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*Tradition
: Ce terme
fréquemment utilisé par Raphael, fait
référence à la Connaissance
primordiale, la philosophie de la Réalisation de
l'Etre. La Tradition est l'ensemble des connaissances,
toutes origines confondues, qui offrent à l'homme la
possibilité de se reconnaître tel qu'il est, le
Soi, l'Absolu, l'Un sans second et de se sortir de
l'état fragmentaire ou incomplet dans lequel il pense
être.
Question (Q) : Quel a été l'objet de votre
quête ? Avez-vous rencontré ou suivi un
maître ?
Raphael (R) : Eh bien, fort heureusement, dans cette
incarnation-ci, je n'étais absolument pas en
quête de quoi que ce soit. De toute évidence,
j'ai cherché au cours d'incarnations passées
!
Dans cette incarnation-ci, ce qui peut être
défini comme étant un état de
conscience, n'est apparu à ce plan d'existence que
pour se trouver dévoilé en toute innocence.
Mais surtout, cet état de conscience est venu pour
dévoiler les Grands Mystères ou Paravidya
(Connaissance métaphysique ou suprême). Car de
temps à autres, un être naît en cette
dimension pour perpétuer la Tradition. Sans cela, la
Tradition n'existerait peut-être même plus.
Ces états de conscience apparaissent à cette
dimension car leur 'tâche' dirions nous, est
d'enseigner, et donc, en termes orientaux, nous pourrions
dire que ce sont des gourou (maître spirituel).
Néanmoins, ma position est un peu différente,
car je ne suis pas venu dans le but d'avoir des disciples.
Si quelqu'un désire être guidé ; je peux
l'aider. Mais mon dharma (ce que l'on réalise dans la
vie et donc en fonction du karma) est de permettre à
des êtres tels que Shankara, Gaudapada, Platon,
Plotin, Parménide, de s'exprimer et d'être
entendus à nouveau. Ainsi, mon image est mise de
coté afin que ces êtres, ces autres
états de conscience s'expriment. Mon rôle n'est
pas de fonder un ashram en mon nom, mais plutôt de
perpétuer cette connaissance qui fait
particulièrement défaut en Occident.
Concernant mon âge physique, j'ai su ce que je devais
faire dès mes vingt ans. Ainsi, cette incarnation
particulière n'a éprouvé aucun
problème de sadhana (pratique spirituelle), aucune
difficulté à comprendre certains
enseignements, aucun problème d'ascension ou de
réalisation, car tout cela avait déjà
été accompli.
Q : Ce que vous nommez " état de conscience "
correspond-il à ce que l'on considère comme la
personne ?
R : Tout en ce monde est Conscience, et un état de
conscience est un moyen de dévoiler les
possibilités qui existent au sein de celle-ci. Ainsi,
Raphael est un état de conscience ; vous aussi, vous
êtes un état de conscience qui doit être
dévoilé.
Q : En somme, tout est Conscience, mais au sein de cette
Conscience apparaissent différents mouvements. Est-ce
une bonne explication ?
R : Nous pouvons dire que la Conscience est unique, ou Une,
et exprimée à travers les guna (Attributs de
la substance universelle. Au nombre de trois, ils sont
à la base de la manifestation : sattva
(l'équilibre), rajas (l'activité) et tamas
(l'inertie)). La capacité d'expression que
détient la Conscience est plus ou moins grande selon
le degré d'équilibre des guna. La Conscience a
une possibilité d'expression bien moindre dans un
arbre ou dans un animal. C'est la forme qui impose une
limitation à ces états de Conscience, ou de
présence aux choses. La Réalisation rompt avec
toutes ces limitations ou couches qui recouvrent la
Conscience et voilent toute sa majesté. La Conscience
est partout, jusque dans le règne minéral.
Dans l'être humain, elle a, bien sûr, une plus
grande capacité d'expression. Dans un deva,
c'est-à-dire dans un être de niveau
supérieur, elle se révèle à
travers anandamayakosha (enveloppe de béatitude) et
dispose ainsi de possibilités bien plus
étendues. Selon le vedanta, nous disposons de cinq
véhicules, ou instruments, qui rendent possible le
contact avec le reste du monde. Ceux-ci s'étendent
depuis le niveau physique grossier jusqu'au plus subtil, qui
est ananda ou béatitude. Tout ceci est
également ce que l'on recherchait dans la
Grèce et l'Egypte Antiques. Rien ne change. Seule une
appellation différente est donnée à ces
états, mais la connaissance fondamentale demeure
exactement la même.
Q : Êtes-vous déjà allé en Inde
?
R : Non, jamais. L'ambassadeur de l'Inde à Rome, Apa
Pant, m'a plusieurs fois invité à me rendre en
Inde. A chaque fois, je répondais : " J'irai
tôt ou tard ... Un de ces jours, j'irai là-bas.
" Cinq ou six personnes sont récemment allées
en Inde pour moi, toutes chargées de rapporter des
documents. Ceci dit, la Connaissance se situe au-delà
de l'espace ; nous sommes tous les enfants de la même
dimension. Car la Connaissance n'est pas quelque chose de
localisé ici ou là qu'on ne peut trouver
qu'à un point bien précis. La Connaissance est
telle le soleil qui brille au firmament. Un certain nombre
de swami (hommes religieux) m'ont invité à me
rendre en Inde pour visiter leurs ashram, même les
math (monastères) fondés par Shankara m'ont
récemment invité &endash; et j'ai
répondu : " J'irai ".
Q : Finalement, qu'avez-vous trouvé ?
R : Comme je vous l'ai dit, il n'y a eu aucune quête
lors de cette vie-ci.
Q : Diriez-vous que vous êtes né
réalisé ?
R : Cet état de Conscience particulier n'a pas d'ego
qui puisse dire, " je suis réalisé ". Ce sont
les autres qui sont en mesure de le définir comme
réalisé ou pas. Lorsque j'étais
très jeune, mes frères et soeurs sur la voie
ne cessaient de me dire que j'étais né vieux.
Cependant, pour ma part, je me trouvais tout à fait
normal, absolument comme tout le monde. D'autres disaient :
" Vous êtes un philosophe " et je répondais : "
Je ne crois pas, je dis simplement les choses que j'ai envie
de dire ". Tout est si beau !
Q : Quand et pourquoi furent fondés l'ashram Vidya et
l'Academia Ordo Rael ? Quelle est leur fonction ? Qu'y
fait-on ?
R : Un ashram Vidya a été fondé
à Rome et ce dernier est à présent
devenu le siège de la maison d'édition. Cet
endroit-ci est l'Academia. Il est important de faire cette
distinction entre ce deux lieux, car vous n'êtes
peut-être pas sans ignorer que, selon la Tradition, la
vie comprend quatre stades. Les deux premiers sont, d'une
part, celui du disciple/étudiant engagé dans
un apprentissage sur une voie, et d'autre part, le stade du
chef de famille, à savoir une personne ayant des
responsabilités à exercer. Ces deux stades se
mènent dans le monde et pour le monde. On ne peut pas
fuir le monde ; il doit être intégré
afin d'éviter toute fuite, ou fugue psychologique.
Les deux stades suivants sont ceux de l'ermite et du
sannyasin (renonçant).
C'est donc à Rome, à l'ashram, que nous
suivîmes les deux premiers stades. Nous sommes en
train d'accomplir les deux derniers ici, car les conditions
requises pour un ermite ou pour un renonçant sont
plus difficiles à réunir en ville, et
s'obtiennent plus aisément à la campagne ou
à la montagne dans le silence. Le stade de l'ermite
représente un retour sur soi, en sanskrit : uparati.
