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JOUR
21
VISHVAMITRA dit :
O Rama, tu es assurément le plus sage parmi les sages
et tu n'as vraiment plus rien à apprendre. Toutefois,
ton savoir a besoin d'être affermi, de même que
la connaissance du soi que possédait Shuka dut
être affermie par Janaka avant que Shuka pût
trouver la paix qui passe l'entendement.
RAMA lui demanda alors : " Bienheureux, je
t'en supplie ! Explique-moi comment il se fait que
Shuka ne trouvait pas la paix malgré l'étendue
de son savoir et comment il finit par y
goûter. "
VISHVAMITRA lui répondit :
Ecoute, ô Rama, n'aie crainte ! Je vais te conter
l'histoire édifiante de Shuka, sage dès la
naissance, fils de Vedavyasa, à présent assis
à côté de ton père. Exactement
comme toi, Shuka parvint à la vérité
touchant à l'existence après avoir longuement
médité sur l'évanescence de ce monde.
Toutefois, comme il avait acquis cette connaissance par
lui-même, il ne pouvait être catégorique
et se dire qu'il s'agissait de la Vérité. Il
était bien sûr arrivé à
l'état d'extrême et suprême
détachement.
Un beau jour, ce Shuka vint demander à son
père Vedavyasa : " Sire, comment la
création d'un monde aussi divers a-t-elle vu le
jour ; et comment finira-t-elle ? " Vedavyasa
lui fit une réponse particulièrement
détaillée, mais Shuka se dit : " Je
savais déjà tout ça. Qu'y a-t-il de
neuf là-dedans ? " Nullement
impressionné, il resta sur sa faim. Vedavyasa le
sentit, et dit donc à Shuka : " Mon fils,
c'est tout ce que je sais, mais il existe sur terre un sage,
le roi Janaka, qui en sait davantage. Veux-tu aller le
trouver ? "
Shuka se rendit aussitôt au palais de Janaka.
Informé par ses gardes de l'arrivée du jeune
homme, Janaka fit comme si de rien n'était, et le
jeune Shuka attendit patiemment une semaine à
l'extérieur. Au bout de huit jours, Janaka fit entrer
Shuka à l'intérieur du palais et lui envoya
des danseuses et des musiciens, ce qui laissa Shuka de
marbre. Après cet accueil, on fit venir Shuka
auprès du roi et celui-ci lui dit : " Tu
connais la Vérité. Que puis-je te dire
d'autre ? " Shuka lui posa la question qu'il avait
déjà posée à son père et,
à son tour, Janaka lui fit la même
réponse. Shuka fit alors : " Je sais
déjà cela. Mon père me l'a dit, les
écritures affirment la même chose et,
maintenant, tu proclames la Vérité, à
savoir que cette diversité est imputable aux
modifications mentales et qu'elle prendra fin quand
celles-ci cesseront. " Ainsi, une fois que sa
connaissance du soi fut confirmée, Shuka
accéda à la paix et demeura en nirvikalpa
samadhi.
JOUR
22
VISHVAMITRA s'adressa à l'assemblée des
sages :
Comme Shuka, Rama a lui aussi acquis la plus haute sagesse.
Le signe le plus manifeste qu'un homme a effectivement
accès au plus haut degré de la sagesse est
qu'il n'éprouve aucun attrait pour les plaisirs du
monde car, chez lui, même les penchants les plus
infimes ont disparu. Quand ces penchants sont forts, il y a
servitude. Une fois qu'ils ont cessé, advient la
libération. Le sage véritablement
libéré est celui qui, par tempérament,
n'est plus le jouet du plaisir des sens, et n'est plus
mû par le désir de
célébrité, ou tout autre motif. Et je
prie le sage Vasishtha d'instruire Rama afin qu'il soit
établi dans sa sagesse et que, nous aussi, nous
soyons inspirés. Cet enseignement deviendra sans nul
doute la plus haute sagesse, la meilleure de toutes les
saintes écritures - car il est communiqué par
un sage éveillé à l'étudiant
détaché du monde des sens et qualifié
pour l'entendre.
VASISHTHA prit la parole :
Je vais certainement accéder à vos souhaits et
maintenant transmettre à Rama la sagesse qui m'a
été révélée par le
créateur Brahma en personne.
RAMA intervint :
Grand saint, peux-tu avoir l'obligeance de me dire d'abord
pourquoi Vedavyasa n'était pas
considéré comme délivré alors
que son fils Shuka, lui, l'était ?
VASISHTHA répondit :
O Rama, on ne sait combien d'univers ont déjà
vu le jour avant d'être dissous. En fait, on ne peut
même pas se faire une idée des innombrables
univers qui existent en ce moment. Tout cela peut être
immédiatement conçu dans notre propre
cur, car ces univers sont les créations des
désirs qui naissent dans le cur ainsi que des
châteaux en Espagne. L'être humain fait
apparaître ce monde dans son cur comme par
enchantement et, pendant qu'il est vivant, il renforce cette
illusion. A sa mort, il fait apparaître
l'au-delà et en fait l'expérience - c'est
ainsi que naissent des mondes à l'intérieur de
mondes, tout comme les couches se superposent dans une tige
de plantain. Pas plus le monde de la matière que les
modes de création ne sont vraiment réels. Les
vivants et les morts ont pourtant le sentiment de
l'être. Ils sont bel et bien convaincus qu'ils
possèdent une réalité. L'ignorance de
cette vérité perpétue les apparences
trompeuses.
