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DIALOGUE AVEC RAPHAEL


aphael est le fondateur de l'ashram Vidya à Rome en Italie, qui est un espace permettant l'enseignement de la Tradition* antique inspirée de l'Orient et de l'Occident. Sa voie est celle de l'asparsha-yoga ; la voie sans support. Après 35 ans d'enseignement, il s'est retiré dans l'ermitage de l'Academia Ordo Rael construit sur les contreforts des Monts Apennins où il se dévoue entièrement au silence.

Raphael est un auteur et un enseignant des Traditions métaphysiques occidentale et védantique orientale. Il a traduit et commenté un grand nombre de textes grecs (comme Plotin) et védantiques majeurs (nombreuses oeuvres de Shankara et plusieurs Upanishad). Toute son oeuvre constitue une réunification consciente des Traditions Occidentales et Orientales en Une Tradition de la Métaphysique. (Les définitions des termes sanskrit ont étés ajoutées ultérieurement.)


Ashram : centre d'études et de méditation.

Vedanta (védantique) : La fin et le but des « Veda » (Connaissance sacrée. Textes sacrés fondateurs de la spiritualité indienne, dont les conclusions des différents ouvrages sont les « Upanishad », dont le but est la destruction de l'ignorance).

Vidya : connaissance.

Asparsha : absolu dans le sens de sans contact, sans relation, ni soutien ou support.

Yoga : Union, réintégration de l'individuel dans l'absolu.



Raphael

*Tradition : Ce terme fréquemment utilisé par Raphael, fait référence à la Connaissance primordiale, la philosophie de la Réalisation de l'Etre. La Tradition est l'ensemble des connaissances, toutes origines confondues, qui offrent à l'homme la possibilité de se reconnaître tel qu'il est, le Soi, l'Absolu, l'Un sans second et de se sortir de l'état fragmentaire ou incomplet dans lequel il pense être.



Question (Q) : Quel a été l'objet de votre quête ? Avez-vous rencontré ou suivi un maître ?

Raphael (R) : Eh bien, fort heureusement, dans cette incarnation-ci, je n'étais absolument pas en quête de quoi que ce soit. De toute évidence, j'ai cherché au cours d'incarnations passées !

Dans cette incarnation-ci, ce qui peut être défini comme étant un état de conscience, n'est apparu à ce plan d'existence que pour se trouver dévoilé en toute innocence. Mais surtout, cet état de conscience est venu pour dévoiler les Grands Mystères ou Paravidya (Connaissance métaphysique ou suprême). Car de temps à autres, un être naît en cette dimension pour perpétuer la Tradition. Sans cela, la Tradition n'existerait peut-être même plus.

Ces états de conscience apparaissent à cette dimension car leur 'tâche' dirions nous, est d'enseigner, et donc, en termes orientaux, nous pourrions dire que ce sont des gourou (maître spirituel). Néanmoins, ma position est un peu différente, car je ne suis pas venu dans le but d'avoir des disciples. Si quelqu'un désire être guidé ; je peux l'aider. Mais mon dharma (ce que l'on réalise dans la vie et donc en fonction du karma) est de permettre à des êtres tels que Shankara, Gaudapada, Platon, Plotin, Parménide, de s'exprimer et d'être entendus à nouveau. Ainsi, mon image est mise de coté afin que ces êtres, ces autres états de conscience s'expriment. Mon rôle n'est pas de fonder un ashram en mon nom, mais plutôt de perpétuer cette connaissance qui fait particulièrement défaut en Occident. Concernant mon âge physique, j'ai su ce que je devais faire dès mes vingt ans. Ainsi, cette incarnation particulière n'a éprouvé aucun problème de sadhana (pratique spirituelle), aucune difficulté à comprendre certains enseignements, aucun problème d'ascension ou de réalisation, car tout cela avait déjà été accompli.

Q : Ce que vous nommez " état de conscience " correspond-il à ce que l'on considère comme la personne ?

R : Tout en ce monde est Conscience, et un état de conscience est un moyen de dévoiler les possibilités qui existent au sein de celle-ci. Ainsi, Raphael est un état de conscience ; vous aussi, vous êtes un état de conscience qui doit être dévoilé.

Q : En somme, tout est Conscience, mais au sein de cette Conscience apparaissent différents mouvements. Est-ce une bonne explication ?

R : Nous pouvons dire que la Conscience est unique, ou Une, et exprimée à travers les guna (Attributs de la substance universelle. Au nombre de trois, ils sont à la base de la manifestation : sattva (l'équilibre), rajas (l'activité) et tamas (l'inertie)). La capacité d'expression que détient la Conscience est plus ou moins grande selon le degré d'équilibre des guna. La Conscience a une possibilité d'expression bien moindre dans un arbre ou dans un animal. C'est la forme qui impose une limitation à ces états de Conscience, ou de présence aux choses. La Réalisation rompt avec toutes ces limitations ou couches qui recouvrent la Conscience et voilent toute sa majesté. La Conscience est partout, jusque dans le règne minéral. Dans l'être humain, elle a, bien sûr, une plus grande capacité d'expression. Dans un deva, c'est-à-dire dans un être de niveau supérieur, elle se révèle à travers anandamayakosha (enveloppe de béatitude) et dispose ainsi de possibilités bien plus étendues. Selon le vedanta, nous disposons de cinq véhicules, ou instruments, qui rendent possible le contact avec le reste du monde. Ceux-ci s'étendent depuis le niveau physique grossier jusqu'au plus subtil, qui est ananda ou béatitude. Tout ceci est également ce que l'on recherchait dans la Grèce et l'Egypte Antiques. Rien ne change. Seule une appellation différente est donnée à ces états, mais la connaissance fondamentale demeure exactement la même.

Q : Êtes-vous déjà allé en Inde ?

R : Non, jamais. L'ambassadeur de l'Inde à Rome, Apa Pant, m'a plusieurs fois invité à me rendre en Inde. A chaque fois, je répondais : " J'irai tôt ou tard ... Un de ces jours, j'irai là-bas. " Cinq ou six personnes sont récemment allées en Inde pour moi, toutes chargées de rapporter des documents. Ceci dit, la Connaissance se situe au-delà de l'espace ; nous sommes tous les enfants de la même dimension. Car la Connaissance n'est pas quelque chose de localisé ici ou là qu'on ne peut trouver qu'à un point bien précis. La Connaissance est telle le soleil qui brille au firmament. Un certain nombre de swami (hommes religieux) m'ont invité à me rendre en Inde pour visiter leurs ashram, même les math (monastères) fondés par Shankara m'ont récemment invité &endash; et j'ai répondu : " J'irai ".

Q : Finalement, qu'avez-vous trouvé ?

R : Comme je vous l'ai dit, il n'y a eu aucune quête lors de cette vie-ci.

Q : Diriez-vous que vous êtes né réalisé ?

R : Cet état de Conscience particulier n'a pas d'ego qui puisse dire, " je suis réalisé ". Ce sont les autres qui sont en mesure de le définir comme réalisé ou pas. Lorsque j'étais très jeune, mes frères et soeurs sur la voie ne cessaient de me dire que j'étais né vieux. Cependant, pour ma part, je me trouvais tout à fait normal, absolument comme tout le monde. D'autres disaient : " Vous êtes un philosophe " et je répondais : " Je ne crois pas, je dis simplement les choses que j'ai envie de dire ". Tout est si beau !

Q : Quand et pourquoi furent fondés l'ashram Vidya et l'Academia Ordo Rael ? Quelle est leur fonction ? Qu'y fait-on ?