Ce stade donne naissance au silence, à
l'introspection et à la contemplation. Le sannyasin
vie dans la renonciation totale, jusqu'à celle de son
propre corps physique. Ainsi, si le corps devait
disparaître, cela ne lui poserait aucun
problème. Cependant, cette renonciation est issue
d'une élévation de l'état de conscience
telle, qu'il ne subsiste plus de connexion avec le monde des
noms et des formes. En outre, cette Academia n'a pas
été fondée en réponse à
un quelconque désir spécifique de ma part,
mais plutôt parce que lieu nous donne ainsi la
possibilité d'ancrer certains principes au niveau de
ce plan d'existence. Autrement dit, il permet l'existence
d'un influx de nature métaphysique de l'ordre des
Grands Mystères ou Paravidya.
Ce que Shankara a tenté de faire avec les quatre math
; ce que Plotin tenta de faire avec la Cité des
Philosophes ; nous, en toute modestie, tentons maintenant de
le faire ici.
Voici les quatre math principaux de Shankara, il en existe
d'autres (Raphael désigne un livre). Leur but est de
donner à la Tradition une possibilité de se
perpétuer. Et, 1200 ans plus tard, cette Tradition
est toujours vivante. Le fait de perpétuer une
Tradition est de la plus haute importance. Car si la
Tradition venait à s'éteindre,
l'humanité entière se retrouverait orpheline.
Si de nos jours nous sommes à même de suivre
ces enseignements, c'est grâce aux textes
sacrés rédigés par Shankara, qui nous
donnent la possibilité de n'entretenir aucune
illusion et de continuer à cheminer directement vers
la réalisation. Ces écritures ou textes
sacrés doivent être protégés afin
de poursuivre leur oeuvre dans le temps. Il est très
intéressant que des gourou indiens se rendent en
Occident pour parler de l'advaïta vedanta - mais il est
d'une égale importance d'avoir les écritures
sacrées à disposition afin de pouvoir y
vérifier ce que l'on a entendu. Il est essentiel de
suivre ces deux lignes d'action, qui en
réalité n'en font qu'une : un enseignant est
certes nécessaire, mais son travail doit être
complété par l'étude des Ecritures. Si
nous devions perdre tout ce qui existe dans les livres
sacrés tels que les Veda, les
Upanishad, le Darshana et ainsi de suite, nous
serions plongés dans l'ignorance la plus totale. Ceci
est primordial.
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de la page
Q : Les personnes
qui vivent ici se consacrent-elles à l'étude
des textes traditionnels et à leur application ?
R : Et bien sûr à la réalisation de soi.
Il y a des résidents permanents, dont certains sont
venus très jeunes, et de nombreux visiteurs qui
viennent d'Italie ou de l'étranger. Parce que nous
examinons les Grands Mystères, le Paravidya, nous
présumons que les gens qui trouvent leur chemin
jusqu'ici et à plus forte raison ceux qui y
demeurent, ont un état de Conscience
'adéquat'. En fait, rien de particulier ne s'est
jamais produit ici !
En Italie, de nombreuses personnes étudient ce que
j'ai dit et écrit, elles se sont structurées
d'elles-mêmes en groupes. Certaines d'entre elles sont
ici en ce moment et vous pourrez en rencontrer qui viennent
de Sicile, de Calabre, du centre de l'Italie et du
Piémont. Ces groupes viennent périodiquement
pour vivre une expérience et peuvent aussi recevoir
un enseignement. La relation que j'entretiens avec ces
personnes ou avec ces groupes, n'est pas une relation de
gourou à disciple ordinaire. C'est une relation de la
nature de l'acharia (Capacité de compréhension
profonde et de réalisation de la
Réalité), basée sur le dialogue, afin
qu'une compréhension totale ait lieu entre les deux
êtres et que se dévoile ce que chacun d'entre
eux est réellement. Ainsi je ne dirai jamais à
qui que ce soit : " Tu dois faire ceci " ou " Ne fais pas
cela, pour telle ou telle raison ". Ayant assimilé
les différentes branches de la Tradition, je peux
offrir l'enseignement spécifique qui convient, selon
la personne. Ainsi, je pourrais exprimer ou présenter
une vision générale de ce que la vie devrait
être puis, je laisserai toute liberté à
cette personne dans sa façon d'intégrer cette
vision. S'il se trouve des conditions particulières
qui font obstacle à la réalisation de cette
vision, la seule chose à faire est d'en parler et de
voir pourquoi ces obstacles sont là, et comment il
convient d'y remédier.
Le fait d'avoir un don pour les langues, en matière
des différentes branches de la Tradition, surprend
toujours mon entourage. Car la majorité des disciples
en quête d'un maître a une image bien
précise et fixe de ce qu'est un maître : il
sera donc soit bouddhiste, soit kabbaliste ou encore quelque
autre chose de bien spécifique. Parfois on me demande
: " A quel courant appartenez vous ? Etes-vous un
hindouiste ? Etes-vous un advaïtin ? ". Et je leur
réponds : " Non, je ne suis pas même cela ! ".
" Mais êtes-vous kabbaliste ? Vous avez écrit
des ouvrages sur la Kabbale ". Mes réponses les
désorientent complètement ! (Rire).
Alors, je tente de leur demander : " Que cherchez-vous,
quelle est la direction de votre vie ? Je peux vous
rejoindre à partir de cette question et nous pouvons
nous aider mutuellement ". Ainsi, le qualificatif d'expert
en advaïta vedanta me pose des difficultés. Cela
me donne envie de rire, car ce je ne saurai me
considérer ainsi. Ce n'est d'ailleurs encore qu'une
manière supplémentaire de me
catégoriser. Il se doit d'exister un état de
conscience qui intègre toutes les différentes
possibilités et perspectives, même si vous vous
tenez en dehors de celles-ci, car cet état de
conscience ne s'identifie à aucune des
différentes voies. C'est en ceci que réside la
grande difficulté que j'éprouve à
répondre à des questions spécifiques
telles que : " Avez-vous suivi une voie particulière
? ". Ma seule réponse pourrait être : " Oui, je
les ai toutes suivies. ".
Q : Que se passe-t-il ici
R : Ici, se trouve un temple, mais il serait inexacte
d'appeler ce bâtiment un temple, car ce lieu entier
est un temple. Les résidents permanents
méditent dans cette salle, à coté. Il
n'est pas toujours recommandé à tout le monde
de méditer trois fois par jour (et beaucoup plus
longuement le mercredi), car certains ne le supporteraient
peut-être pas. C'est donc une bonne idée pour
les visiteurs de méditer dans leur propre cellule -
qui sont également des temples - selon leur propre
rythme. Vous par exemple, avez probablement votre propre
gourou, qui vous a donné certaines techniques ou un
type de méditation particulière, une
manière de méditer et ainsi de suite. Il est
bon de ne pas interférer avec votre façon de
méditer. Je ne m'attends jamais à ce que tout
le monde suive les techniques ou les façons de
méditer en pratique ici. Pendant votre séjour,
il est donc bon de poursuivre votre méditation telle
qu'elle vous aura été enseignée, et
vous pouvez faire cela dans votre cellule. Il ne s'agit pas
d'avoir une attitude fermée ou exclusive, mais au
contraire d'offrir à chacun ce qui lui convient, en
toute liberté.
Q : Nous ressentons tous les deux un profond silence ici,
ainsi qu'un grand respect pour le silence ; pourquoi est-il
important de demeurer en silence ?
R : Nous avons déjà mentionné que le
troisième stade de la vie est celui qui débute
par un retour sur soi. A l'ashram à Rome, lors des
nombreux dialogues et conférences qui avaient lieu,
tous les participants avaient la possibilité
d'exprimer leur point de vue. Ici, au lieu de cela, nous
présumons que ces expériences ont
été intégrées et comprises.
Pendant les deux premiers stades de la vie, il est plus que
légitime que chacun s'exprime ouvertement, qu'il
dialogue avec un interlocuteur et ainsi de suite.
J'essaie d'amener les gens à comprendre qu'il existe
aussi en Occident une voie métaphysique conduisant
aux Grands Mystères. Hier, nous parlions de
l'Unité de la Vérité. Une de mes
tâches est de faire réapparaître, de
remettre en lumière, la philosophie traditionnelle
Occidentale, qui elle-même fait partie des Grands
Mystères, même s'il n'y a rien de nouveau bien
sûr, tout ceci ayant déjà
été divulgué. Certains Occidentaux
pensent que la Vérité n'appartient qu'à
l'Orient. C'est faux, car en Occident nous possédons
aussi une Tradition. Tout ce que nous avons à faire
est de lui permettre de refleurir.