O Rama, dans cet océan cosmique de l'existence
naissent des êtres ici et là qui sont
égaux à d'autres, et d'autres qui leur sont
différents. Ce Vedavyasa est le
trente-troisième dans le flux de création.
Ainsi que d'autres sages, il s'incarnera et se
désincarnera à maintes reprises. Lors de
certaines de ces incarnations ils seront sur un plan
d'égalité avec d'autres et, dans d'autres, sur
un plan d'inégalité. Dans cette incarnation,
Vedavyasa est assurément un sage
libéré. Ces sages délivrés
s'incarnent également d'innombrables fois et,
à l'occasion de ces existences, ils entretiennent des
rapports avec les autres. Ils sont quelquefois leurs
égaux, mais il leur arrive aussi de ne pas
posséder le même niveau de savoir, de se
comporter différemment, etc.
JOUR
23
VASISHTHA poursuivit :
O Rama, de même qu'avec ou sans vagues l'eau demeure
de l'eau, quels que soient les dehors du sage
libéré, sa sagesse demeure inchangée.
Il n'y a de différence qu'aux yeux de l'observateur
ignorant.
Par conséquent, ô Rama, écoute ce que je
vais te dire. Cet enseignement dissipera, à coup
sûr, les ténèbres de l'ignorance. Tout
ce qui est acquis en ce monde ne l'est qu'au prix d'efforts
pour connaître le soi. Lorsque advient un
échec, on s'aperçoit qu'on a
relâché ses efforts. Cela est évident,
mais ce qui porte le nom de destin est imaginaire. Nul ne
peut le voir.
Rama, l'effort intérieur est cet acte mental, verbal
et physique, conforme aux instructions d'une sainte personne
versée dans les Ecritures. Ce n'est qu'au prix
d'efforts de cette nature qu'Indra est devenu roi du
firmament, que Brahma est devenu le créateur, et que
les autres dieux ont obtenu la situation qui est la
leur.
Les efforts pour connaître le soi sont de deux
sortes : ceux des naissances passées, et ceux de
cette existence-ci. Ces derniers neutralisent efficacement
les premiers. Le destin n'est que le fruit des efforts d'une
incarnation passée. Au cours de l'incarnation
actuelle, ces deux types d'efforts sont en conflit
perpétuel ; et ce sont les plus forts qui
triomphent.
Les efforts non conformes aux Ecritures sont motivés
par l'illusion. Quand se dresse un empêchement
à l'aboutissement des efforts, il convient d'examiner
l'obstacle en question pour voir s'il est imputable à
une action dictée par l'erreur et, si tel est le cas,
il faut y remédier sur-le-champ. Il n'est pas plus
grande puissance qu'une action juste accomplie dans le
présent. Il faut donc avoir recours au travail sur
soi, serrer les dents, vaincre le mal par le bien et le
destin par les efforts présents. Le paresseux est
pire qu'un âne. Il ne faudrait jamais céder
à la paresse, mais s'efforcer d'atteindre la
libération en constatant que la vie s'enfuit à
chaque instant. Il ne faudrait pas se vautrer dans la bauge
des plaisirs des sens ainsi qu'un ver se délecte
à se tortiller dans le pus.
Qui dit " Le destin me pousse à agir
ainsi " est stupide, et la déesse de la fortune
l'abandonne. Acquiers donc la sagesse grâce à
ton travail, puis prends conscience que tes efforts se
parachèvent dans la réalisation directe de la
Vérité.
Sans cette épouvantable source démoniaque
qu'est la paresse, qui serait pauvre ou illettré sur
terre ? C'est à cause de la paresse qui
sévit sur terre que les gens mènent des vies
d'animaux, qu'ils sont malheureux et connaissent la
misère.
VALMIKI dit :
L'heure des prières du soir était venue et
l'assemblée se dispersa.
JOUR
24
Le lendemain, VASISHTHA prit le premier la
parole :
Le fruit dépend des efforts consentis, ô Rama.
Tel est le sens du travail sur soi. On lui donne aussi le
nom de destin [volonté divine]. Sous le coup
de la souffrance, les gens s'écrient
" Hélas, quelle tragédie ! " ou
bien " Hélas, regardez mon destin ! ",
exclamations synonymes. Ce qu'on appelle destin, ou
volonté divine, n'est autre que le résultat
des actions ou des efforts passés. Le présent
est infiniment plus puissant que le passé. Ceux qui
se satisfont des fruits de leurs efforts passés
[en qui ils voient la volonté divine] et
cessent de faire des efforts maintenant sont vraiment des
insensés.
Si l'on constate que les efforts actuels sont parfois
contrariés par le destin [ou la volonté
divine], on devrait comprendre que les efforts
présents sont insuffisants. Un homme faible et obtus
voit la main de la providence quand il est confronté
à un adversaire fort et puissant, et il perd la
partie.
Il arrive qu'on obtienne une grande victoire sans effort.
Par exemple, conformément à une ancienne
coutume, l'éléphant d'apparat choisit un
mendiant pour diriger un pays dont le souverain est mort
subitement sans laisser d'héritier. Il ne s'agit
certainement pas d'un accident ou d'une intervention divine,
mais du fruit des efforts accomplis par le mendiant au cours
de l'existence précédente.
