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4. Le Soi,
quand sera-t-il réalisé ?
Lorsque le monde, ou ce qui est vu, aura disparu, le
Soi, ou celui qui voit, sera réalisé.
5. Peut-on réaliser le Soi tout en prenant le
monde pour réel ?
Non, ce n'est pas possible.
6. Pourquoi ?
Celui qui voit et ce qui est vu sont comme la corde et le
serpent [dans cette analogie, un homme voit une corde au
crépuscule, la prend pour un serpent et s'effraye. Le
serpent lui paraît parfaitement réel, mais son
existence est illusoire, elle n'est fondée sur aucune
réalité]. De même que la
réalité de la corde, qui est le substrat, ne
peut être perçue sans que ne
s'évanouisse la perception illusoire du serpent,
ainsi la réalisation du Soi, le substrat, ne peut
être obtenue tant que perdure la croyance dans la
réalité du monde.
7. Quand est-ce que le monde, en tant qu'objet visible
disparaîtra-t-il ?
Le monde disparaîtra lorsque le mental, cause
de toutes les perceptions et actions, sera en repos.
8. Quelle est la nature du mental ?
Ce qui est appelé " mental " est une merveilleuse
force inhérente au Soi par laquelle toutes les
pensées s'éveillent. En dehors des
pensées le mental n'existe pas. Aussi la
pensée constitue-elle la nature du mental. en dehors
des pensées il n'y a pas d'entité
indépendante appelée " monde ". Dans le
sommeil profond il n'y a ni pensée ni monde. Dans les
états de veille et de rêve les pensées
sont présentes, ainsi que le monde. Tout comme
l'araignée tire d'elle-même le fil [de la
toile] et le résorbe en elle-même, le
mental projette le monde en dehors de lui-même et le
résorbe en lui-même. Quand le mental
émerge du Soi, le monde se manifeste. Ainsi, lorsque
le monde apparaît [comme réel], le Soi
n'apparaît pas ; et lorsque le Soi apparait [ou
resplendit], le monde n'apparaît pas. Si l'on
s'interroge assidûment sur la nature du mental,
celui-ci finira par disparaître, laissant le seul Soi
resplendissant. Ce qui est désigné comme le
Soi est l'Atman. Le mental ne peut exister
indépendamment du monde grossier ; il ne peut
subsister par lui-même. C'est le mental qu'on appelle
corps subtil ou âme [jiva].
9. En quoi consiste la voie de l'investigation sur la
nature du mental ?
Ce qui s'élève dans ce corps en tant que " je
" est le mental. Si l'on interroge d'où émerge
en premier lieu la pensée " je " dans le corps, on
découvrira que c'est du Cur. C'est là la
source du mental. Même en pensant continuellement "
je, je ", on sera conduit à cet endroit. La
pensée " je " est la première de toutes les
pensées qui apparaissent dans le mental. Ce n'est
qu'après sa naissance que les autres pensées
s'élèvent. En d'autres termes, ce n'est
qu'après l'apparition du premier pronom personnel que
le deuxième et le troisième pronom
apparaissent ; en l'absence du premier, le deuxième
et le troisième ne peuvent exister.
10. Comment le mental peut-il devenir tranquille ?
Par l'investigation " Qui suis-je ? ". La pensée "
Qui suis-je ? " détruira toutes autres
pensées, et, semblable au bâton qu'on utilise
pour remuer le bûcher, elle sera, finalement
détruite. C'est alors que surviendra la
réalisation du Soi.
11. Par quel moyen peut-on toujours se maintenir dans la
pensée " Qui suis-je " ?
Lorsque des pensées surgissent, au lieu de les
suivre, on doit plutôt se demander : " A qui
sont-elles venues ? ". Peu importe le nombre de
pensées qui s'élèvent ainsi. Si vous
vous demandez à chaque fois : " A qui cette
pensée est-elle venue ? ", la réponse sera : "
A moi ". Si vous poursuivez alors l'interrogation " Qui
suis-je ? ", le mental retournera à sa source et la
pensée qui venait de surgir s'évanouira. En
persévérant ainsi dans cette pratique, le
mental développera peu à peu la
capacité de demeurer dans sa source. Lorsque le
mental subtil émerge en passant par le cerveau et les
organes sensoriels, des noms et des formes du monde grossier
sont perçus ; quand il s'établit dans le
Cur, les noms et les formes disparaissent. Ne pas
laisser le mental s'extérioriser, mais le maintenir
dans le Cur est ce qu'on appelle "
intériorisation " [antar-mukha]. Si le mental
quitte le Cur, on appelle cela "
extériorisation " [bahir-mukha]. Ainsi, quand
le mental demeure dans le Cur, le " je ", origine de
toutes les pensées, s'evanouit, et le Soi toujours
présent resplendit. Quoique l'on fasse, on doit le
faire sans le " je " de l'ego. Si l'on agit de telle
manière, on s'apercevra que tout est la nature de
Shiva [Dieu].