Plotin, par exemple, était un grand
réalisé, un mystique et un philosophe qui
voulait permettre à la Tradition de revivre,
d'émerger à nouveau. Il désirait
créer une Cité ou Citadelle des Philosophes
selon des termes traditionnels. Malheureusement, à
cause de problèmes liés à la cour de
l'empereur Gallien, il ne fut pas autorisé à
donner suite à son projet de création de cette
Citadelle au sud de Naples.
Platon, de son coté, voulait établir en Sicile
(qui était Magna Grecia à l'époque) sa
" Politeia ", ou République. Il voyagea souvent de
Grèce en Sicile pour faire vivre cette vision d'un
Etat établi sur l'ordre et la justice. Par ordre, il
entendait résonance avec les plans les plus
élevés, avec les plans universels.
Pythagore avait également fondé ce type
d'école, qui perdura longtemps en Calabre. De plus,
il créa de nombreux groupes d'étude.
Ainsi la Tradition suivie par Platon, Plotin et par
Pythagore existe en Italie et en Occident, naturellement.
Ceci pour vous permettre de comprendre que malheureusement
en Occident, la Tradition a été plutôt
de nature kshatriya, c'est-à-dire de nature
guerrière, et non de nature contemplative. Avec le
Christianisme, tout cela fut complètement
balayé, bien sûr.
Q: Il semble que la plupart des chercheurs spirituels
Occidentaux soient attirés par l'Inde et
l'advaïta vedanta. Ils semblent même y accorder
plus de valeur qu'à leur propre tradition. Comment
expliquez-vous cela ?
R : Il y a eu deux principaux événements : Le
premier fut le Christianisme, qui chercha volontairement
à obscurcir la philosophie Occidentale. Le
Christianisme ne se réfère qu'aux petits
Mystères, les Mystères inférieurs, et
non aux Grands Mystères. L'Islam a le Soufisme, qui
est déjà d'une plus grande magnitude et qui
véhicule les Grands Mystères. La Torah,
l'Ancien Testament, comportent une partie
ésotérique, la Kabbale. Le Christianisme n'a
ni cette dimension métaphysique ni la vision des
Grands Mystères.
Le deuxième événement repose dans le
point de vue matérialiste et positiviste que
l'Occident applique à tout y compris à la
philosophie. Ces deux faits ont assombri petit à
petit les Grand Mystères et la partie la plus
élevée de la philosophie Occidentale. Bien que
Platon, Plotin et Parménide se soient exprimés
de manière très claire, les philosophes
contemporains n'admettent pas que Platon ait
été un être réalisé. Ces
êtres sont considérés uniquement comme
étant de grands philosophes discursifs.
Q : Les textes traditionnels grecs expriment-ils la
même chose que l'advaïta vedanta ?
R : Lorsque nous parlons de l'advaïta vedanta, nous
faisons référence à trois états
de l'être, plus un quatrième, l'Etre qui se
situe au-delà de la manifestation. Platon dit la
même chose lorsqu'il traite du monde de l'Etre, qui
correspond exactement à l'état d'ishwara
(Seigneur. Le " Un " et synthèse de la
création, de la conservation et de la dissolution de
la manifestation.) dans l'advaïta vedanta. Platon parle
également du " Un - Un " qui est au-delà de
l'Etre et qui se rapporte au nirguna (sans attributs,
absolu) de l'advaïta vedanta. Tout comme dans les
autres Traditions, l'arbre Séphirotique de la Kabbale
comporte trois niveaux distincts, plus un appelé
Aïn-Soph, situé au-delà de la
manifestation.
J'ai tenté de faire comprendre aux gens que toutes
les différentes traditions mènent exactement
à la même conclusion au travers de leurs
branches diverses, qu'il existe quelque chose au-delà
de la manifestation, et que seule l'Unité est.
Même Parménide dit exactement cela. Son
enseignement est très synthétique, car il ne
nous en reste pas grand chose. Mais le peu qui ait
été conservé de lui rejoint exactement
Gaudapada ou Shankara. Parménide dit : " L'Etre est
et ne devient pas. De ce fait, il est Réalité,
absolu. La manifestation n'est rien d'autre qu'une
apparence. Elle apparaît à l'horizon puis
disparaît ". C'est précisément la
même notion que celle de maya (illusion cosmique et
ignorance qui recouvrent Brahman, le Soi, l'Absolu) dans le
vedanta.
Q : Lorsque vous pensez à vous-même, ou lorsque
vous dites " je ", quelle notion avez-vous de
vous-même ? A quoi se rapporte ce " je " ?
R : Nous disions précédemment que je suis un
état de conscience. Un état de conscience ne
peut pas dire, " je suis ceci ", " je ne suis pas cela ", "
je suis réalisé ", " je ne suis pas
réalisé ". Un état de conscience est
totalement impersonnel. L'ego ou le " je " apparaît
à partir du moment où il y a identification,
par le jeu du reflet de la Conscience, avec un corps
physique qui dit, " je suis ceci ". Ce " je " dira : " je
suis le corps ", " je suis sentiment ", " je suis
émotion ", " je suis pensée ". En France, vous
avez Descartes avec son très célèbre
cogito : " je pense, donc je suis ", " je doute, donc je
suis ". La Tradition va dans un sens radicalement
opposé à ce point de vue, qu'elle retourne en
: " Je suis, donc je pense ". Si vous vous identifiez
à un véhicule, vous perdez votre
identité. Tout comme dans le mythe de Narcisse,
où Narcisse se reflétant dans l'eau,
aperçut son image, en tomba amoureux, tomba à
l'eau et mourut. Même en Occident nous avons ces
symboles chargés de signification très
importants du point de vue de la réalisation. Le
conte du fils prodigue a également une profonde
signification traditionnelle. Il s'éloigne de son
père - donc de l'unité - va de part le monde,
fait de nombreuses expériences, dont beaucoup
d'expériences négatives, puis retourne
à son père donc à l'Unité.
Le Vivekachudamani de Shankara est un livre
très intéressant sur la relation entre
maître et disciple. Le disciple cherche la
réalisation ultime (la réalisation de Brahman)
avec l'aide de son maître. Le maître commence
par lui dire : " Vous n'êtes pas le corps physique,
vous n'êtes pas le corps émotionnel ni le corps
mental, vous n'êtes pas le corps supra-conscient qui
est le corps de buddhi (intelligence) et vous n'êtes
même pas le corps causal ". Le disciple s'effraie
alors un peu en se disant : " Je ne suis pas ceci, je ne
suis pas cela et pas non plus autre chose, ou cela finit-il
donc ? ". Le maître permet alors au disciple de
comprendre qu'il y a une unique Vérité ultime
et que celle-ci n'a rien à voir avec les
véhicules car à peine apparus, ils
disparaissent déjà ; ils sont
déjà défunts. Mais bien sûr, il
est très difficile d'être détaché
des véhicules et de ne plus y être
identifié. Le vedanta dit : " Vous n'êtes pas
ceci, vous êtes Cela ", " Tat Tvam Asi, Cela vous
êtes ". Ceci semble très simple, mais c'est
malheureusement très difficile à
réaliser en raison d'un inconscient collectif qui
attire constamment vers le niveau des formes.
Si l'on observe du point de vue de " L'Un sans second ",
tout ce qui a lieu est à sa juste place. Selon le
mouvement des guna et le niveau d'identification de l'ego
avec ceci ou cela, le résultat ne peut que donner
naissance qu'à ce qui se passe en ce moment. Un
chemin qui a trait aux Grands Mystères conduit
directement à l'apaisement du coeur. Nous disons
souvent ici que, " Quiconque a compris tout cela, vit dans
le silence pénétrant et l'amour non
possédé ". Dans l'asparsha-yoga, Gaudapada dit
: " Ce yoga est le yoga de la non opposition ".