R : Un ashram Vidya a été fondé à Rome et ce dernier est à présent devenu le siège de la maison d'édition. Cet endroit-ci est l'Academia. Il est important de faire cette distinction entre ce deux lieux, car vous n'êtes peut-être pas sans ignorer que, selon la Tradition, la vie comprend quatre stades. Les deux premiers sont, d'une part, celui du disciple/étudiant engagé dans un apprentissage sur une voie, et d'autre part, le stade du chef de famille, à savoir une personne ayant des responsabilités à exercer. Ces deux stades se mènent dans le monde et pour le monde. On ne peut pas fuir le monde ; il doit être intégré afin d'éviter toute fuite, ou fugue psychologique. Les deux stades suivants sont ceux de l'ermite et du sannyasin (renonçant).

C'est donc à Rome, à l'ashram, que nous suivîmes les deux premiers stades. Nous sommes en train d'accomplir les deux derniers ici, car les conditions requises pour un ermite ou pour un renonçant sont plus difficiles à réunir en ville, et s'obtiennent plus aisément à la campagne ou à la montagne dans le silence. Le stade de l'ermite représente un retour sur soi, en sanskrit : uparati. Ce stade donne naissance au silence, à l'introspection et à la contemplation. Le sannyasin vie dans la renonciation totale, jusqu'à celle de son propre corps physique. Ainsi, si le corps devait disparaître, cela ne lui poserait aucun problème. Cependant, cette renonciation est issue d'une élévation de l'état de conscience telle, qu'il ne subsiste plus de connexion avec le monde des noms et des formes. En outre, cette Academia n'a pas été fondée en réponse à un quelconque désir spécifique de ma part, mais plutôt parce que lieu nous donne ainsi la possibilité d'ancrer certains principes au niveau de ce plan d'existence. Autrement dit, il permet l'existence d'un influx de nature métaphysique de l'ordre des Grands Mystères ou Paravidya.

Ce que Shankara a tenté de faire avec les quatre math ; ce que Plotin tenta de faire avec la Cité des Philosophes ; nous, en toute modestie, tentons maintenant de le faire ici.

Voici les quatre math principaux de Shankara, il en existe d'autres (Raphael désigne un livre). Leur but est de donner à la Tradition une possibilité de se perpétuer. Et, 1200 ans plus tard, cette Tradition est toujours vivante. Le fait de perpétuer une Tradition est de la plus haute importance. Car si la Tradition venait à s'éteindre, l'humanité entière se retrouverait orpheline. Si de nos jours nous sommes à même de suivre ces enseignements, c'est grâce aux textes sacrés rédigés par Shankara, qui nous donnent la possibilité de n'entretenir aucune illusion et de continuer à cheminer directement vers la réalisation. Ces écritures ou textes sacrés doivent être protégés afin de poursuivre leur oeuvre dans le temps. Il est très intéressant que des gourou indiens se rendent en Occident pour parler de l'advaïta vedanta - mais il est d'une égale importance d'avoir les écritures sacrées à disposition afin de pouvoir y vérifier ce que l'on a entendu. Il est essentiel de suivre ces deux lignes d'action, qui en réalité n'en font qu'une : un enseignant est certes nécessaire, mais son travail doit être complété par l'étude des Ecritures. Si nous devions perdre tout ce qui existe dans les livres sacrés tels que les Veda, les Upanishad, le Darshana et ainsi de suite, nous serions plongés dans l'ignorance la plus totale. Ceci est primordial.

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Q : Les personnes qui vivent ici se consacrent-elles à l'étude des textes traditionnels et à leur application ?

R : Et bien sûr à la réalisation de soi. Il y a des résidents permanents, dont certains sont venus très jeunes, et de nombreux visiteurs qui viennent d'Italie ou de l'étranger. Parce que nous examinons les Grands Mystères, le Paravidya, nous présumons que les gens qui trouvent leur chemin jusqu'ici et à plus forte raison ceux qui y demeurent, ont un état de Conscience 'adéquat'. En fait, rien de particulier ne s'est jamais produit ici !

En Italie, de nombreuses personnes étudient ce que j'ai dit et écrit, elles se sont structurées d'elles-mêmes en groupes. Certaines d'entre elles sont ici en ce moment et vous pourrez en rencontrer qui viennent de Sicile, de Calabre, du centre de l'Italie et du Piémont. Ces groupes viennent périodiquement pour vivre une expérience et peuvent aussi recevoir un enseignement. La relation que j'entretiens avec ces personnes ou avec ces groupes, n'est pas une relation de gourou à disciple ordinaire. C'est une relation de la nature de l'acharia (Capacité de compréhension profonde et de réalisation de la Réalité), basée sur le dialogue, afin qu'une compréhension totale ait lieu entre les deux êtres et que se dévoile ce que chacun d'entre eux est réellement. Ainsi je ne dirai jamais à qui que ce soit : " Tu dois faire ceci " ou " Ne fais pas cela, pour telle ou telle raison ". Ayant assimilé les différentes branches de la Tradition, je peux offrir l'enseignement spécifique qui convient, selon la personne. Ainsi, je pourrais exprimer ou présenter une vision générale de ce que la vie devrait être puis, je laisserai toute liberté à cette personne dans sa façon d'intégrer cette vision. S'il se trouve des conditions particulières qui font obstacle à la réalisation de cette vision, la seule chose à faire est d'en parler et de voir pourquoi ces obstacles sont là, et comment il convient d'y remédier.

Le fait d'avoir un don pour les langues, en matière des différentes branches de la Tradition, surprend toujours mon entourage. Car la majorité des disciples en quête d'un maître a une image bien précise et fixe de ce qu'est un maître : il sera donc soit bouddhiste, soit kabbaliste ou encore quelque autre chose de bien spécifique. Parfois on me demande : " A quel courant appartenez vous ? Etes-vous un hindouiste ? Etes-vous un advaïtin ? ". Et je leur réponds : " Non, je ne suis pas même cela ! ". " Mais êtes-vous kabbaliste ? Vous avez écrit des ouvrages sur la Kabbale ". Mes réponses les désorientent complètement ! (Rire).

Alors, je tente de leur demander : " Que cherchez-vous, quelle est la direction de votre vie ? Je peux vous rejoindre à partir de cette question et nous pouvons nous aider mutuellement ". Ainsi, le qualificatif d'expert en advaïta vedanta me pose des difficultés. Cela me donne envie de rire, car ce je ne saurai me considérer ainsi. Ce n'est d'ailleurs encore qu'une manière supplémentaire de me catégoriser. Il se doit d'exister un état de conscience qui intègre toutes les différentes possibilités et perspectives, même si vous vous tenez en dehors de celles-ci, car cet état de conscience ne s'identifie à aucune des différentes voies. C'est en ceci que réside la grande difficulté que j'éprouve à répondre à des questions spécifiques telles que : " Avez-vous suivi une voie particulière ? ". Ma seule réponse pourrait être : " Oui, je les ai toutes suivies. ".

Q : Que se passe-t-il ici

R : Ici, se trouve un temple, mais il serait inexacte d'appeler ce bâtiment un temple, car ce lieu entier est un temple. Les résidents permanents méditent dans cette salle, à coté. Il n'est pas toujours recommandé à tout le monde de méditer trois fois par jour (et beaucoup plus longuement le mercredi), car certains ne le supporteraient peut-être pas. C'est donc une bonne idée pour les visiteurs de méditer dans leur propre cellule - qui sont également des temples - selon leur propre rythme. Vous par exemple, avez probablement votre propre gourou, qui vous a donné certaines techniques ou un type de méditation particulière, une manière de méditer et ainsi de suite. Il est bon de ne pas interférer avec votre façon de méditer. Je ne m'attends jamais à ce que tout le monde suive les techniques ou les façons de méditer en pratique ici. Pendant votre séjour, il est donc bon de poursuivre votre méditation telle qu'elle vous aura été enseignée, et vous pouvez faire cela dans votre cellule. Il ne s'agit pas d'avoir une attitude fermée ou exclusive, mais au contraire d'offrir à chacun ce qui lui convient, en toute liberté.

