les
maladies mentales, les dérange ments physiques, les
problèmes relationnels, tant de choses. Vous devez
donc le faire à la fleur de l'âge, dans votre
jeunesse. L'enfance est le meilleur moment, mais la jeunesse
est aussi une époque appropriée. Quelques
personnes âgées sont éga lement venues
ici. Pour elles, ce sera bien la prochaine fois.
Jeff : Hier une femme est venue vous voir. Elle
était un peu plus âgée que moi et
paraissait avoir vécu une entrevue merveilleuse avec
vous. Après cette rencontre je me suis senti
très confiant parce que j'ai pensé : " J'ai du
temps devant moi. "
Papaji : Quel temps ? Pour quoi faire ? Ici vous vous
débarrassez du temps. Pourquoi dépendre du
temps ? Le temps est le passé. En partant d'ici, vous
jetez le temps aux orties. Vous n'avez pas besoin de
temps.
Voici une histoire qui s'est effectivement passée
à Lucknow. Un homme d'environ 50 ans vint de Los
Angeles parce qu'il était mécontent que son
fils soit constamment ici. Il était riche et
souhaitait l'emmener travailler avec lui dans les affaires.
Il avait préparé une longue liste de questions
dont il voulait débattre avec moi pour
découvrir pourquoi je lui avais pris son fils. Il
avait loué une suite à l'hôtel Clarks et
y avait dormi avec son fils la nuit
précédente. Lorsqu'il arriva dans ma maison,
son fils me le présenta. Il s'assit alors devant moi
et me dit : " Vous êtes venu me voir la nuit
dernière. Vous vous êtes assis à
côté de mon lit à l'hôtel Clarks
et vous avez répondu à toutes mes questions. A
présent, je n'ai rien à demander. "
Il avait un bracelet montre qu'il posa devant moi en disant
: " Maintenant je n'ai plus besoin de savoir l'heure. "
Il resta ici vingt jours. Avez-vous déjà vu un
américain sans montre ? Même pour dormir ils
mettent une montre sous leur oreiller et lorsqu'ils vont
dans leur salle de bains la montre est encore
présente. Ils sont si attentifs, si ponctuels,
même dans la salle de bains.
A son départ je lui dis : " Comment ferez-vous pour
savoir l'heure ? Si vous n'avez pas de montre vous devrez la
demander aux autres. "
Il répondit : " Non, cela revient au même. A
présent, qu'il s'agisse de se lever, de dormir, tout
est pareil. J'ai oublié le temps. Je n'en ai plus
besoin. "
Je lui dis : " Non, prenez mon temps maintenant " et je lui
attachais la montre au poignet.
Lorsque vous possédez le temps, le mental et toutes
ces autres choses, vous devez en être responsable.
Mais lorsque vous connaissez la beauté du non-mental
et du non-temps, qui prendra soin de vous ? Fiez-vous au
pouvoir suprême et il le fera très bien.
Jeff : Papaji, nous sommes pratiquement tous des gens
très aisés, en provenance de pays libres. Vous
rendre visite à Lucknow est un privilège que
nous pouvons tous nous offrir. Pour de nombreuses personnes,
toutefois, la liberté signifie encore être
délivré de l'oppression politique, de
l'emprisonnement, de la torture. L'asservissement
extérieur est-il un obstacle à la
liberté intérieure et, si tel est le cas,
pensez-vous que l'activisme politique puisse avoir une place
dans le monde ?
Papaji : Les circonstances extérieures ne sont
pas un obstacle. L'obstacle c'est l'ego. Les obstacles sont
créés par l'ego : " Je dois faire ceci, je ne
dois pas faire cela. " Cette idée que vous faites
quelque chose est l'obstacle. Si vous agissez sans le
sentiment d'être le sujet qui agit, il n'y aura pas
d'obstacle. Le pouvoir suprême travaille à
travers vous. Il vous guidera selon les circonstances.
Jeff : Je passe une partie de mon temps à
travailler pour les droits de l'homme. Dans des pays comme
la Birmanie ou le Tibet les gens sont terriblement
opprimés. Les personnes qui ont pris le
contrôle les blessent ou les tuent. Vous dites que le
corps lui-même est une maladie et qu'il exerce parfois
dans la vieillesse une tyrannie telle qu'il devient
très difficile de s'éveiller. Il existe des
endroits où l'on pourrait être tué pour
la simple raison d'avoir assisté à un satsang.
Dans ces endroits où des réunions telles que
celle-ci sont interdites, nous serions fusillés par
des agents du gouvernement si nous tentions de nous
réunir. De telles circonstances extérieures ne
peuvent être qu'un obstacle et, de ce fait, il faut
bien qu'il y ait des gens pour agir contre les oppresseurs.
Vous l'avez vous-même fait dans votre jeunesse, si
votre biographie est correcte. Que pensez-vous de telles
actions ?
Papaji : Le monde va vers un désastre. Nous
nous dirigeons vers la destruction de la race humaine. Les
bombes atomiques et les armes chimiques nous y
entraînent. Ce n'est pas le chemin à suivre.