12. N'existe-t-ils pas d'autres moyens pour apaiser le
mental ?
Il n'y a que l'investigation intérieure comme moyen
adéquat. Si l'on s'efforce de maîtriser le
mental par d'autres moyens, il ne sera maîtrisé
qu'en apparence, car il s'élèvera à
nouveau. Le mental peut aussi être apaisé par
le contrôle de la respiration, mais cela ne dure que
le temps du contrôle de celle-ci ; quand elle reprend,
le mental commence à s'agiter et à errer par
la force de ses impressions latentes. Le mental et la
respiration ont la même source. Le mental est
constitué de pensées. La pensée " je "
est la première pensée du mental ; c'est
l'ego. L'ego a son origine à l'endroit même
d'où s'élève la respiration. Ainsi,
quand le mental devient tranquille, le respiration est
contrôlée ; et inversement, quand la
respiration est contrôlée, le mental devient
tranquille. Mais dans le sommeil profond, bien que le mental
s'efface, la respiration ne cesse pas pour autant. Ceci est
dû à la volonté divine et a pour but de
protéger le corps et d'éviter qu'il soit pris
pour mort. Dans l'état de veille et dans le samadhi
[absorption totale dans la contemplation], lorsque
le mental est tranquille, la respiration est tranquille
aussi. Le souffle est la forme grossière du mental.
Jusqu'au moment de la mort, le mental garde le souffle dans
le corps ; et quand le corps meurt, le mental emmène
le souffle avec lui. Par conséquent, la pratique du
contrôle de la respiration n'est qu'une aide pour
dompter le mental [manonigraha] ; elle n'apporte pas
l'extinction du mental [manonasa].
Toute comme la pratique du contrôle de la respiration,
la méditation sur une forme de Dieu, la
répétition de mantras, le régime
alimentaire etc., ne sont que des aides pour apaiser le
mental.
Par la méditation sur des images de Dieu et par la
répétition de mantras, le mental acquiert la
concentration ; car la nature du mental est
précisément d'errer. Tout comme la trompe d'un
éléphant cesse de s'agiter lorsque'il tient
une chaîne, ne cherchant plus alors à saisir
autre chose, de même le mental, quand il est
occupé à méditer sur des noms et des
formes, ne s'intéresse à rien d'autre. Quand
le mental se déploie sous forme d'innombrables
pensées, chacune d'elles finit par s'affaiblir.
Quand, au contraire, les pensées
s'évanouissent, le mental se fixe sur un seul but et
devient fort. Pour un tel mental la recherche du Soi devient
facile.
De toutes les règles de conduite, celle d'un
régime restrient à la nourriture sattvic
[pure], en quantité modérée,
est la meilleure. En observant cette règle, la
qualité sattvic du mental se développe et cela
favorise la pratique de la recherche du Soi.
13. Les impressions résiduelles [les
pensées] relatives aux objets apparaissent,
interminablement, telles les vagues de l'océan. Quand
seront-elles toutes détrites ?
Par la méditation de plus en plus intense,
les pensées seront finalement détruites.
14. Est-il possible pour ces impressions, formées
depuis des temps immémoriaux, de se résorber,
afin que l'on demeure le pur Soi ?
Il est indispensable de toujours
persévérer dans la méditation sur le
Soi, sans laisser place au doute : " Est-ce possible, ou non
? ". Aussi pêcheur qu'on puisse être, il ne sert
à rien de se tourmenter et de pleurer : " Oh, je suis
un pêcheur, comment puis-je être sauver ? ". Si
l'on renonce à la pensée " Je suis un
pêcheur " et si l'on reste profondément
centré dans la méditation sur le Soi, le
succès est assuré. Il n'y pas deux mentaux, un
qui serait bon et un qui serait mauvais ; il n'y a qu'un
seul mental. Ce ne sont que les impressions
résiduelles qui sont de deux sortes : favorable et
défavorable. Quand le mental est sous l'influence des
impressions favorables, on le considère comme bon,
sous des impressions défavorables, il est dit
mauvais.
On ne devrait pas se tourner vers les choses du monde et se
mêler des affaires des autres. Aussi mauvais que
certains êtres puissent paraître, il ne faudrait
pas les haîr pour autant. Le désir doit
être évité au même titre que la
haine. Tout ce que l'on donne à autrui, on se le
donne à soi-même. Sachant que telle est la
vérité, comment peut-on encore refuser quoi ce
soit à son prochain ? Si l'ego se manifeste, tout se
manifeste ; si l'ego s'apaise, tout s'apaise. A mesure que
nous nous conduisons avec humilité, le bien
s'établit. Une fois le mental apaisé, peu
importe le lieu où l'on vit.