Q : Nous ressentons tous les deux un profond silence ici, ainsi qu'un grand respect pour le silence ; pourquoi est-il important de demeurer en silence ?

R : Nous avons déjà mentionné que le troisième stade de la vie est celui qui débute par un retour sur soi. A l'ashram à Rome, lors des nombreux dialogues et conférences qui avaient lieu, tous les participants avaient la possibilité d'exprimer leur point de vue. Ici, au lieu de cela, nous présumons que ces expériences ont été intégrées et comprises. Pendant les deux premiers stades de la vie, il est plus que légitime que chacun s'exprime ouvertement, qu'il dialogue avec un interlocuteur et ainsi de suite.

J'essaie d'amener les gens à comprendre qu'il existe aussi en Occident une voie métaphysique conduisant aux Grands Mystères. Hier, nous parlions de l'Unité de la Vérité. Une de mes tâches est de faire réapparaître, de remettre en lumière, la philosophie traditionnelle Occidentale, qui elle-même fait partie des Grands Mystères, même s'il n'y a rien de nouveau bien sûr, tout ceci ayant déjà été divulgué. Certains Occidentaux pensent que la Vérité n'appartient qu'à l'Orient. C'est faux, car en Occident nous possédons aussi une Tradition. Tout ce que nous avons à faire est de lui permettre de refleurir.

Plotin, par exemple, était un grand réalisé, un mystique et un philosophe qui voulait permettre à la Tradition de revivre, d'émerger à nouveau. Il désirait créer une Cité ou Citadelle des Philosophes selon des termes traditionnels. Malheureusement, à cause de problèmes liés à la cour de l'empereur Gallien, il ne fut pas autorisé à donner suite à son projet de création de cette Citadelle au sud de Naples.

Platon, de son coté, voulait établir en Sicile (qui était Magna Grecia à l'époque) sa " Politeia ", ou République. Il voyagea souvent de Grèce en Sicile pour faire vivre cette vision d'un Etat établi sur l'ordre et la justice. Par ordre, il entendait résonance avec les plans les plus élevés, avec les plans universels.

Pythagore avait également fondé ce type d'école, qui perdura longtemps en Calabre. De plus, il créa de nombreux groupes d'étude.

Ainsi la Tradition suivie par Platon, Plotin et par Pythagore existe en Italie et en Occident, naturellement. Ceci pour vous permettre de comprendre que malheureusement en Occident, la Tradition a été plutôt de nature kshatriya, c'est-à-dire de nature guerrière, et non de nature contemplative. Avec le Christianisme, tout cela fut complètement balayé, bien sûr.

Q: Il semble que la plupart des chercheurs spirituels Occidentaux soient attirés par l'Inde et l'advaïta vedanta. Ils semblent même y accorder plus de valeur qu'à leur propre tradition. Comment expliquez-vous cela ?

R : Il y a eu deux principaux événements : Le premier fut le Christianisme, qui chercha volontairement à obscurcir la philosophie Occidentale. Le Christianisme ne se réfère qu'aux petits Mystères, les Mystères inférieurs, et non aux Grands Mystères. L'Islam a le Soufisme, qui est déjà d'une plus grande magnitude et qui véhicule les Grands Mystères. La Torah, l'Ancien Testament, comportent une partie ésotérique, la Kabbale. Le Christianisme n'a ni cette dimension métaphysique ni la vision des Grands Mystères.

Le deuxième événement repose dans le point de vue matérialiste et positiviste que l'Occident applique à tout y compris à la philosophie. Ces deux faits ont assombri petit à petit les Grand Mystères et la partie la plus élevée de la philosophie Occidentale. Bien que Platon, Plotin et Parménide se soient exprimés de manière très claire, les philosophes contemporains n'admettent pas que Platon ait été un être réalisé. Ces êtres sont considérés uniquement comme étant de grands philosophes discursifs.

Q : Les textes traditionnels grecs expriment-ils la même chose que l'advaïta vedanta ?

R : Lorsque nous parlons de l'advaïta vedanta, nous faisons référence à trois états de l'être, plus un quatrième, l'Etre qui se situe au-delà de la manifestation. Platon dit la même chose lorsqu'il traite du monde de l'Etre, qui correspond exactement à l'état d'ishwara (Seigneur. Le " Un " et synthèse de la création, de la conservation et de la dissolution de la manifestation.) dans l'advaïta vedanta. Platon parle également du " Un - Un " qui est au-delà de l'Etre et qui se rapporte au nirguna (sans attributs, absolu) de l'advaïta vedanta. Tout comme dans les autres Traditions, l'arbre Séphirotique de la Kabbale comporte trois niveaux distincts, plus un appelé Aïn-Soph, situé au-delà de la manifestation.

J'ai tenté de faire comprendre aux gens que toutes les différentes traditions mènent exactement à la même conclusion au travers de leurs branches diverses, qu'il existe quelque chose au-delà de la manifestation, et que seule l'Unité est. Même Parménide dit exactement cela. Son enseignement est très synthétique, car il ne nous en reste pas grand chose. Mais le peu qui ait été conservé de lui rejoint exactement Gaudapada ou Shankara. Parménide dit : " L'Etre est et ne devient pas. De ce fait, il est Réalité, absolu. La manifestation n'est rien d'autre qu'une apparence. Elle apparaît à l'horizon puis disparaît ". C'est précisément la même notion que celle de maya (illusion cosmique et ignorance qui recouvrent Brahman, le Soi, l'Absolu) dans le vedanta.

Q : Lorsque vous pensez à vous-même, ou lorsque vous dites " je ", quelle notion avez-vous de vous-même ? A quoi se rapporte ce " je " ?

R : Nous disions précédemment que je suis un état de conscience. Un état de conscience ne peut pas dire, " je suis ceci ", " je ne suis pas cela ", " je suis réalisé ", " je ne suis pas réalisé ". Un état de conscience est totalement impersonnel. L'ego ou le " je " apparaît à partir du moment où il y a identification, par le jeu du reflet de la Conscience, avec un corps physique qui dit, " je suis ceci ". Ce " je " dira : " je suis le corps ", " je suis sentiment ", " je suis émotion ", " je suis pensée ". En France, vous avez Descartes avec son très célèbre cogito : " je pense, donc je suis ", " je doute, donc je suis ". La Tradition va dans un sens radicalement opposé à ce point de vue, qu'elle retourne en : " Je suis, donc je pense ". Si vous vous identifiez à un véhicule, vous perdez votre identité. Tout comme dans le mythe de Narcisse, où Narcisse se reflétant dans l'eau, aperçut son image, en tomba amoureux, tomba à l'eau et mourut. Même en Occident nous avons ces symboles chargés de signification très importants du point de vue de la réalisation. Le conte du fils prodigue a également une profonde signification traditionnelle. Il s'éloigne de son père - donc de l'unité - va de part le monde, fait de nombreuses expériences, dont beaucoup d'expériences négatives, puis retourne à son père donc à l'Unité.

Le Vivekachudamani de Shankara est un livre très intéressant sur la relation entre maître et disciple. Le disciple cherche la réalisation ultime (la réalisation de Brahman) avec l'aide de son maître. Le maître commence par lui dire : " Vous n'êtes pas le corps physique, vous n'êtes pas le corps émotionnel ni le corps mental, vous n'êtes pas le corps supra-conscient qui est le corps de buddhi (intelligence) et vous n'êtes même pas le corps causal ". Le disciple s'effraie alors un peu en se disant : " Je ne suis pas ceci, je ne suis pas cela et pas non plus autre chose, ou cela finit-il donc ? ". Le maître permet alors au disciple de comprendre qu'il y a une unique Vérité ultime et que celle-ci n'a rien à voir avec les véhicules car à peine apparus, ils disparaissent déjà ; ils sont déjà défunts. Mais bien sûr, il est très difficile d'être détaché des véhicules et de ne plus y être identifié. Le vedanta dit : " Vous n'êtes pas ceci, vous êtes Cela ", " Tat Tvam Asi, Cela vous êtes ". Ceci semble très simple, mais c'est malheureusement très difficile à réaliser en raison d'un inconscient collectif qui attire constamment vers le niveau des formes.

