|
RAMAKRISHNA
Si vous désirez ardemment devenir bons et purs,
Dieu vous enverra le Sadguru, le vrai Instructeur. La
continuité de votre désir est la seule chose
nécessaire.
La connaissance pure et l'amour pur sont exactement
similaires. La connaissance [jnana] mène au
but, qui est aussi atteint par l'adoration
[bhakti].
Tant que l'expansion céleste de notre cur est
troublée par le souffle du désir, il y a peu
de chance que nous puissions y voir le reflet de Dieu. La
vision du Seigneur ne s'élève que dans une
âme calme et dans l'extase divine.
L'argent ne peut que vous procurer du pain. Ne le
considérez donc pas comme votre seul but.
Pour les advaitistes, l'Absolu est la seule
Réalité. l'univers [jagat] est
irréel [mithya] lorsqu'on le considère
du point de vue de l'Absolu. Pour l'Absolu ou
Indifférencié, l'univers, l'homme et les
autres créatures [jivas] sont irréels,
car la seule Réalité est l'Absolu.
Les âmes engluées dans le monde ne peuvent
s'élever jusqu'à Dieu - elles restent captives
de la "femme et l'or", même si ces choses ne leur
apportent que des humiliations.
Quand l'attachement à "la femme et l'or" est
effacé de l'esprit, que reste-t-il dans l'âme ?
uniquement le bonheur de la Réalité.
Lorsqu'un éléphant est lâché en
liberté, il déracine les buissons et les
arbres, mais si son cornac le frappe sur la tête avec
un aiguillon, il se calme aussitôt. Ainsi l'esprit non
discipliné vagabonde à travers une abondance
de pensées inutiles, mais il se calme dès
qu'il est frappé par l'aiguillon du vrai
discernement.
Le réel est l'éternel, c'est-à-dire
Dieu. L'irréel, c'est ce qui est évanescent.
Il faut discriminer entre les deux lorsque le mental se met
à la poursuite de choses
éphémères. Lorsque
l'éléphant tend sa trompe vers des bananiers
qui n'appartiennent pas à son Maître, le cornac
lui donne un coup d'aiguillon.
H. W.
L.
POONJA
Penser advient quand tu veux devenir quelque chose.
Alors, il faut que tu penses. Mais, pour ne rien devenir,
que dois-tu faire ? Demeure tel que tu es !
La liberté est toujours ici, c'est la sainteté
qui manque. Que vas-tu pouvoir offrir au Suprême, si
tu as voué ton Cur à quelque chose
d'autre ? On n'offre à Dieu qu'une fleur qu'aucun nez
n'a humée, Seul est indispensable l'amour pour le
Soi.
Sois humble et consacré au Soi.
Le dévot, l'authentique dévot, Est le
Cur du Divin.
Quand ton ébriété dépend de
quelqu'un d'autre, tu triches avec toi-même, tu te
trompes toi-même. Aucune bonne ivresse ne viendra
jamais d'une source autre que ton Soi. Nul ne te donnera le
bonheur, personne ne t'accordera la paix. Découvre
cela par toi-même. Seul un esprit troublé
estimera pouvoir trouver le bonheur ailleurs. Cet amour et
cette beauté verront le jour si tu demeures en paix
dans cet instant unique. Alors il te sera donné
d'avoir accès à Tout.
Vichar devrait continuer chaque instant de ta vie,
naturellement, comme tu respires, jusqu'à ton dernier
souffle. Comme dit mon Maître : " Recherche qui
tu es dedans, jusqu'à ce qu'il ne reste plus personne
pour chercher. "
Demande-toi : " Qui suis-je ? " Patiemment, sagement,
sincèrement, interroge-toi, pure Conscience,
tournée au-dedans. Une fois face à face avec
le Soi, il ne te reste plus qu'à demeurer
silencieux.
Cette quiétude n'est pas le fruit du mental, elle ne
remue même pas la pensée-je. Cette
tranquillité est le repos, la prière
exaucée qui veut que la paix règne, Elle est
la demeure éternelle.
AMMA
Si Amma dit " Je suis parfaite ", alors le " je " est
là. Dans l'état de perfection, le sentiment du
" je " a totalement disparu. Il n'y a pas que ça. Le
sens de l'ego est toujours implicite dans de telles
affirmations. Les Mahatmas montrent l'exemple au monde
à travers l'humilité et le service
désintéressé dans l'espoir que d'autres
les suivront. C'est pourquoi Mère ne désire
pas dire de telles choses. Après tout, cela
dépend entièrement de la foi des enfants.
Lorsque nous nettoyons une pièce, nous n'enlevons au
début que la poussière superficielle. la
pièce semblera propre en apparence, mais si nous
frottons plus fort, nous verrons partir toute la crasse.
Lorsque nous faisons notre sadhana, les vasanas endormis
jusque là se réveillent. mais c'est seulement
pour être épuisés. Ils ne sont tous que
des illusions toujours changeantes.