15. Combien de temps doit-on pratiquer l'investigation
?
Aussi longtemps que des impressions d'objets demeurent dans
le mental, il est nécessaire de poursuivre
l'investigation " Qui suis-je ? ". Dès que les
pensées se manifestent, elles doivent êtres
détruites à l'endroit même de leur
origine par l'investigation. Se livrer sans interruption
à la contemplation du Soi, jusqu'à ce qu'il
soit réalisé, cela seul suffirait. Mais tant
que la fortresse est occupée par les ennemis, ceux-ci
tenteront de se lancer au dehors ; si, au moment où
ils s'élancent, ils sont anéantis, la
fortresse tombera dans nos mains.
16. Quelle est la nature du Soi ?
En vérité, seul le Soi existe. Le monde,
l'âme individuelle et Dieu ne sont que des apparences
dans le Soi, comparable à l'argent dans la nacre. Ils
apparaissent et disparaissent simultanément. Le Soi
est là où il n'y a pas la moindre
pensée " je ". Cela est appelé " Silence ". Le
Soi lui-même est le monde ; le Soi est " je " ; le Soi
est Dieu ; tout est Shiva, le Soi.
17. Tout n'est-il pas l'uvre de Dieu ?
Le soleil se lève sans désir, sans intetntion
ni effort ; et par sa simple présence, la pierre
émet de la chaleur, le lotus fleurit, l'eau
s'évapore et les hommes accomplissent leurs
tâches diverses et variées, puis se reposent.
De même qu'en présence de l'aimant l'aiguille
se met à bouger, ainsi, par le pouvoir de la
présence de Dieu, les âmes, gouvernées
par les trois fonctions cosmiques [création,
conservation, destruction] ou la quintuple
activité divine, accomplissent leurs actions, puis se
reposent, conformément à leur karma. Dieu n'a
pas d'intention et aucun karma n'adhere à Lui. ; tout
comme le soleil qui reste insensible aux activités du
monde, ou l'éther qui se répand partout sans
être influencé par les aspects positifs ou
négatifs des quatre autres
éléments.
18. Qui parmi les adorateurs est le plus grand ?
Celui qui s'abandonne au Soi, ou Dieu, est l'adorateur le
plus parfait. s'abandonner à Dieu signifie demeurer
fermement dans le Soi, sans laisser la place à une
autre pensée que celle du Soi.
Tout fardeau que nous remettons à Dieu, Il le
portera. Puisque le pouvoir suprême de Dieu anime
tout, pourquoi ne pas nous y soumettre, plutôt que de
nous tracasser pour ce qui doit être accompli et
comment il le sera. Sachant que le train transporte toute
lourde charge, pouquoi devrions nous continuer à
porter nos bagages sur les genoux, pour notre plus grand
inconfort, au lieu de les poser à terre dans le train
et d'être à l'aise ?
19. Qu'est-ce que le non-attachement ?
Le non-attachement signifie la destruction des
pensées à l'endoit même où elles
naissent, et ce sans laisser aucune trace. Toute comme le
pêcheur de perles attache des pierres à sa
taille et plonge au fond de la mer pour s'emparer des
perles, de même chacun de nous devrait se munir de
non-attachement, plonger en lui-même et obtenir la
Perle su Soi.
20. Est-il possible pour Dieu et le Guru de provoquer la
libération de l'âme ?
Dieu et le Guru ne font que montrer le chemin vers la
libération ; Ils ne conduisent pas d'eux-mêmes
l'âme à l'état de libération.
En vérité, Dieu et le Guru ne sont pas
distincts. De même que la proie tombée entre
les mâchoires du tigre ne pourra s'échapper,
ceux qui sont tombée sous le regard de grâce du
Guru seront sauvés par lui et ne se perdront plus ;
cependent, chacun doit par son propre effort poursuivre la
voie que Dieu ou le Guru lui a indiqué pour obtenir
la libération. Se connaître soi-même
n'est possible que par son propre il de connaissance
et non avec celui d'autrui. Un homme du nom de Rama a-t-il
besoin d'un miroir pour savoir qu'il est Rama ?
21. Est-il nécessaire pour celui qui aspire
à la libération d'explorer la nature des
différents tattva [principes fondamentaux de la
manifestation]?