Si l'on observe du point de vue de " L'Un sans second ", tout ce qui a lieu est à sa juste place. Selon le mouvement des guna et le niveau d'identification de l'ego avec ceci ou cela, le résultat ne peut que donner naissance qu'à ce qui se passe en ce moment. Un chemin qui a trait aux Grands Mystères conduit directement à l'apaisement du coeur. Nous disons souvent ici que, " Quiconque a compris tout cela, vit dans le silence pénétrant et l'amour non possédé ". Dans l'asparsha-yoga, Gaudapada dit : " Ce yoga est le yoga de la non opposition ". Indépendant des émotions et des sentiments, il est le résultat du savoir et de la compréhension que toute chose dans un espace/temps donné, est à sa juste place. J'ai rencontré des gens qui ont énormément souffert et j'ai essayé de leur indiquer la voie conduisant à la félicité, mais ils n'ont pas voulu la suivre. Nous pouvons dire que l'humanité est plutôt masochiste !

Q : Il semble que l'un des traits majeur de l'ego soit de se maintenir coûte que coûte, envers et contre tout ce qui peut se présenter pour le briser.

R : Oui, c'est la force de l'ego, bien que l'ego ne soit pas une réalité absolue. Un ego peut affirmer : " En ce moment je suis heureux ", et l'instant d'après une nouvelle triste ou négative survient qui l'amène à dire : " je suis malheureux ". Alors je lui dis : " Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe. Vous venez de dire que vous étiez heureux et maintenant vous ne l'êtes pas. Combien d'egos avez-vous donc ? ". Mais même en psychologie nous savons maintenant qu'il y a un ego social, un " je " qui n'est utilisé qu'au bureau, un " je " utilisé en famille avec le mari ou la femme et ainsi de suite ; nous pouvons donc dire que l'ego est un caméléon. Mais en dépit de tout cela, la majorité des gens s'attachent à cet ego et en favorise la perpétuation dans le temps. L'ego est une cause de conflit car il crée la dualité : ego et non-ego.

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Q : Pourquoi les gens font-ils cela ?

R : C'est une facette de la vie, une modalité offerte par la vie. Car, voyez-vous, différentes possibilités sont accordées à l'être humain. Un être humain peut penser en s'identifiant, mais il peut aussi penser sans être identifié. Ce n'est pas interdit et ça peut simplement se produire. La personne pourrait même ne pas penser du tout ; cela lui est également permis. L'entité ou l'être a cette liberté, car nous sommes des enfants de l'Etre, et donc de cette liberté. Parmi toutes les possibilités de choix accordées à l'être humain, il peut choisir celle qu'il aime le plus, celle qu'il désire. Bien sûr, il se produira différents effets selon le choix et les orientations prises par l'ego.

Q : Vous parlez de l'éveil comme de " l'arrêt du mouvement du jiva (âme individuelle) ". A quoi se rapporte le jiva et que voulez-vous dire ?

R : Nous pouvons en parler en termes Orientaux ou Occidentaux : les chrétiens parlent du corps, de l'âme et de l'esprit. Platon parle de soma, psyché et pneuma. Le vedanta parle d'un corps physique dense ou grossier, du jiva - qui est une fraction de l'âme suprême et de l'Atman (le Soi, l'Absolu) qui est pur Esprit. Jiva est donc la phase intermédiaire entre le niveau physique grossier, qui comprend le mental, la pensée, les sentiments, etc, et le pur Esprit. L'âme selon Platon, mais aussi selon le vedanta, peut être orientée soit vers le corps, soit vers le pur Esprit. Si elle s'identifie au monde sensible, pour employer les mots de Platon, cela aura inévitablement certains effets. Si au contraire, elle se tourne vers sa contrepartie divine, c'est à dire le niveau métaphysique, les effets seront différents. Il est donc important d'arrêter ce mouvement vers le bas et de l'orienter vers la transcendance. Le troisième stade de la vie que nous vivons ici en tant qu'ermites est celui dans lequel nous nous appliquons à éviter ce mouvement de l'âme vers l'identification avec le monde extérieur. L'ermite tente plutôt de s'identifier avec ce qui n'a rien à voir avec les émotions, les sensations etc, c'est-à-dire sa propre transcendance. En d'autres termes, il s'agit d'un retour en soi. En termes sanskrits cela se nomme Uparati. Ce retour intérieur opère un détachement d'avec les véhicules et de tout ce qui nous entoure. Platon parle de Periagoge ('conversion'), le détachement du monde matériel. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une fuite, mais d'une intégration. Alors vous voyez que la Tradition est Une et unique.

Q : Dans votre livre Le Sentier de la Non-Dualité, vous dites : " L'Un ne peut être connu que par un acte d'identité ". Qu'est-ce que cela signifie ?

R : Selon Platon et la philosophie grecque, il existe différents degrés de connaissance. Et il en va de même pour le vedanta. Le premier niveau de connaissance opère grâce à nos sensations et à nos sentiments; par exemple, les animaux appréhendent et comprennent par le biais des sensations qu'ils ont des choses. Nous sommes donc là en présence d'une connaissance par le biais de la sensation. Même les êtres humains au niveau instinctif, agissent selon leurs sensations. Ensuite nous avons la soi-disant connaissance empirique qui est transmise à l'esprit par les sens. Ce type de connaissance est un savoir duel, car il implique sujet et objet. Ainsi, nous avons manas en sanskrit et dianoia en grec, mais ces deux termes désignent la même chose : le mental. La science, par exemple, s'en remet beaucoup à manas car elle veut découvrir toutes les différentes lois qui régissent les phénomènes, le monde phénoménal. Cela n'est pas un problème en soi, car afin de connaître les différents phénomènes nous devons utiliser manas. Ici aussi, il s'agit d'un savoir de l'ordre du sujet-objet : un sujet qui connaît un objet. Lorsque nous allons plus profondément ou plus haut, nous réalisons que ce type de savoir duel n'a plus lieu d'être. L'ensemble de la multiplicité devient alors unité ; nous découvrons qu'il n'y a rien à connaître en dehors de soi-même. A ce stade, en termes humains nous parlons d'une " Connaissance par identité " car " Je suis cette chose ou cette personne, et elle est moi ". Lorsqu'un chercheur découvre que c'est le mental qui crée la dualité entre sujet et objet, il peut alors se fermer à ce type de connaissance et réaliser qu'il n'existe qu'une seule entité au-delà de tout ce mouvement. C'est pourquoi il est impossible d'obtenir une réalisation au niveau de manas, car manas projette un Dieu ou une Divinité à l'extérieur de lui-même. Saint Augustin dit : " Dieu est en nous ", et Jésus-Christ dit : " Le royaume des cieux est en vous ". Et à ce stade, on devient Connaissance, dans laquelle sujet et objet disparaissent. Ce sont les prêtres qui disent que tout cela est en dehors de vous.

En sanskrit on parle de Sat, Chit et Ananda qui sont Un, Unité. Chit est à la fois connaissance et Conscience, les deux étant un. En Occident, nous avons créé une différence entre connaissance et conscience, nous avons donc élaboré deux choses distinctes à partir d'une seule. Par contre, en termes orientaux tout comme en termes occidentaux, nous avons Chit ou Gnosis, qui signifient connaissance non-duelle. En Occident, nous avons un esprit plutôt empirique et nous voulons comprendre l'Absolu grâce à cet esprit, qui est en fait relatif. Il ne s'agit pas de se débarrasser du mental, il est un véhicule, un instrument comme les autres. Il est donc important d'en comprendre la valeur correcte. Mais afin de connaître ce qui se situe au-delà de soi, nous devons nous abandonner.