Le but de la spiritualité est le
désintéressement total. Toutes les pratiques
ne servent qu'à cela. Quelle que soit la sadhana,
quel que soit le chemin que tu suis, tu ne peux faire aucun
progrès sur le plan spirituel si tu gardes dans le
mental une trace d'egocentrisme. On ne peut dire qu'un
chemin soit meilleur que l'autre. Le chemin sera prescrit en
fonction de la qualification de l'élève.
Mes enfants, sans effort, il est impossible de
réussir quoi que ce soit. Rester assis sans faire
aucun effort en déclarant que Dieu s'occupera de
tout, c'est de la pure paresse. De tels gens disent que Dieu
s'occupera de tout sans pourtant s'abandonner
complètement à Lui. Quand il faut travailler,
ils disent que Dieu prendra soin de tout. Mais dès
qu'ils ont faim, ils font l'effort de se remplir le ventre,
même si cela implique qu'ils volent pour obtenir de la
nourriture. Ils n'attendent pas patiemment que Dieu leur
apporte à manger ! Quand il s'agit de la faim et
d'autres questions personnelles, leur abandon à Dieu
se réduit à des paroles creuses.
KABIR
Mon mental a cessé de battre le tambour :
Je ne danserai plus à son rythme endiablé
!
Luxure, colère, erreur : j'ai tout jeté au
feu,
Et j'ai brisé le vase de la cupidité !
La robe du désir est maintenant usée,
Et l'illusion s'est dissipée !
J'ai reconnu l'Un dans toutes les créatures :
Finies les polémiques et les joutes oratoires !
Dit Kabir : par la grâce de Ram,
Je l'ai trouvé, Lui, le Suprême !
Même en offrant de l'or, on ne peut gagner Ram :
On ne peut Le gagner qu'au prix de son cur !
Maintenant que Ram est mien
Mon cur a retrouvé la paix !
Malgré le flot de sa parole,
Brahma ne put découvrir Ses limites !
Ram a Sa demeure chez le dévot
Qui reste assis en paix !
Je me suis libéré de mon mental instable,
Dit Kabir, pour me mettre au seul service de Ram !
NISARGADATTA
MAHARAJ
Si le monde était réel, il pourrait exister un
moyen, une sorte de traitement [pour atteindre la
béatitude], mais le monde étant
irréel, tout ce que vous pourrez faire ne servirait
à rien. Malgré tous vos efforts vous ne
distinguez qu'un chaos généralisé et
vous ne pouvez pas l'arrêter car il est dans un
continuel état de flux. Cet ensemble n'est pas
réel. Après avoir écouté ces
entretiens avez-vous acquis et mis en réserve un
nouveau savoir ou au contraire celui que vous
possédiez s'est-il dissous ?
La vraie connaissance, la Réalisation, ne peut se
produire que lorsque tous les concepts possibles ont
été abandonnés et elle ne peut venir
que de l'intérieur de vous.
Je ressens les choses de la vie tout comme vous. La
différence se trouve dans ce que je ne ressens pas.
Je n'éprouve ni peur ni envie, ni haine ni
colère, je ne demande rien, je ne refuse rien, je ne
conserve rien. Sur ces questions je ne transige pas.
Peut-être est-ce la différence la plus
marquante qu'il y ait entre nous. Je n'accepte pas de
compromission, je suis sincère avec moi-même,
alors que vous avez peur de la Réalité.
Ce qui est important, ce n'est pas ce que vous faites, mais
ce que vous cessez de faire. Les gens qui entament leur
sadhana sont tellement fiévreux et agités
qu'il faut les tenir très occupés pour les
maintenir dans la voie. Une routine absorbante leur est
excellente. Avec le temps, ils se calment et abandonnent
l'effort. La peau du " je " se dissout dans la paix et le
silence et l'intérieur et l'extérieur
deviennent un. Il n'y a pas d'effort dans la vraie
sadhana.
Au lieu d'attendre une réponse à votre
question, cherchez plutôt qui pose la question, et ce
qui l'incite à la poser. Très vite vous
découvrirez que c'est le mental aiguillonné
par la crainte de la douleur qui pose la question. Et dans
la peur vous trouvez la mémoire et l'anticipation, le
passé et l'avenir. L'attention vous ramène
dans le présent, le maintenant, et la présence
dans le maintenant est un état qui est toujours
à portée de la main mais que l'on remarque
rarement.
Avec un bon Maître, le disciple apprend à
apprendre, et non à se rappeler et à
obéir. Satsang, la compagnie des sages, ne forme pas,
elle libère. Méfiez-vous de tout ce qui vous
rend dépendant. La plupart de ces prétendus "
abandons au Guru " se terminent dans le
désappointement, sinon dans la tragédie.
Heureusement, le chercheur sérieux se dégage
à temps, rendu plus sage par son
expérience.
La réalisation, c'est réaliser le fait que
vous n'êtes pas une personne. Ce ne peut donc pas
être le devoir de la personne dont la destinée
est de disparaître. La destinée est le devoir
de celui qui s'imagine être une personne.