Indépendant des émotions et des sentiments, il
est le résultat du savoir et de la
compréhension que toute chose dans un espace/temps
donné, est à sa juste place. J'ai
rencontré des gens qui ont énormément
souffert et j'ai essayé de leur indiquer la voie
conduisant à la félicité, mais ils
n'ont pas voulu la suivre. Nous pouvons dire que
l'humanité est plutôt masochiste !
Q : Il semble que l'un des traits majeur de l'ego soit de se
maintenir coûte que coûte, envers et contre tout
ce qui peut se présenter pour le briser.
R : Oui, c'est la force de l'ego, bien que l'ego ne soit pas
une réalité absolue. Un ego peut affirmer : "
En ce moment je suis heureux ", et l'instant d'après
une nouvelle triste ou négative survient qui
l'amène à dire : " je suis malheureux ". Alors
je lui dis : " Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe.
Vous venez de dire que vous étiez heureux et
maintenant vous ne l'êtes pas. Combien d'egos
avez-vous donc ? ". Mais même en psychologie nous
savons maintenant qu'il y a un ego social, un " je " qui
n'est utilisé qu'au bureau, un " je " utilisé
en famille avec le mari ou la femme et ainsi de suite ; nous
pouvons donc dire que l'ego est un caméléon.
Mais en dépit de tout cela, la majorité des
gens s'attachent à cet ego et en favorise la
perpétuation dans le temps. L'ego est une cause de
conflit car il crée la dualité : ego et
non-ego.
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Q : Pourquoi les
gens font-ils cela ?
R : C'est une facette de la vie, une modalité offerte
par la vie. Car, voyez-vous, différentes
possibilités sont accordées à
l'être humain. Un être humain peut penser en
s'identifiant, mais il peut aussi penser sans être
identifié. Ce n'est pas interdit et ça peut
simplement se produire. La personne pourrait même ne
pas penser du tout ; cela lui est également permis.
L'entité ou l'être a cette liberté, car
nous sommes des enfants de l'Etre, et donc de cette
liberté. Parmi toutes les possibilités de
choix accordées à l'être humain, il peut
choisir celle qu'il aime le plus, celle qu'il désire.
Bien sûr, il se produira différents effets
selon le choix et les orientations prises par l'ego.
Q : Vous parlez de l'éveil comme de " l'arrêt
du mouvement du jiva (âme individuelle) ". A quoi
se rapporte le jiva et que voulez-vous dire ?
R : Nous pouvons en parler en termes Orientaux ou
Occidentaux : les chrétiens parlent du corps, de
l'âme et de l'esprit. Platon parle de soma,
psyché et pneuma. Le vedanta parle d'un corps
physique dense ou grossier, du jiva - qui est une fraction
de l'âme suprême et de l'Atman (le Soi,
l'Absolu) qui est pur Esprit. Jiva est donc la phase
intermédiaire entre le niveau physique grossier, qui
comprend le mental, la pensée, les sentiments, etc,
et le pur Esprit. L'âme selon Platon, mais aussi selon
le vedanta, peut être orientée soit vers le
corps, soit vers le pur Esprit. Si elle s'identifie au monde
sensible, pour employer les mots de Platon, cela aura
inévitablement certains effets. Si au contraire, elle
se tourne vers sa contrepartie divine, c'est à dire
le niveau métaphysique, les effets seront
différents. Il est donc important d'arrêter ce
mouvement vers le bas et de l'orienter vers la
transcendance. Le troisième stade de la vie que nous
vivons ici en tant qu'ermites est celui dans lequel nous
nous appliquons à éviter ce mouvement de
l'âme vers l'identification avec le monde
extérieur. L'ermite tente plutôt de
s'identifier avec ce qui n'a rien à voir avec les
émotions, les sensations etc, c'est-à-dire sa
propre transcendance. En d'autres termes, il s'agit d'un
retour en soi. En termes sanskrits cela se nomme Uparati. Ce
retour intérieur opère un détachement
d'avec les véhicules et de tout ce qui nous entoure.
Platon parle de Periagoge ('conversion'), le
détachement du monde matériel. Bien sûr,
il ne s'agit pas d'une fuite, mais d'une intégration.
Alors vous voyez que la Tradition est Une et unique.
Q : Dans votre livre Le Sentier de la
Non-Dualité, vous dites : " L'Un ne peut
être connu que par un acte d'identité ".
Qu'est-ce que cela signifie ?
R : Selon Platon et la philosophie grecque, il existe
différents degrés de connaissance. Et il en va
de même pour le vedanta. Le premier niveau de
connaissance opère grâce à nos
sensations et à nos sentiments; par exemple, les
animaux appréhendent et comprennent par le biais des
sensations qu'ils ont des choses. Nous sommes donc là
en présence d'une connaissance par le biais de la
sensation. Même les êtres humains au niveau
instinctif, agissent selon leurs sensations. Ensuite nous
avons la soi-disant connaissance empirique qui est transmise
à l'esprit par les sens. Ce type de connaissance est
un savoir duel, car il implique sujet et objet. Ainsi, nous
avons manas en sanskrit et dianoia en grec, mais ces deux
termes désignent la même chose : le mental. La
science, par exemple, s'en remet beaucoup à manas car
elle veut découvrir toutes les différentes
lois qui régissent les phénomènes, le
monde phénoménal. Cela n'est pas un
problème en soi, car afin de connaître les
différents phénomènes nous devons
utiliser manas. Ici aussi, il s'agit d'un savoir de l'ordre
du sujet-objet : un sujet qui connaît un objet.
Lorsque nous allons plus profondément ou plus haut,
nous réalisons que ce type de savoir duel n'a plus
lieu d'être. L'ensemble de la multiplicité
devient alors unité ; nous découvrons qu'il
n'y a rien à connaître en dehors de
soi-même. A ce stade, en termes humains nous parlons
d'une " Connaissance par identité " car " Je suis
cette chose ou cette personne, et elle est moi ". Lorsqu'un
chercheur découvre que c'est le mental qui
crée la dualité entre sujet et objet, il peut
alors se fermer à ce type de connaissance et
réaliser qu'il n'existe qu'une seule entité
au-delà de tout ce mouvement. C'est pourquoi il est
impossible d'obtenir une réalisation au niveau de
manas, car manas projette un Dieu ou une Divinité
à l'extérieur de lui-même. Saint
Augustin dit : " Dieu est en nous ", et Jésus-Christ
dit : " Le royaume des cieux est en vous ". Et à ce
stade, on devient Connaissance, dans laquelle sujet et objet
disparaissent. Ce sont les prêtres qui disent que tout
cela est en dehors de vous.
En sanskrit on parle de Sat, Chit et Ananda qui sont Un,
Unité. Chit est à la fois connaissance et
Conscience, les deux étant un. En Occident, nous
avons créé une différence entre
connaissance et conscience, nous avons donc
élaboré deux choses distinctes à partir
d'une seule. Par contre, en termes orientaux tout comme en
termes occidentaux, nous avons Chit ou Gnosis, qui
signifient connaissance non-duelle. En Occident, nous avons
un esprit plutôt empirique et nous voulons comprendre
l'Absolu grâce à cet esprit, qui est en fait
relatif. Il ne s'agit pas de se débarrasser du
mental, il est un véhicule, un instrument comme les
autres. Il est donc important d'en comprendre la valeur
correcte. Mais afin de connaître ce qui se situe
au-delà de soi, nous devons nous abandonner.
Q : Il y a deux choses ici : on veut la libération et
on veut la compréhension, et peut-être veut-on
aussi s'abandonner. Mais en même temps, une part de ce
processus doit intervenir de lui-même, nous ne pouvons
le provoquer, et même en ayant la connaissance de ce
qui est évoqué plus haut.
R : Nous avons la faculté de comprendre, et petit
à petit, à travers les enseignements etc.,
nous parvenons à saisir cette Réalité.