Q : Il y a deux choses ici : on veut la libération et on veut la compréhension, et peut-être veut-on aussi s'abandonner. Mais en même temps, une part de ce processus doit intervenir de lui-même, nous ne pouvons le provoquer, et même en ayant la connaissance de ce qui est évoqué plus haut.

R : Nous avons la faculté de comprendre, et petit à petit, à travers les enseignements etc., nous parvenons à saisir cette Réalité. Je donne souvent l'exemple de quelqu'un qui mettrait son doigt dans une flamme. Ce désire de connaître l'effet de mettre un doigt dans une flamme existe à cause de l'inconscient collectif, tamas (la plus inerte des trois guna, celle qui figure les forces sourdes et inactives de la nature comme l'ignorance ou le manque de clarté) et autres. Imaginons que quelqu'un vienne me voir et que je lui explique toutes les raisons pour lesquelles elle se brûlera si elle met un doigt dans le feu. Elle pourrait alors instantanément prendre conscience du danger, et ne se trouverait pas amenée à en faire physiquement l'expérience. Ou bien, elle continuerait à vouloir mettre son doigt dans la flamme, et finir par se brûler. Elle viendrait ensuite me dire : " Je me suis brûlée, que dois-je faire pour éviter d'être brûlée ? ". Je lui répondrais : " Eh bien, peut-être n'avez vous pas compris ? Si vous le souhaitez, je vais expliquer tout cela une fois de plus. " C'est le monde de l'ego qui crée ce type de dualité. Il crée la joie et la peine, le conflit et la souffrance, etc. Je peux indiquer le chemin qui mène à la solution de ce type de conflit. Si cette personne remet son doigt dans le feu ; dans le monde de la dualité, du conflit et de la souffrance, il va de soi qu'elle se brûlera à nouveau. Maintenant, si elle le désire, je pourrais lui expliquer toutes les raisons qui la poussent à recommencer. Si le dialogue n'a pas lieu entre deux intellects, mais plutôt entre un maître - ou plus précisément un état de conscience qui est parvenu au-delà de tout - et un disciple, alors il est possible que cet état de conscience pénètre la conscience du disciple et selon toutes probabilités une véritable compréhension se fera jour en celui-ci sans effort.

La relation entre un maître et un disciple est tout à fait extraordinaire et de toute beauté, car c'est une relation entre quelqu'un qui se donne, qui s'abandonne, et quelqu'un qui est ouvert pour recevoir ce qui a été donné au point qu'il n'y ait plus de distinction entre les deux et que de deux ils deviennent Un. Mais il est parfois difficile d'atteindre ce niveau d'ouverture car il y a une certaine résistance de la part du disciple. Nous nous identifions à certains contenus psychologiques, à manas et à d'autres expériences encore. L'état de conscience d'un être réalisé n'est rien d'autre que la possibilité de toucher un autre état de conscience qui n'est pas encore éveillé ; bien qu'au plan potentiel, nous soyons tous Cela.

Plutôt que de parler d'un " être réalisé " je préfère parler d'un " frère aîné ". Il n'y a qu'un maître et c'est Shiva (Shiva est le dieu de la destruction et de la dissolution. Il est aussi une divinité " bienfaitrice " dans la mesure où il anéantit l'ignorance). Alors ce " frère aîné " doit toucher l'état de conscience de l'autre personne et non les guna de cette personne.

Q : Ceci rejoint la question suivante, au sujet des êtres réalisés. Dans la version française de votre livre Tat Tvam Asi, vous décrivez un être réalisé, et nous nous demandions si vous auriez quelques conseils à donner afin d'aider à distinguer un être véritablement éveillé de quelqu'un qui a simplement cultivé certains pouvoirs.

R : Il n'est pas difficile de voir la différence ; mais naturellement, il est indispensable que la personne qui se demande si l'être en face d'elle est réalisé ou pas, soit elle-même à un certain niveau de compréhension. Il est dit qu'un être réalisé ne peut être perçu que par un autre être réalisé (rire). La Tradition sous sa forme écrite, comme nous l'avons précédemment évoqué, est un facteur très important, car ainsi, nous pouvons apprécier la personne que nous écoutons et en face de laquelle nous nous trouvons en regard des textes traditionnels.

Rappelons un exemple très simple que nous connaissons tous : les Evangiles. Quelqu'un pourrait venir me trouver et dire : " J'ai réalisé cet état qui est décrit dans les Evangiles ". Et à cela on peut dire : " Très bien, voyons donc ce que Jésus-Christ a dit dans les Evangiles ".

Prenons par exemple le Catholicisme, dont les effort de conversion à sa religion ont mené à tant de guerres et ont entraîné multiples séparations nationales. Si je suis normalement doué d'intelligence, je me penche sur les Evangiles et j'essaie de comprendre si le Christ a vraiment dit qu'il fallait apporter son enseignement au monde de cette manière. Le Christ dit dans les Evangiles : " Aimez-vous les uns les autres, comme Je vous ai aimé ". Il dit ensuite : " Priez Dieu afin que le Soleil éclaire les justes comme les injustes. Que gagnez-vous en n'aimant que ceux qui vous aiment ? En vérité je vous le dis, aimez ceux qui vous haïssent ". Alors je regarde autour de moi et je me demande si les prêtres ont bien suivi cette pensée, s'ils l'ont vraiment réalisée. En Europe, nous avons eu plus de guerres de religions que de guerres politiques (riant), et Jésus a pourtant dit : " Tendez l'autre joue " !

Voilà le rôle de la Tradition : les Evangiles sont donc pour moi un miroir. En les étudiant je peux dire : " Oui, cette personne suit vraiment les Evangiles. Elle le fait car elle tend réellement l'autre joue et aime jusqu'à ses ennemis ".

Il en va de même pour l'advaïta vedanta. Quelqu'un pourrait venir nous confier : " J'ai réalisé l'état de l'Un sans second ". Et dans ce cas nous dirions : " Voyons cela ". Si nous nous rendons compte alors que cette personne est panthéiste ou nihiliste, nous vérifions ce que Shankara a dit à ce sujet et pouvons nous apercevoir que les deux choses ne coïncident pas. Voilà la grande valeur de la Tradition. C'est seulement de cette façon que l'on peut savoir si cette personne est un être réalisé ou non. Nous devons être très prudent car nous vivons l'époque du Kali-yuga (Un des quatre ères cosmiques. Celui de l'obscurité, l'ignorance, le mal et l'endormissement des aspirations spirituelles) et un grand nombre de personnes ont tout appris ; il n'est pas difficile d'apprendre dans un livre, mais le vivre et le réaliser est une toute autre affaire. La seule façon, les seuls moyens dont le disciple dispose pour voir si une personne est réalisée c'est de comparer son comportement avec ce qu'en disent Plotin, de Gaudapada, Shankara et autres dans leurs ouvrages.

