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David :
Papaji, quelles sont les différences entre le
non-mental, le mental mort et le mental silencieux ?
Papaji : Mental silencieux signifie demeurer
temporairement tranquil le. C'est simplement une suppression
des objets dans le mental. Cela peut se produire de
nombreuses fois, mais ne dure pas.
Le mental immobile est également temporaire, il peut
résul ter de la méditation, de la
concentration. C'est comme la flamme d'une bougie. Quand il
n'y a pas un souffle d'air, la flamme est immobile. Quand le
vent se lève, la bougie vacille et s'éteint.
Le mental immobile s'envole dès qu'il rencontre le
vent d'une nouvelle pensée.
En ce qui concerne le non-mental, c'est la première
fois que j'entends cette question. Personne auparavant, en
Inde ou en Occident, ne m'a jamais interrogé à
ce sujet. Je suis très heureux d'aborder cette
question pour la première fois.
Avant que nous parlions du non-mental, nous devons voir ce
qu'est le mental. Partons de la conscience. Il vous arrive
de souhaiter voir votre apparence dans un miroir. D'une
façon similaire, la conscience veut parfois se
contempler pour voir ce qu'elle est. Une vague se
lève dans la conscience et se demande, " Qui suis-je
? " Cette vague se levant dans la conscience s'imagine
séparée de l'océan. Cette vague devient
" je ", le soi individuel. Une fois séparé, ce
" je " dégénère un peu plus et se met
à créer. En premier, ce sera l'espace,
l'immense vide de l'espace infini, sans frontière.
Et, avec cet espace, vient la création du temps, car
partout où il y a l'espace, il doit y avoir le temps.
Ce temps devient le passé, le présent et le
futur et, à partir d'eux, les attachements prennent
naissance. Toute la création prend naissance au sein
du passé, du présent et du futur. C'est ce
qu'on nomme samsara. Samsara signifie temps. Samsara est le
passé, le présent et le futur sans fin. Tout
ce qui est né dans le temps et qui y demeure finira
dans le temps. Et tout ceci est mental. Le " je " s'est
présenté et a créé l'espace,
puis le temps, puis le samsara. Ce " je " est maintenant
devenu le mental et ce mental est " je ".
Alors, à un moment donné, un intense
désir de liberté surgit de la conscience
même. A l'origine c'était une descente depuis
la conscience, du " je " à l'espace, au temps, au
samsara. A présent, c'est une ascension. Dans cette
ascension, les attachements aux objets physiques, puis au
vital, puis au mental, puis à l'intellect s'en vont.
Finalement, vous retournez au " je " seul. Ce " je " est le
mental immobile.
Ce " je " a tout rejeté. Il est solitaire, sans
attachements. Il ne peut retourner au monde des
attachements, au samsara. Il a un désir de
liberté, il veut retourner au lieu de son origine. Ce
" je " qui avait pris naissance dans la conscience retourne
maintenant à la conscience. Il prend la
décision : " Deviens non-mental maintenant ", et par
cette décision le " je " n'est plus là, le
mental n'est plus là. Le " je ", qui est le mental, a
été rejeté, mais il existe encore
quelque chose là, entre le " je " et la conscience.
Cette chose entre-deux est nommée non-mental. Cette
entité entre-deux fusionnera avec la conscience et
deviendra alors la conscience même.
Regardez cette tasse [il désigne un gobelet sur
la table]. L'espace, le vide, est à la fois
à l'intérieur et à l'extérieur.
Nous nommons " espace intérieur " l'espace du dedans
et l'espace du dehors est nommé " espace
extérieur ". Pourquoi ? Parce que le nom et la forme
de la tasse séparent l'intérieur de
l'extérieur. Quand le nom et la forme sont
enlevés, l'espace intérieur et le mahat,
l'espace plus vaste, deviennent un. En fait, ils furent
toujours un. Du point de vue de l'espace même, il n'y
eut jamais d'intérieur ou d'extérieur. Le nom
et la forme ont fait apparaître l'existence d'un
intérieur et d'un extérieur, mais l'espace n'a
jamais été touché par ces divisions
artificielles. De même, la liberté est toujours
là, jamais touchée par les noms et les formes.