Je donne souvent l'exemple de quelqu'un qui mettrait son
doigt dans une flamme. Ce désire de connaître
l'effet de mettre un doigt dans une flamme existe à
cause de l'inconscient collectif, tamas (la plus inerte des
trois guna, celle qui figure les forces sourdes et inactives
de la nature comme l'ignorance ou le manque de
clarté) et autres. Imaginons que quelqu'un vienne me
voir et que je lui explique toutes les raisons pour
lesquelles elle se brûlera si elle met un doigt dans
le feu. Elle pourrait alors instantanément prendre
conscience du danger, et ne se trouverait pas amenée
à en faire physiquement l'expérience. Ou bien,
elle continuerait à vouloir mettre son doigt dans la
flamme, et finir par se brûler. Elle viendrait ensuite
me dire : " Je me suis brûlée, que dois-je
faire pour éviter d'être brûlée ?
". Je lui répondrais : " Eh bien, peut-être
n'avez vous pas compris ? Si vous le souhaitez, je vais
expliquer tout cela une fois de plus. " C'est le monde de
l'ego qui crée ce type de dualité. Il
crée la joie et la peine, le conflit et la
souffrance, etc. Je peux indiquer le chemin qui mène
à la solution de ce type de conflit. Si cette
personne remet son doigt dans le feu ; dans le monde de la
dualité, du conflit et de la souffrance, il va de soi
qu'elle se brûlera à nouveau. Maintenant, si
elle le désire, je pourrais lui expliquer toutes les
raisons qui la poussent à recommencer. Si le dialogue
n'a pas lieu entre deux intellects, mais plutôt entre
un maître - ou plus précisément un
état de conscience qui est parvenu au-delà de
tout - et un disciple, alors il est possible que cet
état de conscience pénètre la
conscience du disciple et selon toutes probabilités
une véritable compréhension se fera jour en
celui-ci sans effort.
La relation entre un maître et un disciple est tout
à fait extraordinaire et de toute beauté, car
c'est une relation entre quelqu'un qui se donne, qui
s'abandonne, et quelqu'un qui est ouvert pour recevoir ce
qui a été donné au point qu'il n'y ait
plus de distinction entre les deux et que de deux ils
deviennent Un. Mais il est parfois difficile d'atteindre ce
niveau d'ouverture car il y a une certaine résistance
de la part du disciple. Nous nous identifions à
certains contenus psychologiques, à manas et à
d'autres expériences encore. L'état de
conscience d'un être réalisé n'est rien
d'autre que la possibilité de toucher un autre
état de conscience qui n'est pas encore
éveillé ; bien qu'au plan potentiel, nous
soyons tous Cela.
Plutôt que de parler d'un " être
réalisé " je préfère parler d'un
" frère aîné ". Il n'y a qu'un
maître et c'est Shiva (Shiva est le dieu de la
destruction et de la dissolution. Il est aussi une
divinité " bienfaitrice " dans la mesure où il
anéantit l'ignorance). Alors ce " frère
aîné " doit toucher l'état de conscience
de l'autre personne et non les guna de cette personne.
Q : Ceci rejoint la question suivante, au sujet des
êtres réalisés. Dans la version
française de votre livre Tat Tvam Asi, vous
décrivez un être réalisé, et nous
nous demandions si vous auriez quelques conseils à
donner afin d'aider à distinguer un être
véritablement éveillé de quelqu'un qui
a simplement cultivé certains pouvoirs.
R : Il n'est pas difficile de voir la différence ;
mais naturellement, il est indispensable que la personne qui
se demande si l'être en face d'elle est
réalisé ou pas, soit elle-même à
un certain niveau de compréhension. Il est dit qu'un
être réalisé ne peut être
perçu que par un autre être
réalisé (rire). La Tradition sous sa forme
écrite, comme nous l'avons précédemment
évoqué, est un facteur très important,
car ainsi, nous pouvons apprécier la personne que
nous écoutons et en face de laquelle nous nous
trouvons en regard des textes traditionnels.
Rappelons un exemple très simple que nous connaissons
tous : les Evangiles. Quelqu'un pourrait venir me
trouver et dire : " J'ai réalisé cet
état qui est décrit dans les Evangiles
". Et à cela on peut dire : " Très bien,
voyons donc ce que Jésus-Christ a dit dans les
Evangiles ".
Prenons par exemple le Catholicisme, dont les effort de
conversion à sa religion ont mené à
tant de guerres et ont entraîné multiples
séparations nationales. Si je suis normalement
doué d'intelligence, je me penche sur les Evangiles
et j'essaie de comprendre si le Christ a vraiment dit qu'il
fallait apporter son enseignement au monde de cette
manière. Le Christ dit dans les Evangiles : "
Aimez-vous les uns les autres, comme Je vous ai aimé
". Il dit ensuite : " Priez Dieu afin que le Soleil
éclaire les justes comme les injustes. Que
gagnez-vous en n'aimant que ceux qui vous aiment ? En
vérité je vous le dis, aimez ceux qui vous
haïssent ". Alors je regarde autour de moi et je me
demande si les prêtres ont bien suivi cette
pensée, s'ils l'ont vraiment réalisée.
En Europe, nous avons eu plus de guerres de religions que de
guerres politiques (riant), et Jésus a pourtant dit :
" Tendez l'autre joue " !
Voilà le rôle de la Tradition : les
Evangiles sont donc pour moi un miroir. En les
étudiant je peux dire : " Oui, cette personne suit
vraiment les Evangiles. Elle le fait car elle tend
réellement l'autre joue et aime jusqu'à ses
ennemis ".
Il en va de même pour l'advaïta vedanta.
Quelqu'un pourrait venir nous confier : " J'ai
réalisé l'état de l'Un sans second ".
Et dans ce cas nous dirions : " Voyons cela ". Si nous nous
rendons compte alors que cette personne est
panthéiste ou nihiliste, nous vérifions ce que
Shankara a dit à ce sujet et pouvons nous apercevoir
que les deux choses ne coïncident pas. Voilà la
grande valeur de la Tradition. C'est seulement de cette
façon que l'on peut savoir si cette personne est un
être réalisé ou non. Nous devons
être très prudent car nous vivons
l'époque du Kali-yuga (Un des quatre ères
cosmiques. Celui de l'obscurité, l'ignorance, le mal
et l'endormissement des aspirations spirituelles) et un
grand nombre de personnes ont tout appris ; il n'est pas
difficile d'apprendre dans un livre, mais le vivre et le
réaliser est une toute autre affaire. La seule
façon, les seuls moyens dont le disciple dispose pour
voir si une personne est réalisée c'est de
comparer son comportement avec ce qu'en disent Plotin, de
Gaudapada, Shankara et autres dans leurs ouvrages.
Mais il y a un autre aspect : bien souvent les disciples
sont passifs et il leur est très difficile de
pénétrer ces enseignements spirituels en
profondeur. Je les encourage très souvent à
aller de l'avant, à mener leurs propres
expériences, à voyager en Inde et à
rendre visite à divers gourou. Mais en fin de compte,
ils sont bien obligés d'établir leur propre
synthèse et de comparer les différents textes
afin de bien savoir où ils en sont et ce qu'ils font.
Nous avons publié une quantité d'ouvrages qui
présentent une comparaison entre les
différentes voies. Plusieurs ne sont pas encore
traduits en français ou en anglais. Dans « La
Philosophie d'Etre » j'ai écrit : " Il y a de
faux maîtres car il y a de faux disciples " (rire).
L'advaïta vedanta a été codifié
par Gaudapada et Shankara. Si quelqu'un me dit : " Je suis
un émule de Platon " - car aujourd'hui encore nous
avons des écoles Platoniciennes et neo-Platoniciennes
- la chose à faire est d'aller directement aux
textes, afin de vérifier ce que Platon a exactement
dit. Consulter les Ecrits est le seul moyen à la
disposition du disciple de nos jours. Jadis, l'Inde
était une société traditionnelle et
c'était beaucoup plus facile, mais aujourd'hui, nous
sommes dans le monde de l'avidya (Non-savoir, ignorance qui
empêchent de distinguer ce qui est permanent de ce qui
ne l'est pas, apparence et réalité).