Mais il y a un autre aspect : bien souvent les disciples sont passifs et il leur est très difficile de pénétrer ces enseignements spirituels en profondeur. Je les encourage très souvent à aller de l'avant, à mener leurs propres expériences, à voyager en Inde et à rendre visite à divers gourou. Mais en fin de compte, ils sont bien obligés d'établir leur propre synthèse et de comparer les différents textes afin de bien savoir où ils en sont et ce qu'ils font. Nous avons publié une quantité d'ouvrages qui présentent une comparaison entre les différentes voies. Plusieurs ne sont pas encore traduits en français ou en anglais. Dans « La Philosophie d'Etre » j'ai écrit : " Il y a de faux maîtres car il y a de faux disciples " (rire). L'advaïta vedanta a été codifié par Gaudapada et Shankara. Si quelqu'un me dit : " Je suis un émule de Platon " - car aujourd'hui encore nous avons des écoles Platoniciennes et neo-Platoniciennes - la chose à faire est d'aller directement aux textes, afin de vérifier ce que Platon a exactement dit. Consulter les Ecrits est le seul moyen à la disposition du disciple de nos jours. Jadis, l'Inde était une société traditionnelle et c'était beaucoup plus facile, mais aujourd'hui, nous sommes dans le monde de l'avidya (Non-savoir, ignorance qui empêchent de distinguer ce qui est permanent de ce qui ne l'est pas, apparence et réalité). Jésus dit : " Vous les reconnaîtrez par les fruits qu'ils portent ". Un disciple doit faire preuve d'intelligence et doit être capable de comprendre.

Il y a également lieu de faire une distinction entre la réalisation véritable d'un état de conscience et les siddhi, qui sont des pouvoirs. Les siddhi appartiennent à Prakriti (matière originelle dont est fait l'univers, organisée autour des trois guna) et aux guna, par conséquent, il se crée une dualité. Alors que la réalisation se situe au-delà des siddhi. Il n'y a pas de siddhi plus élevé que la réalisation. Bien évidement les gens en général préfèrent les siddhi. Ce n'est pas que nous soyons contre les siddhi ou les pouvoirs. Les pouvoirs ont leur raison d'être, mais nous devons savoir qu'ils appartiennent à un plan particulier et les conserver à leur juste place.

Q : Juste avant de venir vous voir, une de nos amies traversait une crise. Intellectuellement, elle avait conscience qu'elle devait s'abandonner et laisser les choses se faire, mais ses émotions suivaient un autre cours et l'empêchaient de lâcher prise. La question est donc : comment concilier la raison avec les émotions et les sentiments ?

R : Dans le cas de votre amie, nous observons une identification avec le corps émotionnel et cette identification est tellement forte qu'elle ne lui permet pas de lâcher prise, de s'abandonner. Il s'agirait ici de rééduquer à la fois les émotions, qui sont si puissantes, et la raison, qui n'a pas la capacité de s'en soustraire. Sa position devrait être telle qu'elle puisse comprendre, même par le biais de manas, du mental, qu'elle peut aller au-delà de cet état, au-delà des émotions et de la raison. Bien sûr la condition idéale serait de se sortir de toute cette situation et de se mettre en silence. Elle résoudrait ainsi tous ses problèmes. Mais elle est en proie à des émotions et des sentiments qui l'inhibent, malheureusement. Elle doit être en plein milieu d'une bataille entre la conscience rationnelle et les émotions qui s'affrontent. Sa conscience est donc juste au centre de ce conflit.

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Q : Et donc, le mieux pour elle serait de se tenir au-dessus des deux, n'est-ce pas ?

R : Ce serait une solution radicale, effectivement et déjà une réalisation. Tout dépend des émotions et si votre amie est suffisamment forte pour les lâcher. Si elle avait une vision, une connaissance traditionnelle quelconque, elle pourrait trouver de l'aide à travers une identification avec cette vision plutôt qu'avec ses émotions.

Q : Qu'est-ce que la méditation ? Est-ce une technique pour accomplir quelque chose, et si c'est le cas, pour accomplir quoi ?

R : Au début, la méditation est extrêmement importante. Il y a la méditation avec support (un objet) ou sans support. Pour un débutant, la meilleure chose à faire est de commencer avec un support concret quelconque, comme un livre par exemple, afin que son esprit puisse atteindre un certain niveau de concentration, une certaine attention sur ce support particulier, car la pensée a tendance à se disperser. Il est très difficile de la bloquer en position unique. Une méditation avec support favorise donc la concentration.

Dans le Yoga-Darshana (Darshana : vision ou système), qui est le raja-yoga de Patanjali, les trois derniers moyens sont dharana (concentration, fixation de la pensée), dhyana (méditation ou contemplation) et samadhi (contemplation suprême, fusion avec le divin impersonnel). Cela comprend donc l'attention, la concentration, et la méditation sur une source afin que le mental puisse se focaliser sur quelque chose. Habituellement, le mental gaspille une quantité importante de son énergie. Un mental qui disperse son énergie ne peut créer quelque chose de positif, quelque chose de bon. Quiconque a accompli quelque chose d'une certaine importance, même dans le monde extérieur, a dû, dans tous les cas, exercer une très forte capacité de concentration. Un homme scientifique ou un mathématicien doit posséder ce type de concentration pour découvrir certaines lois. Bien évidemment, lorsque notre Conscience repose en elle-même et vit pour et par elle-même, la méditation n'a plus de raison d'être. Ainsi, la méditation est un moyen très puissant pour placer tous les véhicules en état d'attention, de concentration. Bien entendu, il existe différentes techniques de méditation mais je pense que nous n'avons pas le temps de les aborder maintenant.

Q : Hier je vous ai parlé de mes aperçus de la vision Une, mais que ce n'était pas quelque chose que je vivais en permanence. Vous avez répondu qu'il suffisait de retourner à cette vision. Ma question est donc la suivante : Ne s'agit-il pas alors d'un simple souvenir, de quelque chose d'irréel ?

R : Naturellement, nous ne parlons pas d'un souvenir psychologique auquel vous auriez à retourner. Mais il est possible de mettre l'accent sur cette vision, sur cet état dans lequel vous étiez. Je crois que nous avons tous réalisé une minute d'unité au cours de la vie, et que la vie est Une. Tout ce qu'il nous reste à faire est de stabiliser cette expérience. Le vedanta offre une solution : il suggère de considérer tout ce qui nous entoure comme étant " nom et forme ". Ensuite nous devrions essayer de rechercher ce qu'il y a au-delà de la forme. Ainsi à cet instant précis, je vois des trames de Conscience. Ces trames sont exactement similaires bien qu'elles soient recouvertes de formes diverses. Alors nous pourrions dire que la différence entre la façon dont je vois les choses et votre façon de voir les choses réside dans le fait que je vois cette Unité de la Conscience. Nous nous arrêtons à la forme et ne voyons pas cette trame au-delà du nom et de la forme.

Q : Avez-vous le sentiment d'être partout ?

R : Oui. Il n'y a ni différenciation, ni opposition. Pour utiliser la terminologie hindoue, le pratiquant a besoin de placer Ishwara en dehors de lui, de considérer Ishwara comme un " second ". En réalité Ishwara est un état de conscience qui doit être réalisé. Ishwara, ou Dieu, est un état d'être. A ce stade vous avez la possibilité de regarder soit avec les yeux de la Conscience, soit avec les yeux physiques. Platon parle de " l'Unité dans la diversité ". C'est très beau et c'est très important. Si vous regardez avec les yeux de l'Unité, vous ne pouvez entrer en opposition avec qui que ce soit ou quoi que ce soit. Vous me direz peut-être que la conduite de certaines personnes n'a rien à voir avec la vision de l'Unité. J'en suis conscient, mais je sais aussi que ces gens qui se conduisent ainsi sont eux-mêmes l'Unité.

Cela crée des situations plutôt cocasses. Des gens viennent en affirmant : " Je suis ceci, je suis cela, je suis un homme, je suis une femme, je suis docteur, je suis avocat ". Donc, je leur réponds : " Mais vous n'êtes rien de tout ceci ". Tous ces gens ont fermement à l'esprit de se considérer comme homme, femme, médecin, avocat et ainsi de suite. Acceptons les tels qu'ils se croient être. Plotin dit : " Le monde est une scène immense où chacun joue son propre rôle ", et c'est bien ce que nous faisons tous (rires). Je me rends bien compte de tout cela tout cela, mais il semble que beaucoup manquent de le comprendre. Cela pose un problème, car les gens me prennent pour un maître. Un maître est déjà un rôle. Mais ils insistent : " Eh bien si vous n'êtes pas un maître, je ferais aussi bien de m'en aller ".