" Nom et forme " sont " je ". Quand le " je " s'en va, les
murs qui semblaient diviser la conscience sont
enlevés. Ceci devient Ceci.
Lorsque vous retournez du mental à la conscience,
vous passez par cette phase de non-mental. Dans cet
état il y aura l'impression, le souvenir : "
Maintenant c'est le non-mental. " Graduellement, lentement,
ce non-mental retournera fusionner dans l'au-delà.
Mais je ne sais pas comment cela se passe.
David : Le non-mental peut-il redevenir mental ?
Peut-il sortir ? Peut-il devenir manifesté ?
Papaji : Un processus a eu lieu. A présent,
c'est la conscience même. Pourquoi parler du mental et
du non-mental ?
Dans l'ancien temps, quand un roi mourait sans laisser
d'héritier, un éléphant royal
était envoyé pour désigner son
successeur. La tradition voulait que la personne que
l'éléphant soulevait et mettait sur son dos,
quelle qu'elle fut, devînt le nouveau roi. Une fois,
à cette occasion, l'éléphant prit un
mendiant et il devint roi. Tout le monde était
heureux. Les ministres le saluèrent, lui
donnèrent des robes cousues d'or et le mirent sur le
trône. Cet homme, qui fut mendiant, n'avait plus rien
à faire. On faisait tout pour lui. Tout venait
à lui sans qu'il ait à le demander. Les
courtisans et les ministres savaient tous comment être
à son service. Il n'avait plus à mendier. La
nourriture lui était servie aux moments opportuns, et
la nuit toutes les reines prenaient soin de lui. Une fois
qu'un mendiant a goûté au statut de roi,
voudra-t-il retourner dans son village et mendier à
nouveau ?
C'est ce qui se passe lorsque vous devenez
éveillé au fait d'être conscience. La
personne est toujours là, le corps est toujours
là, mais aucun personnage ne pense : " Je dois faire
ceci ou cela. " A la place, il y a une connaissance que la
conscience prend soin de tout. Si vous êtes
conscience, c'est à dire le roi, les cinq sens
deviennent les ministres qui vous servent. L'activité
des sens se poursuit automatiquement, vous n'avez pas
à penser à eux. Si c'est l'heure pour le roi
de manger un pan [rires], le pan sera servi. Si
c'est l'heure du café, le café sera servi.
Quand vous êtes conscience, le cerveau devient premier
ministre, les organes des sens deviennent ministres, et tous
vous servent. Vous n'avez pas à penser du tout.
Pour que cela marche, il vous faut avoir l'autorité
et le pouvoir d'un véritable roi. Si vous vous
comportez en roi sans en avoir l'autorité, personne
ne vous écoutera. L'autorité doit être
présente et cette autorité ne peut venir qu'en
étant la conscience même.
Je vais vous raconter une histoire plaisante à propos
d'un autre roi qui voulait voir son premier ministre de
toute urgence, mais comme ce dernier était absent du
palais à ce moment-là, le roi alla le voir
chez lui.
La femme du premier ministre accueillit le roi et lui dit
:
- Mon mari est dans la salle de puja.
- Alors appelez-le, dit le roi.
- Je ne peux pas l'appeler, répondit l'épouse,
je ne suis pas autorisée à le déranger
quand il est dans cette salle.
Cependant le premier ministre avait entendu l'arrivée
du roi. Il sortit de la salle vêtu de sa robe de puja
et le roi lui demanda : " Que faisiez-vous ? "
Le premier ministre ne répondit pas, ce qui mit le
roi très en colère parce qu'il y vit un acte
flagrant d'insubordination. Il appela un de ses officiers de
police et lui donna l'ordre de l'arrêter. L'officier
avança, mais avant qu'il put mettre cet ordre
à exécution, le premier ministre
s'écria : " Attendez ! Attendez ! " Le roi fit alors
un signe au policier et attendit une explication. A la
grande surprise de tous, le premier ministre désigna
le roi et intima au policier l'ordre de l'arrêter.