De même qu'on n'éprouve pas le besoin
d'examiner une par une les ordures avant de les jeter, il
n'est pas nécessaire pour celui qui désire
connaître le Soi de compter le nombre de tattva ou de
s'intéresser à leurs caractéristiques ;
il lui faut plutôt rejecter tous les tattva qui lui
cachent le Soi. Le monde doit être
considéré comme un rêve.
22. N'y a-t-il pas de différence entre
l'état de veille et l'état de rêve
?
L'état de veille est long, l'état de
rêve est court ; il n'y a pas autres
différences. Les événements du
rêve paraissent tout aussi réels quand on
rêve que ceux de l'état de veille paraissent
rels quand on est éveillé. Dans le rêve,
le mental revêt un autre corps. Les pensées,
les noms et les formes apparaissent simultanément
aussi bien dans l'état de veille que dans l'etat de
rêve.
23. Les études livresques sont-elles de quelque
utilité pour ceux qui aspirent à la
libération ?
Toutes les Écritures sont d'accord sur le fait que,
pour obtenir la libération, le mental doit être
tranquille ; une fois que l'on a compris que l'essence de
leur enseignement est de rendre le mental tranquille, il
devient futile de faire des études interminables.
Pour arriver à une telle tranquillité il
suffit de chercher en soi-même ce qu'est la nature du
Soi. Cette recherche, comment peut-on la mener dans les
livres ? On ne peut connaître le Soi que grâce
à son propre il de Sagesse. Le Soi se trouve
à l'intérieur des cinq enveloppes [cinq
kosha : nourriture, force vitale, mental, intellect,
félicité], mais les livres se trouvent en
dehors d'elles. Puisque le Soi doit être scruté
en rejetant les cinq enveloppes, il serait futile de la
chercher dans les livres. Arrivera le moment où il
faudra oublier tout ce que l'on a appris.
24. Qu'est-ce que le bonheur ?
Le bonheur est la nature même du Soi ; le Soi
et le bonheur ne sont pas distints. Le bonheur ne se trouve
dans aucun objet du monde. Du fait de notre ignorance nous
croyons que les objets nous procurent le bonheur. quand le
mental s'extériorise, il éprouve de la
souffrance. En vérité, ses désirs une
fois satisfaits, il retourne à sa source et jouit du
bonheur qui n'est autre que le Soi. De la même
manière, dans les états de sommeil, de samadhi
et d'évanouissement, et quand l'objet
désiré est obtenu ou l'objet
indésirable éliminé, le mental se
tourne vers l'intérieur et jouit du pur bonheur du
Soi. Ainsi le mental erre sans cesse, tantôt il
abandonne le Soi, tantôt il y retourne. Il est
agréable d'être à l'ombre d'un arbre ;
dehors, la chaleur du soleil est brûlante. Quand on
s'est promené sous le soleil, on apprécie la
fraîcheur de l'ombre. Celui qui n'arrête pas de
passer de l'ombre au soleil et du soleil à l'ombre
est un insensé. L'homme avisé reste toujours
à l'ombre. De même, le mental de celui qui
connait la vérité ne quitte jamais le Brahman
[la réalité impersonnelle absolue]. Le
mental de l'ignorant, au contraire, se mêle aux choses
du monde et, se sentant misérable, il retourne vers
le Brahman un court instant afin de goûter le bonheur.
En fait, ce qui est appelé monde n'est autre que
pensées. Quand le monde disparaît,
c'est-à-dire quand il n'y a pas de pensées, le
mental fait l'expérience du bonheur ; inversement,
quand le monde apparaît il éprouve douleur et
souffrance.
25. Qu'est-ce que la vision de la Sagesse
[jnâna-drishti] ?
Rester tranquille est ce qu'on appelle la vision de la
Sagesse. Rester tranquille, c'est laisser le mental se
résorber dans le Soi. Télépathie,
clairvoyance et connaissance du passé, du
présent et de l'avenir n'ont rien à voir avec
la vision de la Sagesse.
26. Quelle et la relation entre l'état sans
désir et Sagesse ?
L'état sans désir est Sagesse. Tous deux ne
sont pas distincts ; ils sont un et le même. L'absence
de désir veut dire le mental n'est plus tourné
vers les objets. La Sagesse signifie qu'aucun objet
n'apparait dans la conscience. En d'autres termes, ne pas
chercher autre chose que le Soi signifie détachement
ou absence de désir ; ne pas quitter le Soi est
Sagesse.
27. Quelle et la différence entre investigation et
méditation ?
L'investigation, c'est maintenir le mental dans le Soi. La
méditation consiste à penser " Je suis
Brahman, Etre-Conscience-Félicité ".
28. Qu'est-ce que la libération ?
Scruter la nature de son soi limité et
réaliser sa véritable nature, cela est la
libération.
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