Essayons plutôt de répandre la compassion et
l'amour envers tous les êtres humains et tous les
autres êtres. Essayons cela. C'est ce que nous faisons
ici, dans les satsangs. Nous délivrons le message de
paix et d'amour. J'espère qu'il se répandra.
Tous ceux qui sont présents ici sont des ambassa
deurs : Ils apporteront ce message à leur famille et
aux habitants de leur pays. Ce feu se répandra. Un
jour vous en verrez le résultat. Vous-même,
vous allez rentrer chez vous. Vous parlerez à votre
famille, à vos amis et ils découvriront ce qui
se passe. Vous constaterez un changement
considérable. J'en suis certain. Ces temps arrivent
maintenant.
Nous devons tirer les leçons des destructions
précédentes. Nous n'avons toujours pas
oublié Hiroshima au Japon. Des gens souffrent encore
là-bas. Nous ne pouvons pas oublier.
Nous devons tirer les leçons et répandre le
message d'amour comme ce fut fait du temps d'Ashoka quand la
paix régnait partout. En ce temps là, il n'y
avait pas de guerre. Il envoya ses propres enfants au Sri
Lanka, en Chine et dans les pays de l'Est. C'est ainsi que
se répandit ce message de paix qui fut initié
par un homme assis sous l'arbre de la bodhi. La flamme de
l'amour est très puissante. Une fois allumée,
elle crée un incendie qui ne peut être
éteint, même par des armes chimiques.
Simplement, méditez seul. Vous pouvez le faire
n'importe où, même dans votre appartement. Vous
verrez les résultats. Restez tranquille, envoyez le
message de paix partout dans le monde : " Que la paix soit,
que tous les êtres vivent heureux et en paix. " Cette
longueur d'onde doit marcher.
Jeff : Espérons-le.
Papaji : Non pas " espérons ". Je ne crois pas
en l'espoir. L'espoir concerne le futur. Faisons confiance
au pouvoir suprême. Il prendra fort bien ce monde en
charge. Il peut y amener un changement immédiat.
Prions le pouvoir suprême : " Je t'en prie, aide-nous
à être en paix avec tous les êtres
vivants. Je t'en prie, enseigne-nous. " Il est très
facile d'enseigner aux autres, de leur donner des conseils.
En premier lieu aidez-vous vous-même. Découvrez
la paix par vous-même. Ne vous souciez pas d'aider les
autres avant d'avoir vous-même saisi ce qu'elle
est.
Jeff : Que vous ont appris toutes ces années
d'enseignant ?
Papaji : Je ne suis pas un enseignant. Qui vous a dit
que j'étais un enseignant ? L'enseignement d'un
enseignant concerne toujours le passé. Un enseignant
est quelqu'un qui vous dit de faire ceci et cela. Il vous
dit que si vous ne le faites pas, vous irez en enfer.
Voilà ce qu'est qu'un enseignant. Je ne suis ni un
ensei gnant, ni un prêcheur.
Jeff :
Je vais tourner ma question autrement : Qu'avez-vous
appris au fil des années, assis à cette place
dans les satsangs ?
Papaji : L'amour, l'amour, seulement l'amour. Je les
aime [gestes vers le satsang].
Jeff : Pourquoi " eux " Papa, ne m'aimez-vous pas
également ?
Papaji : Je ne vous inclus pas parce que vous
êtes le Bien-aimé. Je les aime, et vous, vous
êtes mon Bien-aimé. Qu'est-ce que cela veut
dire ? Parce que vous êtes mon Bien-aimé, vous
êtes assis auprès de moi.
Jeff : Merci, Papa.
Papaji : Merci d'être venu ici. Je vous
remercie en mon nom et plus encore au nom de tous mes
enfants. Je suis très heureux de vos questions. Nous
en avons tous bénéficié. La vibration
de ce satsang n'est pas confinée dans ce
bâtiment. Elle a déjà été
transmise au monde entier. Vous verrez.
Jeff : Papa, vous avez une très grande
longueur d'onde. N'importe quelle antenne peut recevoir ce
signal.
Papaji : Pas d'antenne et pas de signal ! Je n'ai
besoin d'aucun signal. Pour signaler, il faut être
deux - celui qui envoie et celui qui reçoit.
Jeff : Bien sûr. Apprendrai-je jamais ?
[silence]
Papaji : [riant] A présent, vous
êtes en train de répondre à ma question.
Vous m'avez posé tant de questions. Je ne vous en ai
posé qu'une seule et ceci en est la réponse.
Voici le signal sans signaler. Magnifique. Qu'est-ce donc ?
Vous pouvez au moins me le dire maintenant que l'entretien
est terminé. Qu'est-ce donc ?
[silence]
Qu'est-ce que ceci ? Que se passe-t-il au-dedans ? Quelle
est cette joie ? Vous pouvez la sentir. Toutes les cellules
s'en réjouissent. Voyez-vous à présent
? Elles apprécient le nectar. [prenant la liste
de questions] Je vais emmener ces questions avec
moi.
Jeff : A ma surprise, Papaji, vous avez
répondu à toutes les questions. Il m'avait
semblé que certaines étaient plutôt
épineuses, mais elles ont toutes eu exactement la
même réponse. [rires !]
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