Jésus dit : " Vous les reconnaîtrez par les
fruits qu'ils portent ". Un disciple doit faire preuve
d'intelligence et doit être capable de comprendre.
Il y a également lieu de faire une distinction entre
la réalisation véritable d'un état de
conscience et les siddhi, qui sont des pouvoirs. Les siddhi
appartiennent à Prakriti (matière originelle
dont est fait l'univers, organisée autour des trois
guna) et aux guna, par conséquent, il se crée
une dualité. Alors que la réalisation se situe
au-delà des siddhi. Il n'y a pas de siddhi plus
élevé que la réalisation. Bien
évidement les gens en général
préfèrent les siddhi. Ce n'est pas que nous
soyons contre les siddhi ou les pouvoirs. Les pouvoirs ont
leur raison d'être, mais nous devons savoir qu'ils
appartiennent à un plan particulier et les conserver
à leur juste place.
Q : Juste avant de venir vous voir, une de nos amies
traversait une crise. Intellectuellement, elle avait
conscience qu'elle devait s'abandonner et laisser les choses
se faire, mais ses émotions suivaient un autre cours
et l'empêchaient de lâcher prise. La question
est donc : comment concilier la raison avec les
émotions et les sentiments ?
R : Dans le cas de votre amie, nous observons une
identification avec le corps émotionnel et cette
identification est tellement forte qu'elle ne lui permet pas
de lâcher prise, de s'abandonner. Il s'agirait ici de
rééduquer à la fois les
émotions, qui sont si puissantes, et la raison, qui
n'a pas la capacité de s'en soustraire. Sa position
devrait être telle qu'elle puisse comprendre,
même par le biais de manas, du mental, qu'elle peut
aller au-delà de cet état, au-delà des
émotions et de la raison. Bien sûr la condition
idéale serait de se sortir de toute cette situation
et de se mettre en silence. Elle résoudrait ainsi
tous ses problèmes. Mais elle est en proie à
des émotions et des sentiments qui l'inhibent,
malheureusement. Elle doit être en plein milieu d'une
bataille entre la conscience rationnelle et les
émotions qui s'affrontent. Sa conscience est donc
juste au centre de ce conflit.
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Q : Et donc, le
mieux pour elle serait de se tenir au-dessus des deux,
n'est-ce pas ?
R : Ce serait une solution radicale, effectivement et
déjà une réalisation. Tout
dépend des émotions et si votre amie est
suffisamment forte pour les lâcher. Si elle avait une
vision, une connaissance traditionnelle quelconque, elle
pourrait trouver de l'aide à travers une
identification avec cette vision plutôt qu'avec ses
émotions.
Q : Qu'est-ce que la méditation ? Est-ce une
technique pour accomplir quelque chose, et si c'est le cas,
pour accomplir quoi ?
R : Au début, la méditation est
extrêmement importante. Il y a la méditation
avec support (un objet) ou sans support. Pour un
débutant, la meilleure chose à faire est de
commencer avec un support concret quelconque, comme un livre
par exemple, afin que son esprit puisse atteindre un certain
niveau de concentration, une certaine attention sur ce
support particulier, car la pensée a tendance
à se disperser. Il est très difficile de la
bloquer en position unique. Une méditation avec
support favorise donc la concentration.
Dans le Yoga-Darshana (Darshana : vision ou
système), qui est le raja-yoga de Patanjali, les
trois derniers moyens sont dharana (concentration, fixation
de la pensée), dhyana (méditation ou
contemplation) et samadhi (contemplation suprême,
fusion avec le divin impersonnel). Cela comprend donc
l'attention, la concentration, et la méditation sur
une source afin que le mental puisse se focaliser sur
quelque chose. Habituellement, le mental gaspille une
quantité importante de son énergie. Un mental
qui disperse son énergie ne peut créer quelque
chose de positif, quelque chose de bon. Quiconque a accompli
quelque chose d'une certaine importance, même dans le
monde extérieur, a dû, dans tous les cas,
exercer une très forte capacité de
concentration. Un homme scientifique ou un
mathématicien doit posséder ce type de
concentration pour découvrir certaines lois. Bien
évidemment, lorsque notre Conscience repose en
elle-même et vit pour et par elle-même, la
méditation n'a plus de raison d'être. Ainsi, la
méditation est un moyen très puissant pour
placer tous les véhicules en état d'attention,
de concentration. Bien entendu, il existe différentes
techniques de méditation mais je pense que nous
n'avons pas le temps de les aborder maintenant.
Q : Hier je vous ai parlé de mes aperçus de la
vision Une, mais que ce n'était pas quelque chose que
je vivais en permanence. Vous avez répondu qu'il
suffisait de retourner à cette vision. Ma question
est donc la suivante : Ne s'agit-il pas alors d'un simple
souvenir, de quelque chose d'irréel ?
R : Naturellement, nous ne parlons pas d'un souvenir
psychologique auquel vous auriez à retourner. Mais il
est possible de mettre l'accent sur cette vision, sur cet
état dans lequel vous étiez. Je crois que nous
avons tous réalisé une minute d'unité
au cours de la vie, et que la vie est Une. Tout ce qu'il
nous reste à faire est de stabiliser cette
expérience. Le vedanta offre une solution : il
suggère de considérer tout ce qui nous entoure
comme étant " nom et forme ". Ensuite nous devrions
essayer de rechercher ce qu'il y a au-delà de la
forme. Ainsi à cet instant précis, je vois des
trames de Conscience. Ces trames sont exactement similaires
bien qu'elles soient recouvertes de formes diverses. Alors
nous pourrions dire que la différence entre la
façon dont je vois les choses et votre façon
de voir les choses réside dans le fait que je vois
cette Unité de la Conscience. Nous nous
arrêtons à la forme et ne voyons pas cette
trame au-delà du nom et de la forme.
Q : Avez-vous le sentiment d'être partout ?
R : Oui. Il n'y a ni différenciation, ni opposition.
Pour utiliser la terminologie hindoue, le pratiquant a
besoin de placer Ishwara en dehors de lui, de
considérer Ishwara comme un " second ". En
réalité Ishwara est un état de
conscience qui doit être réalisé.
Ishwara, ou Dieu, est un état d'être. A ce
stade vous avez la possibilité de regarder soit avec
les yeux de la Conscience, soit avec les yeux physiques.
Platon parle de " l'Unité dans la diversité ".
C'est très beau et c'est très important. Si
vous regardez avec les yeux de l'Unité, vous ne
pouvez entrer en opposition avec qui que ce soit ou quoi que
ce soit. Vous me direz peut-être que la conduite de
certaines personnes n'a rien à voir avec la vision de
l'Unité. J'en suis conscient, mais je sais aussi que
ces gens qui se conduisent ainsi sont eux-mêmes
l'Unité.
Cela crée des situations plutôt cocasses. Des
gens viennent en affirmant : " Je suis ceci, je suis cela,
je suis un homme, je suis une femme, je suis docteur, je
suis avocat ". Donc, je leur réponds : " Mais vous
n'êtes rien de tout ceci ". Tous ces gens ont
fermement à l'esprit de se considérer comme
homme, femme, médecin, avocat et ainsi de suite.
Acceptons les tels qu'ils se croient être. Plotin dit
: " Le monde est une scène immense où chacun
joue son propre rôle ", et c'est bien ce que nous
faisons tous (rires). Je me rends bien compte de tout cela
tout cela, mais il semble que beaucoup manquent de le
comprendre. Cela pose un problème, car les gens me
prennent pour un maître. Un maître est
déjà un rôle. Mais ils insistent : " Eh
bien si vous n'êtes pas un maître, je ferais
aussi bien de m'en aller ".