Q : Alors, considérer les choses en tant que " nom et forme ", relève-t-il du domaine mental, est-ce un processus mental qu'il faut se souvenir de mettre en oeuvre ?

R : Evidemment vous ne pouvez pas le forcer, mais vous devez favoriser l'attitude qui amène à voir les choses non pas comme " noms et formes ", mais comme l'aspect de la Conscience sous-jacente aux " noms et formes ". Shankara donne un très bon exemple qui s'y rapporte de façon pertinente : Prenons " l'éther ", qui est en tout lieu et qui est Unité. Une partie de cet air, ou éther, est contenue à l'intérieur d'un vase, et il y a des vases différents de toutes sortes de formes et de tailles. Le vase, bien sûr, peut être entendu comme un être humain, un arbre ou un animal. L'éther enfermé à l'intérieur des vases est de même nature que l'éther au dehors. Donc, nous nous envisageons comme étant tous des vases, ce corps est notre vase, mais nous devrions savoir qu'à l'intérieur de tous les différents vases, il y a cette Unité. La différence étant que certains états de conscience ne voient que l'éther, à l'intérieur et à l'extérieur des vases. Les autres au contraire, ne voient qu'avec les yeux du vase, suite à quoi, la vision de différence de forme entre les vases donne naissance au conflit. Et cela donne également naissance à la vanité, car en tout état de cause, " mon vase est meilleurs que le votre " (riant).

Cette expérience vous est en fait très utile. Retournez au moment où vous avez vu l'Unité, et regardez autour de vous avec les yeux de cette Unité. Vous verrez que cette Unité a pris différentes formes : ici un arbre, là une personne ou un animal, et ainsi de suite. Mais il serait avisé de re-contacter, de retrouver, la vision de l'Un. Il est très important par contre que manas, le mental, n'interfère pas et ne se mette pas à conceptualiser.

Q : Au moment de cette vision, il n'y avait pas de concepts. Mais retourner à ce moment, pour moi, devient un concept car ce n'est pas en train de se produire maintenant.

R : Mais maintenant, vous êtes tout à fait conscient du fait que cet état existe, car nous parlons d'une expérience directe. Dès lors, vous ne pouvez plus conceptualiser. Quand quelqu'un vous dit de regarder le monde des noms et des formes, vous ne pouvez plus conceptualiser car vous savez de quoi il s'agit, vous connaissez ce qui est au-delà.

Q : Oui, je sais que c'est cela la Réalité. La plus grande partie de la journée, je suis en face de concepts et je me laisse encore prendre, mais en profondeur je sais que ce n'est pas la Réalité.

R : En tout cas, vous avez fait l'expérience d'un état de Conscience dénué de concepts et vous savez ainsi que la Réalité est au-delà des concepts. Maintenant, ce que vous pouvez faire, c'est aller faire un tour dehors et regarder les arbres, regarder tout ce que vous rencontrez mais sans conceptualiser. Lorsque nous nous promenons, notre mental conceptualise automatiquement. Il ne se contente pas seulement de contempler un arbre, mais il commente : " Cet arbre est grand, ou petit, je l'aime, je ne l'aime pas, et ceci et cela... ". Ce que vous devez alors faire, c'est contempler sans conceptualiser. Et progressivement, cette façon de faire peut être incorporée à votre vie de tous les jours, car c'est maintenant votre conscience qui vous guide et non plus des concepts. Pour être plus spécifique, nous pouvons appeler cela " intuition ", simplement pour vous donner une idée de ce qui se passe. Certains diront : " Mais comment puis-je alors continuer à vivre et à travailler ? J'ai besoin de faire fonctionner mon mental. " Vous pouvez tout à fait le faire. Cela semble impossible, et pourtant c'est plutôt facile. En fait, c'est extrêmement facile. Je suis passé par là et je suis toujours capable d'accomplir mes travaux, comme conduire le tracteur, couper du bois, cuisiner. Je fais mon ménage et lave mon linge moi-même. Et tout cela avec la joie au coeur car tout est si merveilleux.

Il est essentiel que vous cultiviez cette vision d'Unité dans la vie car ce que vous avez traversé est très important. Le vedanta nommerait cela Savikalpa Samadhi (Etat de conscience caractérisé par l'accession à la connaissance de Dieu ou Brahman, malgré la survivance d'une relation de sujet à objet). Et c'est la possibilité de voir l'unité de la vie par vos yeux, par les yeux de la Conscience.

Q : Pourriez-vous expliquer quel est le rôle du yoga et de ses différentes disciplines ? Est-il nécessaire de pratiquer un yoga particulier ?

R : Il y a différents types de yoga. Vous avez lu mon livre « Essence et but du Yoga » qui traite des principales formes de yoga depuis le hata-yoga (A l'origine une technique du raja-yoga enseigné par Patanjali, qui est une forme de yoga enseignant différentes postures physiques dont le but est l'union avec Dieu) jusqu'à l'asparsha-yoga, qui est le yoga de l'advaïta, la voie métaphysique. Au cours des époques anciennes, ces yoga étaient de différentes étapes ou différents passages menant progressivement à des sentiers plus complets. Donc, dans l'ancien temps, il y avait simplement un seul et unique yoga, comportant différentes possibilités et dimensions. L'ensemble de ces différents types de yoga menaient tous à la transcendance, y compris le hata-yoga. Aujourd'hui, le hata-yoga en Occident n'est plus qu'une série d'exercices qui promettent une bonne santé et c'est tout. Mais aucun des yoga n'est meilleur qu'un autre. Bien sûr, en Orient, la Tradition est très vivante et permet à ceux qui en font la rencontre, de démarrer leur pratique à leur propre niveau de préparation, de guna et ainsi de suite. En Occident, et dans certains pays, il n'y a eu que le Christianisme et nous n'avons eu aucun choix, et il y est donc impossible d'offrir à chacun la solution qui lui convient, car chaque individu est un monde en lui-même. Contrairement à cela, en Orient, il y existe un éventail de possibilités bien plus large qui correspond aux besoins de chacun selon ses propres guna et qualités.

Même le vedanta peut être défini comme un yoga, le yoga de la connaissance. Dans mes livres, j'ai essayé de ne pas trop utiliser ce mot " yoga " car il est malheureusement devenu galvaudé. Mais cette sorte de dégradation est inévitable, car nous sommes à l'âge du Kali-yuga. En fait, si nous disions à des gens, " nous faisons du vedanta-yoga " ils diraient : " Alors comme ça, vous faites de la gymnastique ? Quelles sont les postures ? Où est la salle de gym ? ".(riant)

Q : N'importe qui peut-il décider de s'éveiller, ou cela survient-il spontanément, sans préparation ?

R : L'éveil, naturellement, n'est pas quelque chose que vous pouvez simplement accomplir par la volonté et l'effort. Il survient de lui-même. Mais nous devons être prêt au moment où il se produit. Tout comme à l'école par exemple où nous étudions un nombre considérable de matières, qui par la suite pour la plupart ne sont d'aucune utilité pour notre profession. Mais cette sorte d'entraînement prépare nos esprits, elle l'exerce à une meilleure façon de saisir les choses et ainsi de suite. En cela, la préparation que représentent nos études est utile. Alors, pour revenir à votre question, la préparation conduit à accepter cet événement, qui survient spontanément. On ne peut rien forcer, toute violence sur nous même serait totalement vaine.