Bien entendu, le policier, qui n'avait pas autorité
d'arrêter un roi, ne bougea pas.
Puis le premier ministre donna l'explication suivante au roi
: " Quand vous avez dit " arrêtez-le ", le policier
allait exécuter votre ordre, car vous avez le pouvoir
de donner un tel ordre. Mais lorsque j'ai dit, "
arrêtez-le ", le policier n'a pas obéi, car je
n'ai pas d'autorité sur vous. L'ordre était le
même dans les deux cas, mais l'autorité
était différente. Vous aviez le pouvoir. Je ne
l'avais pas. Je n'ai pas répondu lorsque vous
êtes venu, parce que j'étais en train de
prononcer le mantra gayatri. Je n'ai pas pu ensuite vous
parler de ce mantra, car vous n'y avez pas été
initié. Moi-même je ne suis pas habilité
à vous parler de ce mantra, je suis donc resté
silencieux. "
Donc, si vous voulez avoir l'autorité d'un roi, vous
devez être la conscience même. Alors les sens
vous obéiront. Tout sera beau, parce que tous les
ordres viendront de la conscience. Les rois peuvent se
tromper, mais la conscience prend toujours la bonne
décision au bon moment. Quand vous êtes dans le
non-mental, vous ne pouvez faire aucun travail par
vous-même. C'est simplement la grâce qui est
présente et vous lui obéissez.
Vous-même, vous ne faites rien, parce que le sujet
agissant est parti. Le mental n'est plus là. Toutes
ses diverses fonctions ont disparu. Vous demeurerez avec le
corps pour une période définie,
déjà décidée et durant ce
temps-là vous serez l'instru ment de la
conscience.
Certaines personnes ne peuvent pas supporter le choc de la
liberté pendant plus de vingt-et-un jours. Cela a
été spécifié dans les livres.
Imaginez un homme qui, d'une manière inopinée,
gagne un milliard de dollars dans une loterie. Tant de
richesse arrivant soudainement peut le tuer. Il pourrait
avoir une crise cardiaque et mourir.
C'est parfois la même chose avec l'illumination. Tant
de bonheur arrivant soudainement, d'une manière
imprévue, peut emporter le corps. Mais l'illumination
ne sera pas affectée.
Certaines personnes vivent longtemps après
l'éveil, unique ment pour en faire
bénéficier d'autres. Cette aide ne vient pas
d'une certaine " personne ". Elle vient directement de la
cons cience. L'instructeur, qui est conscience, sait que ce
n'est pas " je " qui travaille. Son attitude est : " J'ai
été désigné pour parler, mais ce
n'est pas " je " qui parle. " Si l'instructeur pense qu'" il
" parle, ce n'est que de l'arrogance. Ses paroles resteront
sans effet.
Lorsque vous vivez cela directement, ce que vous dites n'est
pas votre affaire. Ce n'est pas votre problème si
quelqu'un est aidé ou non, si les gens viennent vous
voir ou non. Pour vous, tout revient au même.
David : La conscience vous a donc donné
l'ordre d'enseigner. Est-ce bien ce que vous dites ?
Papaji : La conscience...?
David : Vous a donné l'ordre d'enseigner.
Est-ce bien cela que vous dites ? Vous exécutez
seulement l'ordre.
Papaji : [longue pause] La conscience et
moi... sommes tellement devenus un, je ne peux pas dire si "
elle " peut " me " donner des ordres.
David : Mais un certain pouvoir vous oblige à
donner des satsangs, n'est-ce pas ?