Il arrive aussi que le travail d'un paysan soit
réduit à néant par une averse de
grêle. Cela signifie évidemment que la force
des grêlons a été plus grande que les
efforts du paysan, et que celui-ci devrait désormais
déployer de plus grands efforts. Il ne devrait pas
pleurer la perte inévitable. Si pareille peine est
justifiée, pourquoi ne devrait-il pas se lamenter
tous les jours sur le caractère inéluctable de
la mort ? Le sage devrait bien sûr savoir ce
qu'il est possible d'acquérir par un travail sur soi,
et ce qu'il ne l'est pas. Toutefois, c'est de l'ignorance
que d'attribuer tout cela à un agent extérieur
et d'affirmer que " Dieu m'envoie au ciel ou en
enfer, " ou qu'" un agent extérieur me
pousse à faire ceci ou cela. " Il convient de
fuir des gens aussi ignorants.
Il faut se dégager des goûts et des
dégoûts, s'engager à faire de justes
efforts et à atteindre la Vérité
suprême, sachant pertinemment que seul compte le
travail sur soi et que celui-ci n'est qu'une autre
appellation de la volonté divine. Nous n'avons que
mépris pour le fataliste. Le travail sur soi digne de
ce nom naît d'une compréhension juste, laquelle
se manifeste dans le cur de celui qui s'est ouvert
à l'enseignement des Ecritures et ont
étudié le comportement des saints.
JOUR
25
VASISHTHA poursuivit :
Le corps libéré de la maladie et l'esprit
délivré de l'affliction, il faudrait
poursuivre la connaissance du soi afin de ne pas
renaître. Ce travail possède une triple racine,
et porte donc trois sortes de fruits : un éveil
intérieur de l'intelligence, une vivacité de
l'esprit, et l'action physique.
Le travail sur soi s'appuie sur les trois fondements
suivants : la connaissance des Ecritures, les
enseignements de l'instructeur et les efforts de
l'intéressé. Ici, le destin [ou
dispensation divine] n'entre pas en ligne de compte. En
conséquence, celui qui désire le salut devrait
orienter l'esprit impur sur la voie des entreprises pures au
moyen d'efforts constants - ce qui constitue l'essence
même de toutes les saintes Ecritures.
Les saints insistent sur le point suivant : ne jamais
quitter le chemin qui mène au bien éternel. Le
chercheur qui est sage le sait bien : le fruit de mon
travail sera proportionné à l'intensité
de mes efforts, et pas plus le destin qu'un quelconque dieu
ne peut décréter qu'il en soit autrement. Au
vrai, ses efforts sont seuls responsables de ce que l'homme
obtient ici-bas. Lorsqu'il sombre dans le malheur, certains,
pour le consoler, en imputent la faute à son destin.
C'est pourtant évident : pour aller à
l'étranger, on voyage et, pour se rassasier, on mange
- le destin n'a rien à voir dans l'affaire. Nul n'a
jamais vu ce fameux destin, mais tout le monde a
constaté qu'une action [bonne ou mauvaise]
produit un résultat [bon ou mauvais]. Nous
devrions donc dès l'enfance nous efforcer de
favoriser notre véritable bien [notre salut]
par l'étude ardente et réfléchie des
Ecritures, la fréquentation des saints, et le travail
sur soi conforme au devoir.
Le destin, ou dispensation divine, est une simple convention
qui, à force d'être déclarée
véritable, a fini par être prise pour la
vérité. Si ce dieu ou ce destin est vraiment
l'ordonnateur de toute chose en ce monde, à quoi bon
agir [même se baigner, parler à quelqu'un
ou donner quelque chose] et instruire qui que ce
soit ? Non. Hormis les cadavres, tout en ce monde est
actif, et cette activité produit son juste
résultat. Nul n'a jamais prouvé l'existence
d'un destin ou d'une dispensation divine. Afin d'assouvir
leurs appétits égoïstes, les gens
emploient des expressions comme " Le destin ou la
dispensation divine me pousse à faire
ça, " mais il n'en est rien. Par exemple, si un
astrologue prédit qu'un jeune homme deviendra un
grand savant, ce jeune homme va-t-il devenir savant sans
étudier ? Non. Alors, pourquoi croire à
une dispensation divine ? Rama, Vishvamitra le sage que
tu vois ici, est devenu Brahmarishi au prix de ses efforts.
Tous autant que nous sommes, nous ne devons la connaissance
du soi qu'à nous-mêmes. Renonce donc au
fatalisme et mets-toi au travail.
[le mot utilisé pour destin est
" daivaim " qui signifie également
" dieu "]
JOUR
26
RAMA demanda :
Seigneur, tu es assurément le détenteur de la
Vérité. Explique-moi, s'il te plaît, ce
que les gens entendent par dieu, destin ou daivam.
VASISHTHA répondit :
Les gens appellent destin, ou daivam, le fruit des efforts,
c'est-à-dire les bons et mauvais résultats des
actions passées. Les gens attribuent aussi au destin,
ou daivam, la nature, bonne ou mauvaise, de tels
résultats. Quand vous voyez que " telle graine
donne telle plante ", le phénomène est
attribué à une intervention de ce daivam. Mais
je pense que le destin n'est autre que la conséquence
de nos propres actions.