Q : Alors, considérer les choses en tant que " nom et
forme ", relève-t-il du domaine mental, est-ce un
processus mental qu'il faut se souvenir de mettre en
oeuvre ?
R : Evidemment vous ne pouvez pas le forcer, mais vous devez
favoriser l'attitude qui amène à voir les
choses non pas comme " noms et formes ", mais comme l'aspect
de la Conscience sous-jacente aux " noms et formes ".
Shankara donne un très bon exemple qui s'y rapporte
de façon pertinente : Prenons " l'éther ", qui
est en tout lieu et qui est Unité. Une partie de cet
air, ou éther, est contenue à
l'intérieur d'un vase, et il y a des vases
différents de toutes sortes de formes et de tailles.
Le vase, bien sûr, peut être entendu comme un
être humain, un arbre ou un animal. L'éther
enfermé à l'intérieur des vases est de
même nature que l'éther au dehors. Donc, nous
nous envisageons comme étant tous des vases, ce corps
est notre vase, mais nous devrions savoir qu'à
l'intérieur de tous les différents vases, il y
a cette Unité. La différence étant que
certains états de conscience ne voient que
l'éther, à l'intérieur et à
l'extérieur des vases. Les autres au contraire, ne
voient qu'avec les yeux du vase, suite à quoi, la
vision de différence de forme entre les vases donne
naissance au conflit. Et cela donne également
naissance à la vanité, car en tout état
de cause, " mon vase est meilleurs que le votre "
(riant).
Cette expérience vous est en fait très utile.
Retournez au moment où vous avez vu l'Unité,
et regardez autour de vous avec les yeux de cette
Unité. Vous verrez que cette Unité a pris
différentes formes : ici un arbre, là une
personne ou un animal, et ainsi de suite. Mais il serait
avisé de re-contacter, de retrouver, la vision de
l'Un. Il est très important par contre que manas, le
mental, n'interfère pas et ne se mette pas à
conceptualiser.
Q : Au moment de cette vision, il n'y avait pas de concepts.
Mais retourner à ce moment, pour moi, devient un
concept car ce n'est pas en train de se produire
maintenant.
R : Mais maintenant, vous êtes tout à fait
conscient du fait que cet état existe, car nous
parlons d'une expérience directe. Dès lors,
vous ne pouvez plus conceptualiser. Quand quelqu'un vous dit
de regarder le monde des noms et des formes, vous ne pouvez
plus conceptualiser car vous savez de quoi il s'agit, vous
connaissez ce qui est au-delà.
Q : Oui, je sais que c'est cela la Réalité. La
plus grande partie de la journée, je suis en face de
concepts et je me laisse encore prendre, mais en profondeur
je sais que ce n'est pas la Réalité.
R : En tout cas, vous avez fait l'expérience d'un
état de Conscience dénué de concepts et
vous savez ainsi que la Réalité est
au-delà des concepts. Maintenant, ce que vous pouvez
faire, c'est aller faire un tour dehors et regarder les
arbres, regarder tout ce que vous rencontrez mais sans
conceptualiser. Lorsque nous nous promenons, notre mental
conceptualise automatiquement. Il ne se contente pas
seulement de contempler un arbre, mais il commente : " Cet
arbre est grand, ou petit, je l'aime, je ne l'aime pas, et
ceci et cela... ". Ce que vous devez alors faire, c'est
contempler sans conceptualiser. Et progressivement, cette
façon de faire peut être incorporée
à votre vie de tous les jours, car c'est maintenant
votre conscience qui vous guide et non plus des concepts.
Pour être plus spécifique, nous pouvons appeler
cela " intuition ", simplement pour vous donner une
idée de ce qui se passe. Certains diront : " Mais
comment puis-je alors continuer à vivre et à
travailler ? J'ai besoin de faire fonctionner mon mental. "
Vous pouvez tout à fait le faire. Cela semble
impossible, et pourtant c'est plutôt facile. En fait,
c'est extrêmement facile. Je suis passé par
là et je suis toujours capable d'accomplir mes
travaux, comme conduire le tracteur, couper du bois,
cuisiner. Je fais mon ménage et lave mon linge
moi-même. Et tout cela avec la joie au coeur car tout
est si merveilleux.
Il est essentiel que vous cultiviez cette vision
d'Unité dans la vie car ce que vous avez
traversé est très important. Le vedanta
nommerait cela Savikalpa Samadhi (Etat de conscience
caractérisé par l'accession à la
connaissance de Dieu ou Brahman, malgré la survivance
d'une relation de sujet à objet). Et c'est la
possibilité de voir l'unité de la vie par vos
yeux, par les yeux de la Conscience.
Q : Pourriez-vous expliquer quel est le rôle du yoga
et de ses différentes disciplines ? Est-il
nécessaire de pratiquer un yoga particulier ?
R : Il y a différents types de yoga. Vous avez lu mon
livre « Essence et but du Yoga » qui traite
des principales formes de yoga depuis le hata-yoga (A
l'origine une technique du raja-yoga enseigné par
Patanjali, qui est une forme de yoga enseignant
différentes postures physiques dont le but est
l'union avec Dieu) jusqu'à l'asparsha-yoga, qui est
le yoga de l'advaïta, la voie métaphysique. Au
cours des époques anciennes, ces yoga étaient
de différentes étapes ou différents
passages menant progressivement à des sentiers plus
complets. Donc, dans l'ancien temps, il y avait simplement
un seul et unique yoga, comportant différentes
possibilités et dimensions. L'ensemble de ces
différents types de yoga menaient tous à la
transcendance, y compris le hata-yoga. Aujourd'hui, le
hata-yoga en Occident n'est plus qu'une série
d'exercices qui promettent une bonne santé et c'est
tout. Mais aucun des yoga n'est meilleur qu'un autre. Bien
sûr, en Orient, la Tradition est très vivante
et permet à ceux qui en font la rencontre, de
démarrer leur pratique à leur propre niveau de
préparation, de guna et ainsi de suite. En Occident,
et dans certains pays, il n'y a eu que le Christianisme et
nous n'avons eu aucun choix, et il y est donc impossible
d'offrir à chacun la solution qui lui convient, car
chaque individu est un monde en lui-même.
Contrairement à cela, en Orient, il y existe un
éventail de possibilités bien plus large qui
correspond aux besoins de chacun selon ses propres guna et
qualités.
Même le vedanta peut être défini comme un
yoga, le yoga de la connaissance. Dans mes livres, j'ai
essayé de ne pas trop utiliser ce mot " yoga " car il
est malheureusement devenu galvaudé. Mais cette sorte
de dégradation est inévitable, car nous sommes
à l'âge du Kali-yuga. En fait, si nous disions
à des gens, " nous faisons du vedanta-yoga " ils
diraient : " Alors comme ça, vous faites de la
gymnastique ? Quelles sont les postures ? Où est la
salle de gym ? ".(riant)
Q : N'importe qui peut-il décider de
s'éveiller, ou cela survient-il spontanément,
sans préparation ?
R : L'éveil, naturellement, n'est pas quelque chose
que vous pouvez simplement accomplir par la volonté
et l'effort. Il survient de lui-même. Mais nous devons
être prêt au moment où il se produit.
Tout comme à l'école par exemple où
nous étudions un nombre considérable de
matières, qui par la suite pour la plupart ne sont
d'aucune utilité pour notre profession. Mais cette
sorte d'entraînement prépare nos esprits, elle
l'exerce à une meilleure façon de saisir les
choses et ainsi de suite. En cela, la préparation que
représentent nos études est utile. Alors, pour
revenir à votre question, la préparation
conduit à accepter cet événement, qui
survient spontanément. On ne peut rien forcer, toute
violence sur nous même serait totalement vaine.
Q : Plusieurs fois, en Inde nous avons vu des gens se rendre
auprès d'un maître et dire : " Je suis en Inde
pour quelques semaines seulement, alors ayez la bonté
de me donner l'éveil maintenant afin que je puisse
poursuivre ma visite de l'Inde et voir le Taj Mahal avant de
rentrer. "
R : (Riant) Comme c'est charmant ! Cela se produit aussi en
Occident. Il y a tellement d'innocence dans le monde.