Papaji : Oui, un " certain pouvoir " comme ceci :
[il tend sa main devant lui], si je veux boire de
l'eau, dois-je dire : " Poonjaji, prends le verre " ? Avant
de le porter à la bouche, vais-je dire à ma
main : " porte-le à la bouche " ? Et avant de boire,
vais-je donner l'ordre : " bois " ? [Papaji rit, prend
le gobelet et boit]. A cet instant, je n'ai pas
donné d'ordre à la main. Tout ceci est moi,
voyez-vous. Les gens qui sont aidés ne sont pas
autres'. La main est mienne, l'estomac est mien et le
besoin d'eau est mien. Qui sont les autres ? Qui est autre
que moi ?
Tout d'abord, qui est ignorant ? Si les gens le disent, je
ne les crois pas. Qui veut être libre ? Si quelqu'un
me le dit, je ne le crois pas. Qui n'est pas
déjà libre ?
Donc, quand les gens viennent me voir et disent : " J'ai des
problèmes, je suis attaché ", je pense qu'ils
plaisantent, je plaisante donc également : " Vous
n'êtes pas attachés, vous êtes libres.
"
Ils demandent : " Cela prend-il beaucoup de temps ? "
- Non, non, dis-je, vous pouvez l'obtenir à l'instant
même.
Tout cela est très drôle, aussi je le
considère comme tel. L'affirmation " je suis
enchaîné ", n'est-ce pas une plaisanterie ? Les
gens qui parlent ainsi ne me montrent ni chaînes, ni
fers, ni prison. Quelle sorte de prison est-ce ? Pour moi
tout cela est donc une vaste plaisanterie et je
l'apprécie.
David : Alors, quand vous regardez les gens pendant
le satsang, Papaji, vous ne voyez que des gens
éveillés qui font semblant de ne pas
être éveillés ?
Papaji : [longue pause] Oh, c'est une
question difficile, mais je dois y répondre, car je
réponds à toutes les questions. Tout d'abord
je les absorbe tous et je donne à chacun une place
dans mon Cur, dans mon Cur. De même qu'un
amant donne une place à sa bien-aimée dans son
Cur, vous avez toujours une place dans mon Cur.
Donc je m'ouvre ici et je dis : " Vous et moi, nous
parlerons ensemble. Oui. Vous n'êtes pas
séparés de moi, vous êtes au sein du
Cur. Vous êtes dans mon Cur. Parlons
ensemble. "
David : La grâce agit dans le satsang, Papaji.
Vient-elle de vous, à travers vous, ou est-elle tout
simplement présente ?
Papaji : De la grâce seulement. La grâce
doit venir de la grâce, n'est-ce pas ? Une vague doit
venir de l'océan. La grâce doit venir de la
grâce, l'océan de grâce.
David : Toutefois elle semble s'écouler
très fort auprès de vous.
Papaji : Je ne sais pas.
David : Papaji, je vous ai plusieurs fois entendu
dire : " Je connais de nombreux stratagèmes pour
éveiller les gens. Si un ne marche pas, j'en utilise
un autre. " Quels sont ces tours et comment les
utilisez-vous ?
Papaji : L'un d'eux est : " Restez tranquille !
Restez tran quille ! " Le second : " Ne pensez pas du tout.
" Le troisième : " N'activez pas votre mental. "
S'ils ne marchent pas, j'ai un quatrième tour. Je dis
: " Venez à moi et je vous apprendrai le yoga. Je
vous apprendrai comment faire le shirshasana [une
position de yoga, la tête au sol et les pieds en
l'air]. "
Je leur demande de se tenir debout devant moi, puis je leur
dis : " Maintenant tête en bas, pieds en l'air, c'est
le shir-shasana. " Je sais le faire moi-même, alors je
peux aisément leur montrer.
Alors, tandis qu'ils se tiennent sur la tête, ils
disent : " Mais c'est la liberté que nous voulons.