Nombre de tendances latentes habitent le mental de l'homme,
tendances qui entraînent divers types d'actions -
physiques, verbales et mentales. Il est certain que nos
actes sont absolument conformes à ces tendances. Il
ne peut en être autrement. C'est ainsi que les choses
fonctionnent. L'action n'est autre que les plus puissantes
des tendances latentes, lesquelles ne différent en
rien du mental. Il est impossible de déterminer avec
précision si des catégories telles que mental,
tendances latentes, actions, et destin [daivam] sont
réelles ou irréelles. C'est la raison pour
laquelle les sages en ont parlé de façon
symbolique.
RAMA posa une nouvelle question :
Grand saint, si les tendances latentes rapportées de
la naissance précédente me poussent à
agir dans cette vie-ci, où est la liberté
d'action ?
VASISHTHA répondit :
Rama, les tendances issues des incarnations passées
sont de deux sortes - des tendances pures et des tendances
impures. Les tendances pures te poussent vers la
libération et les tendances impures sont fautrices de
troubles. Au vrai, tu es la conscience même, et pas de
la matière physique inerte. Tu n'es poussé
à l'action par rien d'autre que toi-même. Tu es
donc libre de renforcer les tendances latentes pures au
détriment des tendances impures. Les tendances
impures doivent être abandonnées
progressivement. Le mental doit s'en détourner peu
à peu, afin d'éviter des réactions
violentes. En encourageant les bonnes tendances à se
manifester souvent, renforce-les. Celles qui sont impures
s'affaibliront de ne jamais servir. Grâce aux bonnes
actions, tu seras bientôt tout à l'expression
des seules tendances qui sont bonnes. Quand tu seras ainsi
venu à bout des mauvaises tendances, il te ensuite
faudra même abandonner les bonnes. Tu feras alors
l'expérience de la Vérité
suprême, grâce à l'intelligence que
génèrent les bonnes tendances.
JOUR
27
VASISHTA poursuivit :
L'ordre cosmique que les gens appellent destin, daivaim ou
niyati, et qui garantit que tout effort est couronné
d'une juste réalisation est fondé sur une
omniscience omniprésente et omnipotente [connue
sous le nom de Brahman]. Veille donc à ne pas
laisser les sens et le mental s'extérioriser et,
l'esprit bien orienté, écoute calmement ce que
je vais te dire.
Ce récit a pour sujet la libération. En
l'écoutant en compagnie d'autres sages chercheurs
rassemblés ici, tu réaliseras cet être
suprême étranger à la douleur et
à la destruction. O Rama, l'omniscience
omniprésente, ou l'être cosmique, brille
éternellement en tout être. Exactement comme
une vague apparaît à la surface de
l'océan qui s'agite, une vibration se manifeste dans
cet être cosmique et le seigneur Vishnou voit le jour.
De ce Vishnou est issu Brahma, le créateur. Brahma a
commencé à créer les innombrables
espèces de créatures de l'univers,
animées et inanimées, capables de sentir et
privées de sensations. Et l'univers se trouve dans
l'état qui était le sien avant la dissolution
cosmique.
Le Créateur vit que tous les êtres vivants de
l'univers étaient sujets à la maladie,
à la mort, à la peine et à la
souffrance. La compassion emplit son cur et il chercha
à établir un chemin susceptible de permettre
aux créatures de s'éloigner de toute cette
misère. Sur ce il institua de nobles vertus
[comme l'austérité, la charité,
l'amour de la vérité et la rectitude de
conduite], ainsi que des centres de pèlerinage.
Mais c'était insuffisant. Ces choses n'accordaient
qu'un soulagement temporaire et non point un
affranchissement définitif du joug de
l'affliction.
Réfléchissant à cette question, le
Créateur me donna naissance. Il m'attira à lui
et couvrit mon cur du voile de l'ignorance. Je perdis
aussitôt le souvenir de mon identité et de ma
nature essentielle. J'étais très malheureux.
J'implorai Brahma le créateur, mon père, de me
montrer comment sortir de cette souffrance. Plongé au
fond de mon tourment, je n'avais pas de volonté, et
me trouvais incapable de faire quoi que ce soit ; je
demeurais paresseux et inactif.
En réponse à ma prière, mon père
me révéla la vraie connaissance qui dissipe
instantanément le voile de l'ignorance dont il
m'avait lui-même couvert. Alors le Créateur me
dit : " Mon fils, j'ai voilé la
connaissance, puis te l'ai révélée,
afin que tu puisses connaître sa gloire ; car
c'est seulement maintenant que tu seras à même
de comprendre la dure peine des créatures ignorantes
et de les aider. O Rama, équipé de cette
connaissance, je suis ici et je continuerai à
être ici jusqu'à la fin de la
création. "
JOUR
28
VASISHTHA poursuivit :
Semblablement, à toutes les époques, par sa
volonté, le Créateur donne l'existence
à plusieurs sages, dont moi-même, pour
l'éveil spirituel de tous. Et pour que le
côté séculier ne soit pas en reste,
Brahma crée aussi sur terre des rois qui gouvernent
avec équité et sagesse. Toutefois, ces
souverains sont bientôt corrompus par l'amour du
pouvoir et par les plaisirs. Des conflits
d'intérêts les poussent à se combattre
et ces conflits, à leur tour, génèrent
des remords. Afin de mettre un terme à l'ignorance de
ces chefs d'états, les sages leur transmettaient la
sagesse. Au temps jadis, ô Rama, les rois recevaient
cette sagesse et la chérissaient ; c'est ce qui
lui valut son nom de Raja Vidya, Science Royale.