Q : Quel conseil donneriez-vous à un chercheur de
Vérité ?
R : Cette question n'est pas très commode (riant).
Donner un conseil à quelqu'un est très
difficile. Bien entendu, si la personne est vraiment
à la recherche de la Vérité, la chose
peut-être envisagée. C'est pourquoi nous
parlons d'un certain degré de maturité de la
personne, lorsqu'il y a un meilleur contrôle des guna
et ainsi de suite. A ce stade, bien sûr, des conseils
pourraient être donnés. Le problème
surgit lorsque la personne vit dans un état de
souffrance et de dualité. Elle veut résoudre
son problème, mais souhaite rester dans cet
état de dualité. A ce moment, il ne peut y
avoir de compréhension, car tout ce que la personne
souhaite faire, c'est changer un événement ou
une situation à ce niveau qui est celui de l'ego, de
la dualité. Ainsi, il est très difficile de
conseiller quelqu'un qui est identifié à cet
état de dualité. En outre, d'un point de vu
philosophique, nous pouvons dire qu'il n'y a rien
au-delà ou en dehors de l'Etre, et que tôt ou
tard nous ne pouvons qu'y retourner.
Un advaïtin (l'être non duel) est pacifié,
il a trouvé la paix. C'est la raison pour laquelle il
ne recherche pas de disciples ou d'adeptes. Bien sûr,
l'advaïta est offert à tous, mais tous ne
souhaitent pas atteindre cette dimension. Cependant
tôt ou tard, ils l'atteindront car chaque individu au
monde est Cela. Ils peuvent se prendre pour autre chose,
mais ils sont Cela. Nous sommes tous aliénés
parce que nous croyons être ce que nous ne sommes
pas.
Pour terminer sur une note légère :
après Napoléon, il y eut un certain nombre de
gens qui dans leur aliénation, se prenaient pour lui.
Ils étaient convaincus d'être Napoléon,
ils étaient fous. Tout ce que nous pouvons faire dans
ce cas c'est tenter de les éveiller à la
réalité qu'ils ne sont pas Napoléon. La
connaissance traditionnelle nous dit que nous sommes tous
aliénés ; nous sommes identifiés aux
différents vases, et chaque vase est différent
du suivant. Un advaïtin se rend bien compte de toute la
souffrance du monde, mais en même temps, il voit le
comique de tout cela (riant) car il a conscience que tous
ces gens ont simplement oublié ce qu'ils sont.
Quelqu'un pourrait dire : " Je souffre " et la
réponse : " Non, tu ne souffres pas ", " Si, je
souffre ! ". Un autre pourrait dire : " Je suis en train de
mourir " et la réponse : " Mais tu ne peux pas
mourir, tu est immortel ". Si cette personne est convaincue
qu'elle va mourir, qu'y pouvons-nous ? Tout ce qu'il nous
reste à faire est d'attendre qu'il prenne conscience
de son immortalité, qu'il lui est impossible de
mourir.
Lorsque nous quitterons notre corps physique dense, la
majorité d'entre nous se rendra dans la partie
inférieure de taijasa (l'état lumineux, l'un
des quatre états de conscience du vedanta. Les trois
autres étant : le sommeil profond, l'état de
veille et Turyia " le quatrième ". La Mandukya
Upanishad traite abondamment de ces quatre
états). En termes Occidentaux, il s'agit du plan
astral. Certains matérialistes, lorsqu'ils ont
atteint ce plan, ont du mal à réaliser qu'ils
ne sont pas morts. Des disciples consacrent leur travail sur
ce plan pour essayer de les rééduquer et les
amener à voir qu'ils ne sont pas morts. Parce qu'ils
en sont tellement convaincu, ils disent : " Comment puis-je
ne pas être mort ? Je suis
décédé. Je dois être mort. "
Cette personne ne s'abandonnera pas à
l'évidence qu'elle existe, qu'elle s'exprime et que
donc elle vit dans cette autre dimension. Je dis toujours
que la vie que nous menons, au plan humain, est " une
tragi-comédie qui finit bien ".
Q : Quelle sont les principaux obstacles au vécu la
Vérité ? Comment les surmonte-t-on ?
R : Nous avons déjà répondu à
cette question en disant que nous sommes identifiés
aux guna. Lorsque vous faites votre promenade et que vous
tentez de retrouver votre vision, vous devrez
vérifier en vous-même : " Quel est l'obstacle
qui me retient d'être Cela ? Quel véhicule se
glisse entre moi et cette Réalité ? Est-ce
l'esprit ou bien quelque contenu psychologique qui est en
moi ? Ou alors est-ce le monde des sensations ou des
émotions ? Est-ce encore une idéalisation, une
pensée ? ". Tout cela peut faire obstacle, mais
sitôt résolu - car ces problèmes se
résolvent - Cela émerge de lui même.
En Orient on donne un exemple très pertinent :
Imaginez une pièce remplie d'objets où ils
sont si nombreux que vous pouvez à peine bouger.
L'identification aux différents objets ne vous permet
pas de voir la pièce dans sa réalité.
Aujourd'hui je peux m'identifier à la table, demain
au système de chauffage, le jour suivant à
autre chose. Si je jette tous ces objets dehors, (par "
jeter dehors ", j'entends bien sûr, intégrer,
assimiler tous ces objets), je vais me retrouver dans une
pièce vide, et donc dans l'espace. Je suis cet
espace, et cela signifie que l'éther à
l'intérieur du vase est de même nature que
l'éther au dehors du vase. De tels exemples ou de
telles analogies peuvent être d'une grande importance
pour la compréhension de la Réalité
sous-jacente aux phénomènes.
Q : Il y a environ quatre ans, un soir, j'ai commencé
à me répéter la phrase " Je suis Cela
". Et j'ai soudain été frappé par le
fait que le " je " pour lequel je me prenais, n'avait rien
à voir avec Cela. Avant ça, je croyais que le
" je ", c'est-à-dire tous les concepts correspondant
à ce que je croyais être, allait devenir le
Cela par la réalisation. Or à cet instant, je
vis que Cela n'avait rien à voir avec ces concepts.
Ce fut très important pour moi de le voir.
R : Oui, bien sûr, Cela n'a rien à voir avec
l'ego, le 'je'. 'Je' est une non-réalité. Mais
c'est une erreur que tout le monde fait.
Q : Si nous vivons dans un état de
spontanéité totale, avons-nous un
contrôle sur les événements de notre vie
?
R : Il nous faut parler ici de l'ether. Dans ce cas
seulement, vous pouvez garder un contrôle car, alors,
c'est l'éther qui utilise le vase et non le vase qui
utilise l'éther. L'éther est
spontanéité, innocence. C'est la lila, le jeu
divin, le jeu d'un enfant.
Nous devons donc clairement faire la différence entre
la spontanéité qui relève de la
réaction instinctive, et la spontanéité
de l'éther qui est complètement
différente. Il est très important
d'opérer cette distinction car certaines personnes
sont très impulsives, émotionnelles et de ce
fait spontanées, mais aussi capables de provoquer de
grands dégâts. Ce qui n'est pas le cas dans
Cela. L'innocence dont nous parlons est une tout autre
chose.
Q : Pouvez-vous décrire votre propre nature ?
R : C'est exactement la même que la vôtre.
Chacun d'entre nous est cet éther imprégnant
tout. Il n'y a pas de différence entre Raphael et les
autres. Il pourrait y avoir juste cette différence :
une personne pourrait être identifiée à
l'un de ses véhicules ou à l'une des
expériences qu'il a faite, alors que Raphael lui, a
épuisé et refermé tous les registres
d'expériences. Ou bien pour citer un autre exemple
que j'utilise assez souvent : Il a été un peu
plus intelligent lors d'une incarnation passée. Il a
réalisé de quoi tout ceci retournait et a
décidé de ne plus revenir (rires). Ceci est
l'unique différence !
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