"
Pendant qu'ils sont encore dans cette posture, je leur
indique comment obtenir la liberté. Je dis : " Restez
tranquil le, restez tranquille. " A ce moment-là,
comme ils souffrent un peu, ils écoutent. Quand les
gens commencent à avoir des problè mes par
l'abus de plaisirs sensoriels, ils viennent me voir et
m'écoutent. Quiconque se trouve la tête en bas
suffisamment longtemps commence à souffrir et quand
quelqu'un commence à être attentif à sa
souffrance, il vient me voir. Je connais donc de nombreux
tours et je les ai souvent utilisés en Occident.
Les gens qui viennent me voir à Lucknow sont surtout
des gens bien. Je n'ai aucun problème avec eux. Ils
viennent du monde entier pour la première fois en
Inde et à Lucknow, et je suis très heureux
avec eux. Quand je leur parle ils m'écoutent. Ils
m'écoutent comme ils écouteraient leur
père ou toute autre personne respectable qui
donnerait de bons conseils. Ils veulent en finir avec leur
souffrance, avec leur douleur mentale. Donc je leur donne ce
tour : je leur dis d'être tranquilles. La plupart des
gens aiment beaucoup ce conseil, car je ne leur demande pas
de faire quelque chose. Ils obtiennent le bonheur et la paix
en ne faisant rien, en étant simplement
tranquilles.
Qui n'aspire pas au bonheur ? Qui n'aspire pas à la
paix ? Qui ne veut pas la beauté ? Tout le monde est
intéressé. Donc ils m'écoutent et je
suis heureux. Tous en profitent. Ils retournent dans leurs
pays respectifs en ambassadeurs de cette ville de Lucknow.
Et alors ils envoient leurs amis. Des milliers de gens sont
venus ici simplement parce qu'ils ont entendu des
commentaires favorables.
Personne ne se plaint de ce qui se passe ici. Il n'y a rien
à payer, il n'y a pas d'ashram, il n'y a pas d'appels
de fonds. Je vis dans ma propre maison et j'appartiens
à cet endroit. Je vis ici depuis cinquante ans. J'ai
également passé quelques années
à l'étranger. J'aime voyager, mais à
présent mon âge avancé m'oblige à
rester ici. Voilà pourquoi vous êtes ici. Il y
a peu de temps encore, je rendais habituellement visite aux
gens dans leur propre ville. Je n'aimais déranger
personne, voyez-vous.
Donc, à présent, il y a beaucoup de monde ici
et je suis très heureux qu'un message de paix se
répande. Nous en avons énormément
besoin.
Il y a deux mille six cents ans des messagers de paix furent
envoyés de l'Inde dans le monde entier en les
personnes de Mahendra et Mitra. Les propres fils et fille de
l'empereur Ashoka furent envoyés comme
émissaires. D'autres personnes allèrent en
Chine, au Japon et en Corée avec la même
mission. A cette époque le monde entier était
en paix. Décidons donc d'envoyer à nouveau ce
message de paix et envoyons-le à partir du même
endroit. Le Bouddha est originaire de cet état-ci. Je
suis très heureux que le message de paix soit
répandu une fois encore à partir de l'endroit
où vécut le Bouddha. De nombreux touristes
viennent dans cet état pour visiter les lieux saints
associés à la vie du Bouddha. Ils visitent des
localités telles que Kushinagar, Siddharthanagar et
Lumbini qui sont devenues des lieux saints, car un homme a
répandu un message de paix à partir de ces
endroits.
Vous pouvez connaître la paix dans le monde par votre
propre éveil. Cette illumination même est un
message. Quand vous rentrerez dans vos pays respectifs vous
pourrez parler ou demeurer silencieux. Cela marchera, vous
verrez. Quand vos amis vous demandent : " Qu'est-il
arrivé ? " vous pouvez demeurer silencieux. Il vous
le demanderont à nouveau. Restez simplement
tranquille, c'est tout ce que vous avez à faire.
David : Papaji, beaucoup de gens vous ont entendu
dire : " Je n'ai délivré mes enseignements
ultimes à personne. " Quels sont ces derniers
enseignements et pourquoi ne les répandez-vous pas
?