Née de la pure discrimination, la plus haute forme de
détachement a vu le jour dans ton cur, ô
Rama, et elle dépasse le détachement dû
à des circonstances particulières ou à
un profond dégoût. Il faut certainement
attribuer un tel détachement à la grâce
de Dieu. Cette grâce accompagne la discrimination
arrivée à maturité, à l'instant
précis où le détachement est
généré dans le cur.
Tant que la plus haute sagesse ne point pas dans le
cur, la personne est assujettie à cette roue de
la naissance et de la mort. Je t'en prie, écoute bien
l'exposé que je vais te faire de cette sagesse, en
concentrant ton esprit.
Cette sagesse détruit la forêt de l'ignorance.
Errer dans cette forêt entraîne la confusion et
des tourments apparemment sans fin. Il convient donc de
rechercher un instructeur éclairé et, ayant
adopté l'attitude juste, de lui poser la bonne
question et d'obtenir de lui l'enseignement. Celui-ci
devient alors partie intégrante de soi-même.
L'insensé pose des questions stupides avec
irrévérence ; et plus bête encore
est celui qui méprise les paroles du sage. Mais
l'homme qui répond aux vaines questions d'un
insensé n'a sûrement rien d'un sage.
O Rama, tu es assurément le meilleur des chercheurs,
car tu as réfléchi à la
Vérité comme il convient, et tu es
inspiré par la meilleure forme de détachement.
Je suis convaincu que ce que je vais te dire trouvera une
ferme assise dans ton cur. Au vrai, c'est dans son
cur qu'il faut faire tout son possible pour installer
la sagesse sur un trône car le mental est aussi
instable qu'un singe. Et, alors, il faudrait fuir la
compagnie des gens qui n'ont que faire de la sagesse.
Rama, quatre gardiens défendent l'entrée de
moksha, le Royaume de la Liberté : la
maîtrise de soi, l'esprit d'investigation, le
contentement, et la bonne compagnie. Le chercheur
épris de sagesse devrait assidûment cultiver
l'amitié de ces quatre gardiens, ou au moins de l'un
d'entre eux.
JOUR
29
VASISHTHA poursuivit :
Le cur pur et l'esprit réceptif,
dégagé du voile du doute et de l'agitation du
mental, ô Rama, écoute cet exposé sur la
nature de la libération et les moyens d'y parvenir.
Car les terribles tourments de la naissance et de la mort ne
prendront fin qu'une fois réalisé l'être
suprême. Si ce serpent mortel de la vie ignorante
n'est pas terrassé ici et maintenant, il
entraîne d'interminables souffrances non seulement
pendant cette vie-ci, mais au cours d'innombrables
existences à venir. On ne peut ignorer cette
souffrance, mais il faudrait la vaincre au moyen de la
sagesse que je vais te transmettre.
O Rama, si tu viens ainsi à bout de ce tourment de
l'histoire qui se répète [samsara], tu
vivras ici même sur terre tel un dieu, comme Brahma ou
Vishnou ! Car, une fois l'illusion dissipée et
la Vérité atteinte au moyen de l'investigation
sur la nature du soi, lorsque l'esprit est en paix et que le
cur accède d'un coup à la
Vérité suprême, quand sont
retombées toutes les vagues des pensées au
sein de l'activité mentale, que s'établit un
incessant courant de paix et que le cur se voit
comblé du bonheur suprême de l'absolu, quand la
Vérité a été ainsi perçue
dans le cur, alors ce monde même devient une
demeure de félicité.
Un être parvenu à ce stade n'a rien à
acquérir et rien à fuir. Il n'est pas
souillé par les imperfections de la vie. Le malheur
de la vie ne le touche pas. Il n'apparaît pas et ne
s'en va pas non plus, même s'il donne l'impression
d'arriver et de repartir aux yeux de ceux qui le voient.
Même les devoirs religieux s'avèrent pour lui
inutiles. Il n'est pas affecté par les tendances
passées qui ont perdu leur force. Son esprit a
renoncé à l'agitation et il repose dans la
félicité qu'est sa nature essentielle. Une
telle béatitude n'est possible que grâce
à la connaissance de soi. Aucun autre moyen ne permet
d'y goûter. Voilà pourquoi il faut constamment
s'appliquer à la connaissance de soi. C'est le seul
devoir qui nous incombe.
Qui néglige les textes sacrés et les saints ne
parvient pas à la connaissance de soi. Pareille
bêtise est plus nocive que tous les maux qui
assaillent ce monde. C'est donc avec ferveur qu'il convient
d'écouter ce texte sacré qui aboutit à
la connaissance de soi. Qui se procure ce livre sacré
ne retombe pas dans le puits obscur de l'ignorance. O Rama,
si tu veux te délivrer des tourments du samsara
[l'histoire qui se répète], accueille
l'enseignement salutaire de sages comme moi, et sois
libre.
JOUR
30
VASISHTHA poursuivit :
Afin de franchir ce formidable océan du samsara
[l'histoire répétitive], on devrait
recourir à ce qui est éternel et immuable. O
Rama, le meilleur de tous les hommes est seulement dont
l'esprit est établi dans l'éternel et
possède donc une parfaite maîtrise de soi et
baigne dans la paix. Il voit que plaisir et douleur se
pourchassent sans répit et que la maîtrise de
soi et la quiétude font partie de la sagesse. Qui ne
s'en aperçoit pas dort dans une maison qui est la
proie des flammes.