Q : Plusieurs fois, en Inde nous avons vu des gens se rendre auprès d'un maître et dire : " Je suis en Inde pour quelques semaines seulement, alors ayez la bonté de me donner l'éveil maintenant afin que je puisse poursuivre ma visite de l'Inde et voir le Taj Mahal avant de rentrer. "

R : (Riant) Comme c'est charmant ! Cela se produit aussi en Occident. Il y a tellement d'innocence dans le monde.

Q : Quel conseil donneriez-vous à un chercheur de Vérité ?

R : Cette question n'est pas très commode (riant). Donner un conseil à quelqu'un est très difficile. Bien entendu, si la personne est vraiment à la recherche de la Vérité, la chose peut-être envisagée. C'est pourquoi nous parlons d'un certain degré de maturité de la personne, lorsqu'il y a un meilleur contrôle des guna et ainsi de suite. A ce stade, bien sûr, des conseils pourraient être donnés. Le problème surgit lorsque la personne vit dans un état de souffrance et de dualité. Elle veut résoudre son problème, mais souhaite rester dans cet état de dualité. A ce moment, il ne peut y avoir de compréhension, car tout ce que la personne souhaite faire, c'est changer un événement ou une situation à ce niveau qui est celui de l'ego, de la dualité. Ainsi, il est très difficile de conseiller quelqu'un qui est identifié à cet état de dualité. En outre, d'un point de vu philosophique, nous pouvons dire qu'il n'y a rien au-delà ou en dehors de l'Etre, et que tôt ou tard nous ne pouvons qu'y retourner.

Un advaïtin (l'être non duel) est pacifié, il a trouvé la paix. C'est la raison pour laquelle il ne recherche pas de disciples ou d'adeptes. Bien sûr, l'advaïta est offert à tous, mais tous ne souhaitent pas atteindre cette dimension. Cependant tôt ou tard, ils l'atteindront car chaque individu au monde est Cela. Ils peuvent se prendre pour autre chose, mais ils sont Cela. Nous sommes tous aliénés parce que nous croyons être ce que nous ne sommes pas.

Pour terminer sur une note légère : après Napoléon, il y eut un certain nombre de gens qui dans leur aliénation, se prenaient pour lui. Ils étaient convaincus d'être Napoléon, ils étaient fous. Tout ce que nous pouvons faire dans ce cas c'est tenter de les éveiller à la réalité qu'ils ne sont pas Napoléon. La connaissance traditionnelle nous dit que nous sommes tous aliénés ; nous sommes identifiés aux différents vases, et chaque vase est différent du suivant. Un advaïtin se rend bien compte de toute la souffrance du monde, mais en même temps, il voit le comique de tout cela (riant) car il a conscience que tous ces gens ont simplement oublié ce qu'ils sont. Quelqu'un pourrait dire : " Je souffre " et la réponse : " Non, tu ne souffres pas ", " Si, je souffre ! ". Un autre pourrait dire : " Je suis en train de mourir " et la réponse : " Mais tu ne peux pas mourir, tu est immortel ". Si cette personne est convaincue qu'elle va mourir, qu'y pouvons-nous ? Tout ce qu'il nous reste à faire est d'attendre qu'il prenne conscience de son immortalité, qu'il lui est impossible de mourir.

Lorsque nous quitterons notre corps physique dense, la majorité d'entre nous se rendra dans la partie inférieure de taijasa (l'état lumineux, l'un des quatre états de conscience du vedanta. Les trois autres étant : le sommeil profond, l'état de veille et Turyia " le quatrième ". La Mandukya Upanishad traite abondamment de ces quatre états). En termes Occidentaux, il s'agit du plan astral. Certains matérialistes, lorsqu'ils ont atteint ce plan, ont du mal à réaliser qu'ils ne sont pas morts. Des disciples consacrent leur travail sur ce plan pour essayer de les rééduquer et les amener à voir qu'ils ne sont pas morts. Parce qu'ils en sont tellement convaincu, ils disent : " Comment puis-je ne pas être mort ? Je suis décédé. Je dois être mort. " Cette personne ne s'abandonnera pas à l'évidence qu'elle existe, qu'elle s'exprime et que donc elle vit dans cette autre dimension. Je dis toujours que la vie que nous menons, au plan humain, est " une tragi-comédie qui finit bien ".

Q : Quelle sont les principaux obstacles au vécu la Vérité ? Comment les surmonte-t-on ?

R : Nous avons déjà répondu à cette question en disant que nous sommes identifiés aux guna. Lorsque vous faites votre promenade et que vous tentez de retrouver votre vision, vous devrez vérifier en vous-même : " Quel est l'obstacle qui me retient d'être Cela ? Quel véhicule se glisse entre moi et cette Réalité ? Est-ce l'esprit ou bien quelque contenu psychologique qui est en moi ? Ou alors est-ce le monde des sensations ou des émotions ? Est-ce encore une idéalisation, une pensée ? ". Tout cela peut faire obstacle, mais sitôt résolu - car ces problèmes se résolvent - Cela émerge de lui même.

En Orient on donne un exemple très pertinent : Imaginez une pièce remplie d'objets où ils sont si nombreux que vous pouvez à peine bouger. L'identification aux différents objets ne vous permet pas de voir la pièce dans sa réalité. Aujourd'hui je peux m'identifier à la table, demain au système de chauffage, le jour suivant à autre chose. Si je jette tous ces objets dehors, (par " jeter dehors ", j'entends bien sûr, intégrer, assimiler tous ces objets), je vais me retrouver dans une pièce vide, et donc dans l'espace. Je suis cet espace, et cela signifie que l'éther à l'intérieur du vase est de même nature que l'éther au dehors du vase. De tels exemples ou de telles analogies peuvent être d'une grande importance pour la compréhension de la Réalité sous-jacente aux phénomènes.

Q : Il y a environ quatre ans, un soir, j'ai commencé à me répéter la phrase " Je suis Cela ". Et j'ai soudain été frappé par le fait que le " je " pour lequel je me prenais, n'avait rien à voir avec Cela. Avant ça, je croyais que le " je ", c'est-à-dire tous les concepts correspondant à ce que je croyais être, allait devenir le Cela par la réalisation. Or à cet instant, je vis que Cela n'avait rien à voir avec ces concepts. Ce fut très important pour moi de le voir.

R : Oui, bien sûr, Cela n'a rien à voir avec l'ego, le 'je'. 'Je' est une non-réalité. Mais c'est une erreur que tout le monde fait.

Q : Si nous vivons dans un état de spontanéité totale, avons-nous un contrôle sur les événements de notre vie ?

R : Il nous faut parler ici de l'ether. Dans ce cas seulement, vous pouvez garder un contrôle car, alors, c'est l'éther qui utilise le vase et non le vase qui utilise l'éther. L'éther est spontanéité, innocence. C'est la lila, le jeu divin, le jeu d'un enfant.

Nous devons donc clairement faire la différence entre la spontanéité qui relève de la réaction instinctive, et la spontanéité de l'éther qui est complètement différente. Il est très important d'opérer cette distinction car certaines personnes sont très impulsives, émotionnelles et de ce fait spontanées, mais aussi capables de provoquer de grands dégâts. Ce qui n'est pas le cas dans Cela. L'innocence dont nous parlons est une tout autre chose.

Q : Pouvez-vous décrire votre propre nature ?

R : C'est exactement la même que la vôtre. Chacun d'entre nous est cet éther imprégnant tout. Il n'y a pas de différence entre Raphael et les autres. Il pourrait y avoir juste cette différence : une personne pourrait être identifiée à l'un de ses véhicules ou à l'une des expériences qu'il a faite, alors que Raphael lui, a épuisé et refermé tous les registres d'expériences. Ou bien pour citer un autre exemple que j'utilise assez souvent : Il a été un peu plus intelligent lors d'une incarnation passée. Il a réalisé de quoi tout ceci retournait et a décidé de ne plus revenir (rires). Ceci est l'unique différence !


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