Papaji : Ils n'en sont pas dignes. Personne n'est
digne de les recevoir. Car mon expérience m'a
révélé l'arrogance et
l'égoïsme de tout le monde. Cela a conduit
à de la souffrance. Beaucoup de gens souffrent. Je
fais actuellement un nouvel essai. Je verrai ce qui va se
passer.
Je ne pense pas que quiconque soit digne de les recevoir.
Vous devez faire preuve de sainteté pour en
être digne. Pourquoi devriez-vous inquiéter les
gens au lieu de les aider ? C'est de l'arrogance,
voyez-vous.
Si un roi envoie un messager dans un autre pays, son unique
tâche est de transmettre le message. J'ai
envoyé un messager en Occident, mais il a
essayé de devenir un roi. Beaucoup de gens en ont
été perturbés, je l'ai vu de nombreuses
fois. Que faire ? Cette sorte de comportement relève
de l'indignité.
Il se peut que je sois trop généreux et que je
ne lise pas les gens correctement. Peut-être est-ce de
ma faute parce que je pense que tout le monde est bon. Bien
que je parle de la vérité à tout le
monde, elle rejette ceux qui n'en sont pas dignes. Seule une
personne sainte peut recevoir cet enseignement. Une telle
personne en sera digne.
Dans le cas contraire, la vérité
pénétrera la tête et deviendra un savoir
intellectuel. Les Occidentaux veulent une
compréhension intellectuelle. Il sont très
heureux quand ils comprennent. C'est tout ce que l'Occident
veut : un savoir par l'intellect. Tout le monde sait qu'il y
a quelque chose au-delà'. Mais quand j'en
parle, les Occidentaux disent : " Je ne comprends pas, je ne
comprends pas. " Donc je leur dis : " Vous n'avez pas du
tout besoin de comprendre. "
J'avais un ami qui habitait à Paris. Il avait suivi
J. Krishnamurti pendant trente-cinq ans. Il voyageait de
part le monde, suivant Krishnamurti partout où il se
rendait : en Australie, en Nouvelle Zélande, en
Suisse, en Angleterre. Il avait étudié tous
ses livres.
Il vint me voir à Saanen et je lui ai parlé
pendant un certain temps. Après m'avoir
écouté, il dit : " Je ne comprends pas, je ne
comprends pas. "
Je lui dis : " Vous n'avez pas à comprendre ceci. Ce
n'est pas quelque chose à comprendre. Vous devez
l'être. "
Il désapprouva : " Non, non. Je dois comprendre. Je
ne vous comprends pas et je ne comprends pas Krishnamurti
non plus. "
Je lui répondis : " Vous n'avez besoin de comprendre
Krishnamurti ou moi-même. "
Il m'expliqua alors pourquoi il avait tant de
problèmes avec Krishnamurti : " Je suis au point A et
Krishnamurti est au point B. Mais quand je change de
perspective de A à B, il se déplace au point
C. Donc, je ne comprends même pas Krishnaji. "
Krishnamurti était également à Saanen
à cette époque et de nombreuses personnes qui
le suivaient venaient me voir. Un homme vint un jour et se
mit à parler : " Poonjaji et Krishnaji disent la
même chose. Krishnaji dit, " enlevez les concepts du
mental " et Poonjaji dit la même chose. Ils disent
tous deux, " à moins que vous ne vidiez la coupe du
mental, vous ne pouvez vous éveiller. ""
Un disciple de Krishnamurti contesta cette affirmation : "
Non, non, il existe une grande différence entre les
enseignements de Poonjaji et de Krishnamurti. Krishnaji nous
enseigne comment vider la coupe, Poonjaji nous enseigne de
briser la coupe. "
Voilà la différence et elle ne peut être
comprise par le mental. Vous pouvez comprendre lorsque la
coupe est pleine ou lorsque la coupe est vide, mais si la
coupe n'existe pas, qui êtes-vous et qu'allez-vous
comprendre ? Donc, ce que je dis c'est : " Le mental
lui-même n'existe pas, vous n'avez donc pas besoin de
comprendre. " Vous devez le voir et le sentir quand je
parle. Penser ne vous aidera pas.