Qui acquiert la sagesse de l'éternel ici-bas se voit
libéré du samsara, et ne renaît plus
dans l'ignorance. On peut douter de l'existence d'une
Vérité aussi immuable ! Si tel est le
cas, ça n'empêche quand même pas de
s'interroger sur la nature de la vie, car la quête de
l'éternel adoucira la souffrance due aux changements
de l'existence. Mais, si l'homme découvre que cette
Vérité existe, en la connaissant il est
libéré.
L'éternel ne s'obtient pas plus par les sacrements ou
les rituels que par les pèlerinages ou la richesse.
On n'y parvient qu'en conquérant le mental, en
cultivant la sagesse. Qu'ils marchent, qu'ils soient
victimes d'une chute ou restent assis, tous sans exception -
dieux, démons, demi-dieux ou humains - devraient donc
constamment rechercher la conquête du mental et la
maîtrise de soi qui sont les fruits de la sagesse.
Une fois apaisé - pur, tranquille, libre de
l'illusion ou de l'hallucination et dégagé des
désirs - le mental n'aspire plus à rien ni ne
rejette rien non plus. C'est la maîtrise de soi ou la
conquête du mental, l'un des quatre gardiens
mentionnés plus haut qui veillent sur le chemin de la
libération.
Tout ce qui est bon et propice découle de la
maîtrise de soi. Celle-ci dissipe tout mal. Nul
plaisir, en ce monde ou au ciel, ne peut se comparer
à la délectation de la maîtrise de soi.
La grande joie que l'on goûte en présence de
qui possède la maîtrise de soi est unique en
son genre. Tout le monde accorde spontanément sa
confiance à un tel être. Personne ne le
déteste [pas même les diables et les
démons].
La maîtrise de soi, ô Rama, est le meilleur
remède à toutes les maladies physiques et
mentales. Quand il y a impassibilité, la nourriture a
meilleur goût. Qui a revêtu l'armure du
sang-froid n'est plus le jouet de la souffrance.
Est vraiment maître de soi-même celui qui,
entendant, touchant, voyant, sentant et goûtant ce qui
est jugé agréable ou désagréable
ne s'en trouve ni transporté de joie ni le moins du
monde attristé. Est maître de soi-même
celui qui a soumis les sensations de plaisir et de douleur
et porte sur tous les êtres un regard égal. Est
maître de soi-même celui qui vit parmi les
hommes sans être affecté par aucun, qui
n'éprouve ni joie ni haine - ainsi qu'il en est
pendant le sommeil.
JOUR
31
VASISHTHA poursuivit :
L'investigation [deuxième gardien sur la voie de
la libération] devrait être entreprise par
une intelligence purifiée d'avoir approfondi les
saintes Ecritures. Il ne faudrait jamais l'interrompre.
Cette investigation aiguise l'intelligence qui devient
capable de réaliser le Suprême. Voilà
pourquoi l'investigation est le seul remède
parfaitement adapté à l'éradication de
la longue maladie connue sous le nom de samsara.
Le sage considère la force, l'intellect,
l'efficacité et l'action opportune comme les fruits
de l'investigation. Le fait est que royaume,
prospérité, jouissance de la vie et
libération définitive sont tous fruits de
l'investigation. L'esprit de l'investigation protège
l'homme des calamités qui affligent l'insensé
dénué de réflexion. Quand l'esprit
s'est émoussé du fait de l'absence
d'investigation, même les rafraîchissants rayons
de la lune se muent en armes mortelles, et l'imagination
enfantine projette un démon dans chaque coin
d'obscurité. Cela explique que l'insensé qui
ne s'interroge pas sur son être essentiel soit
vraiment un puits de souffrance. C'est l'absence
d'investigation qui entraîne des actions
préjudiciables à qui les commet ainsi
qu'à autrui, sans parler de nombre de maladies
psychosomatiques. Il convient donc de fuir la compagnie
d'individus aussi déraisonnables. Ceux dont l'esprit
d'investigation est sans cesse éveillé
illuminent le monde, éclairent tous ceux qui les
contactent, dissipent les spectres créés par
l'esprit ignorant, et prennent conscience de la
fausseté des plaisirs des sens et de leurs objets. O
Rama, à la lumière de l'investigation, il y a
réalisation de l'éternelle
Réalité immuable ; c'est-là le
Suprême. A ce stade, l'homme ne souhaite plus rien et
ne rejette rien non plus. Un tel être est
délivré de l'illusion et de
l'attachement ; il n'est pas inactif et n'est pas
noyé dans l'action ; il vit et fonctionne en ce
monde et, au terme de la durée naturelle de son
existence, il atteint l'état bienheureux de la
liberté absolue.
L'il de l'investigation spirituelle n'est jamais
frappé de cécité, même au beau
milieu de toutes les activités. Il faut vraiment
avoir pitié d'un homme qui ne possède pas cet
il. Mieux vaut naître grenouille enfouie dans la
vase, ver dans la bouse, serpent au fond d'un trou, que
d'être privé de cet il. Qu'est-ce que
l'investigation ? S'interroger ainsi : " Qui
suis-je ? Comment ce mal du samsara [l'histoire
répétitive] a-t-il vu le
jour ? " De telles questions constituent la
véritable investigation. La connaissance de la
Vérité découle de pareille
enquête sur soi-même. La connaissance ainsi
acquise inonde l'être de tranquillité ;
puis advient la paix suprême qui passe l'entendement,
ainsi que la fin de toute souffrance.
[vichara ou l'investigation n'est ni raisonnement ni
analyse ; c'est plonger directement le regard en
soi-même]
JOUR
32
VASISHTHA poursuivit :
Le contentement est un autre gardien sur le chemin de la
libération. Celui qui sest
délecté du nectar du contentement ne trouve
aucun attrait aux plaisirs des sens. Nul délice en ce
monde négale la suavité du contentement
qui détruit tout péché.
Quest-ce que le contentement ? Renoncer à
tout désir dobtenir ce que lon na
pas, et se satisfaire des événements qui
adviennent deux-mêmes sans en être ravi ni
attristé - voilà ce quest le
contentement. Tant que lhomme nest pas
établi dans la satisfaction du soi, il sera le jouet
de la souffrance. Avec lavènement du
contentement, fleurit la pureté du cur.
Lhomme comblé, à qui rien
nappartient, possède le monde.
Le satsang [commerce des sages, saints et
illuminés] est un autre gardien sur la voie de la
libération. Le satsang accroît
lintelligence, détruit lignorance et la
détresse. Quel quen soit le prix, même si
les difficultés ne manquent pas et si bien des
obstacles se dressent sur le chemin, on ne devrait jamais
négliger le satsang. Car le satsang est la seule
lumière qui se puisse trouver sur la voie de la vie.
En vérité le satsang dépasse toutes les
autres formes de pratiques religieuses :
charité, austérités, pèlerinages
et rituels. Il faudrait faire tout ce qui est en notre
pouvoir pour vénérer et servir les saints qui
ont réalisé la Vérité et dont le
cur est dégagé des
ténèbres de lignorance. Dautre
part, ceux qui manquent de respect à
légard de tels êtres se préparent
de grandes épreuves.
Ces quatre éléments - contentement, satsang
[commerce des sages], esprit dinvestigation et
maîtrise de soi - constituent les moyens les plus
sûrs de se sauver et de ne pas périr
noyé dans cet océan du samsara
[lhistoire répétitive]. Le
contentement est lacquisition Suprême. Le
satsang est le meilleur compagnon de route. Lesprit
dinvestigation est la plus grande sagesse. Et la
maîtrise de soi est lapogée du bonheur.
Si tu es incapable de les pratiquer tous les quatre, mets-en
un en application. En observant assidûment lun
dentre eux, les autres se développent en toi.
La plus haute sagesse te trouvera delle-même.
Tant que tu nas pas dompté
léléphant sauvage de ton mental à
laide de ces nobles qualités, tu ne peux
progresser en direction du Suprême, même si tu
deviens un dieu, un demi-dieu, ou un arbre. Par
conséquent, ô Rama, efforce-toi coûte que
coûte de cultiver ces nobles qualités.
JOUR
33
VASISHTHA dit :
Un homme doté des qualités
énumérées jusquici est à
même découter ce que je
mapprête à révéler. Tu
remplis assurément les conditions requises, ô
Rama. Seul un être mûr pour la libération
souhaite entendre pareille chose. Mais cette
révélation est capable de conduire à la
libération même ceux qui nen
éprouvent point le désir, de la même
façon quune lumière a le pouvoir
déclairer aussi les yeux dune personne
endormie. Lorsquon comprend que la corde quon
prenait à tort pour un serpent nest quune
simple corde, toute peur sévanouit.
Semblablement, létude de cette sainte Ecriture
libère des tourments du samsara.
Ce texte sacré compte 32000 distiques. La
première partie intitulée Vairagya Prakaranam
traite du détachement et transmet la connaissance de
la véritable nature de la vie en ce monde.
Létude attentive de ces 1500 distiques purifie
le cur.
La partie suivante, Mumuksu Vyavahara Prakaranam, relative
au comportement dun être en quête de
libération, compte 1000 distiques qui
décrivent les capacités requises pour la
recherche spirituelle.
Ensuite on trouve Utpatti Prakaranam qui explique la
création en 7000 distiques. On peut y lire nombre
dhistoires édifiantes qui aident à
illustrer la grande Vérité que voici : du
fait de linteraction des conceptions erronées
de " ceci " et de " je ", lunivers
qui na jamais été créé
donne limpression dêtre.
Puis vient Sthiti Prakaranam, ensemble de 3000 distiques qui
traitent de lexistence. Cette partie est
également riche en histoires qui permettent de
révéler la vérité en ce qui
concerne lexistence de ce monde et son substrat.
Les 5000 distiques de lUpasanti Prakaranam traitent de
la cessation. En les écoutant, la perception
illusoire du monde prend fin pour ne laisser que des
vestiges dignorance.
Enfin arrive la partie consacrée à la
libération, Nirvana Prakaranam, qui compte 14500
distiques. Létude et la compréhension de
ce texte détruisent lignorance fondamentale et,
une fois dissipées les illusions et hallucinations de
toutes sortes, advient la liberté totale. Bien que
toujours vêtu dun corps physique, lhomme
vit alors comme sil en est délivré. Il
est libéré de tous les appétits et de
tous les désirs, de tout attachement et de toute
aversion. Il se trouve dégagé du samsara
[lhistoire répétitive]. Ici et
maintenant, le voilà libéré du
démon de légoïté. Il
sest uni à linfini.
JOUR
34
VASISHTHA poursuivit :
Qui sème la semence de la connaissance de cette
sainte Ecriture ne tarde pas à récolter les
fruits de la réalisation de la Vérité.