Le mental lui-même n'est qu'une idée.
Débarrassez-vous de cette idée. Et le mental
est le passé, donc débarrassez-vous du
passé également. Venez au présent et je
vous dirai alors que faire ensuite. Venez au moins au
présent et vous verrez.
David : Papaji, beaucoup de personnes viennent au
satsang et ont des expériences d'éveil.
Certaines d'entre elles reviennent des semaines ou des mois
plus tard et disent : " Je l'ai perdue. " Que se passe-t-il
là ?
Papaji : De nouveau, c'est qu'ils n'en sont pas
dignes.
David : La plupart du temps vous leur reprochez cette
perte. Vous leur dites : " C'est de votre faute. "
Papaji : Oui, Oui. Ils l'ont perdue parce qu'ils n'en
ont pas pris grand soin. Je dis à ces gens : "
Imaginez que je vous donne un gros diamant, vous pouvez en
vivre pour le restant de vos jours, vous pouvez le vendre et
en obtenir des millions de dollars. Si, au lieu de cela,
vous ne reconnaissez pas sa valeur et vous vous en
débarrassez, à qui la faute ? Si vous le
donnez à la femme d'un pêcheur qui l'utilise
pour calibrer ses poids parce qu'elle n'en connaît pas
la valeur, à qui la faute ? "
Cet éveil est un diamant. Il ne devrait pas
être transmis à des personnes indignes qui en
feront un mauvais usage. Et en fait, elles en abusent. Je ne
fais pas de distinction entre les gens qui viennent me voir.
A tous, je leur dis la même vérité.
Certains l'obtiennent et puis la jettent en en faisant
mauvais usage.
Ils reviennent et disent des choses du genre : " Mon amie
m'a quitté. Je lui ai téléphoné
et elle est revenue. Maintenant je suis à nouveau
heureux. " Est-ce cela la liberté ? La prochaine fois
ils me diront : " Je suis revenu chez moi, mais elle m'a de
nouveau quitté. A présent, je suis de nouveau
affligé. " J'entends des histoires similaires tous
les jours.
David : Papaji, quand les personnes vous quittent,
vous ne leur dites jamais : " Prenez soin de ce diamant que
je vous ai donné. Prenez-en bien soin. " Simplement,
vous leur faites le reproche de l'avoir perdu lorsqu'elles
reviennent.
Papaji : Toutes ne le perdent pas. Certaines d'entre
elles sont des personnes de toute beauté. Elles
m'écrivent et me disent : " Je le garde. Je garde
encore ce don précieux. Non seulement je le garde,
mais je le partage avec les autres. Après ce partage
il est toujours le même, il ne diminue pas. Quel
cadeau inestimable vous m'avez fait ! " Toutes ne le perdent
pas. Quoique je veuille que tout le monde en
bénéficie, je sais aussi que tous ne peuvent
pas l'obtenir. Néanmoins, les résultats sont
très bons. J'observe les autres ashrams et je vois ce
qui s'y passe. Comparés à eux, les
résultats que nous obtenons ici sont tout à
fait satisfaisants. Je suis très satisfait.
David : Une dernière question, Papaji. Toute
votre vie, vous avez essayé d'exprimer votre propre
vécu intérieur. Pourriez-vous, je vous prie,
faire une nouvelle tentative pour nous ? Qui êtes-vous
? Qu'êtes-vous ? Quel vécu avez vous de votre
Soi ?
Papaji : Voici une réponse très facile
: " Je suis votre propre Soi. Je suis votre propre Soi, et
c'est la vérité. Comment serait-il possible
que je fusse seulement moi-même ? Je suis votre propre
Soi et le Soi de tous les êtres qui existent et qui
viendront à l'existence. "
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