Il convient daccepter un exposé de la
Vérité, même dorigine humaine.
Sinon il faut tout rejeter, y compris ce qui est
considéré comme une révélation
divine. Même les paroles dun enfant doivent
être acceptées si ce sont des paroles de
sagesse. Si tel nest pas le cas, rejette-les comme on
rejette la balle du grain, même si elles sortent de la
bouche de Brahma le créateur.
Qui écoute et médite lexposé de
ce texte sacré acquiert une sagesse insondable, une
foi inébranlable et un sang-froid à toute
épreuve. Il ne tarde pas à devenir un sage
libéré à la gloire indescriptible.
Le sage qui jouit de la vision infinie voit
dinnombrables univers au sein de lunique
intelligence indivisée, car il a percé
à jour la magie de maya, lillusion cosmique. Il
voit linfini dans le moindre atome, et nest donc
pas attaché à la montée et à la
chute des idées de création. Voilà
pourquoi il se trouve toujours satisfait. Il ne rejette pas
ce qui est mis sur son chemin et quil na pas
recherché. Il ne court pas non plus après ce
qui lui a été enlevé, et ne le regrette
pas davantage.
Rehaussé de nombre dhistoires passionnantes, ce
texte ne pose pas de problème de
compréhension. Qui létudie et sen
pénètre na pas besoin de
sastreindre à des austérités, de
pratiquer la méditation ou de répéter
des mantras, car quest-ce qui dépasse la
libération quoctroie létude de
cette sainte Ecriture ?
Qui étudie ce texte et en saisit lenseignement
nest plus le jouet de lapparence du monde. Quand
on saperçoit que le serpent mortel qui se
trouve là-bas nest quun simulacre, on
nen a plus peur. Quand lapparence du monde est
envisagée en tant quapparence, elle ne produit
ni joie ni tristesse. Il est vraiment fort regrettable
qualors quun tel texte existe, les gens
recherchent les plaisirs des sens générateurs
de grandes souffrances.
O Rama, quand nous est exposée une
vérité dont nous navons pas fait
lexpérience personnelle, nous ne pouvons la
saisir que par le biais dexemples. Des exemples de ce
type ont été utilisés ici dans un but
précis et une intention bien
déterminée. Ils ne doivent pas être pris
littéralement, et leur portée ne doit pas
outrepasser lintention initiale. Quand le texte est
étudié de cette façon, le monde se
révèle être une vision imaginaire. En
vérité, cest pour nous en convaincre que
les exemples ont été choisis ; ils
nont pas dautre objet. Quaucun intellect
pervers ninterprète mal les exemples
proposés dans cette sainte Ecriture.
JOUR
35
VASISHTHA poursuivit :
Les paraboles nont quun but : permettre
à qui les entend daccéder à la
Vérité. La découverte de la
Vérité est si essentielle que toute
méthode raisonnable visant à y parvenir est
justifiée, bien que les paraboles elles-mêmes
puissent être imaginaires. Les paraboles ne sont
applicables quen partie à la
Vérité quelles sont chargées
dillustrer, et il convient de ne sattacher
quà cette partie et de ne pas tenir compte du
reste. Létude et la compréhension des
Ecritures au moyen dexemples et avec laide
dun instructeur compétent ne sont
nécessaires que tant quon na pas
réalisé la Vérité.
Je répète que cette étude doit se
poursuivre jusquà réalisation de la
Vérité. On ne devrait pas sarrêter
avant léveil complet. Une connaissance
partielle de cette sainte Ecriture entraîne une
confusion qui perturbe encore davantage. Ne pas
reconnaître lexistence de la paix suprême
dans le cur et admettre la réalité de
facteurs imaginaires représentent deux errements
imputables à une connaissance imparfaite et à
la logique tordue qui en résulte.
De même que locéan est le substrat de
toutes les vagues, seule lexpérience directe
est le fondement de toutes les preuves -
lexpérience directe de la Vérité
telle quelle est. Ce substrat est lintelligence
en état dexpérience qui devient
elle-même la personne qui vit
lexpérience, le fait de
lexpérience, et lexpérience
elle-même. Seule lexpérience en train de
saccomplir est le fait. Pourtant, dans un état
de non-compréhension, cette expérience
occupée à saccomplir donne
limpression davoir un sujet [la personne qui
fait lexpérience]. La sagesse née de
lesprit dinvestigation dissipe cette
non-compréhension et lintelligence
indivisée brille dans son propre éclat. A ce
stade, même lesprit dinvestigation devient
superflu et se dissout.
De même que le mouvement est inhérent à
lair, la manifestation [en tant quesprit
subtil qui perçoit et quobjets grossiers
perçus] est inhérente à cette
intelligence en état dexpérience. Et, du
fait de son ignorance, le mental qui perçoit pense
" je suis tel et tel objet " et, pour cette
raison, devient cela. Lobjet nest connu
quau sein du sujet qui en fait
lexpérience, pas ailleurs !
Rama, en attendant que cette sagesse éclose
directement en toi, remets-t-ten à la
connaissance transmise par les grands instructeurs. Quand tu
recevras cette connaissance des grands instructeurs, ton
comportement reflètera le leur ; et quand tu
grandiras ainsi dans leurs vertus, ta sagesse
sépanouira au-dedans de toi-même. La
sagesse et lémulation inspirée par le
noble comportement des saints senrichissent
mutuellement !
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