Découvrez qui il est et la personne imaginée
se dissoudra. La liberté est toujours de quelque
chose. De quoi serez-vous libéré ? Il est
clair qu'il faut que vous vous libériez de la
personne que vous prenez pour vous car c'est l'idée
que vous avez de vous-même qui vous retient dans les
liens.
Si vous connaissez ce que vous enseignez, vous pouvez
enseigner ce que vous connaissez. Ici, la vision et
l'enseignement ne font qu'un. Mais la Réalité
absolue est au-delà des deux. Le Guru qui s'arroge ce
titre parle de maturation et d'effort, de mérite et
d'accomplissement, de destinée et de grâce ; ce
ne sont que les formations et les projections mentales d'un
esprit intoxiqué. Au lieu d'aide, ce sont des
empêchements.
Ne faites confiance à personne jusqu'à ce que
vous soyez convaincu. Le vrai Guru ne vous humiliera jamais,
pas plus qu'il ne vous détachera de vous-même.
Il vous ramènera constamment à votre
perfection inhérente et il vous encouragera à
chercher en vous, à l'intérieur. Il sait que
vous n'avez besoin de rien, pas même de lui, et il ne
se fatigue jamais de vous le rappeler. Mais celui qui s'est
lui-même instigué Guru s'intéresse plus
à lui qu'à ses disciples.
Dans la vie, on ne peut rien obtenir sans surmonter des
obstacles. Les obstacles qui s'opposent à une claire
perception de son être véritable sont le
désir du plaisir et la peur de la souffrance.
L'obstacle, c'est la motivation plaisir-douleur.
L'état naturel est l'état où nous
sommes libérés de toute motivation, où
aucun désir ne se manifeste.
[Dieu vient dans une forme] en accord avec vos
espérances. S'il vous arrive d'être malheureux
et que quelque âme sainte vous donne un mantra pour
vous porter chance, et que vous le répétiez
avec foi et dévotion, votre chance tournera presque
certainement. Une foi solide est plus forte que le destin.
La destinée n'est que le résultat de causes,
accidentelles pour la plupart ; elle n'est donc
tissée que d'une manière très
lâche. La confiance et une espérance juste la
surmonteront aisément.
Je ne vous demande pas de cesser d'être, cela, vous ne
le pouvez pas. je vous demande simplement d'arrêter
d'imaginer que vous êtes né, que vous avec eu
des parents, que vous êtes un corps, que vous mourrez,
etc. Essayez, faites un pas. Ce n'est pas si difficile que
vous le croyez.
Renoncez à toutes les questions sauf une : " Qui
suis-je? " Après tout, le seul fait dont vous soyez
sûr c'est d'être. Le " je suis " est une
certitude, le " je suis ceci " n'en est pas une. Luttez pour
trouver ce que vous êtes réellement.
UPANISHADS
En vérité ce n'est pas le mari que la femme
aime,
mais le soi qui est en lui.
En vérité ce n'est pas l'épouse que
l'époux aime,
mais le soi qui est elle.
-
Brihadaranyaka Upanishad, II, 4-5.
Le Soi qui connaît n'est jamais né [pas
plus l'homme libéré !] et ne meurt
à aucun moment. De rien, il est issu et rien n'est
issu de lui. Antérieur à toute chose, il n'est
pas détruit lorsque le corps est détruit. Plus
infime que l'infiniement petit, plus immense que
l'infiniement grand, le Soi est enchâssé dans
le cur de chaque créature. L'homme libre de
désirs et de luttes le contemple, lorsque ses sens et
son mental sont pacifiés ; il est alors
libéré de tout chagrin.
- Katha Upanishad, I, 2-20.
Le Soi est Dieu : si l'âme incorporée
[jiva], surestimant le corps et les autres qui n'ont
pas la nature deu Soi, leur prête la nature du Soi,
cette surestimation est le lien du Soi. La faire cesser est
la délivrance. Celle qui cause cette surestimation
est l'ignorance. Celle qui fait cesser cette surestimation
est la science.
- Sarvasaropanishad
Connu à l'arrière-plan de chaque
pensée, Il est réalisé,
car on atteint [ainsi] l'Immortalité.
Puisque par le Soi on atteint la vigueur,
par Sa connaissance on atteint l'Immortalité."
- Kenopanishad, II, 4.
ADI
SHANKARACHARYA
Dû à l'illusion, le monde apparaît
faussement dans le Soi
dont la nature est vérité, connaissance et
félicité.
Tel un rêve dû à l'illusion du sommeil,
il n'est pas réel.
Pur, plein, éternel et unique, je suis la
Réalité.
Je n'ai ni naissance ni croissance ni mort.
Toutes ces caractéristiques de la nature sont dites
pour le corps.
La condition d'agent en premier n'est pas à mon soi
de
pure Conscience, mais seulement à l'ego. Je suis la
Réalité.
A part mon Soi, rien d'autre ici n'existe.
En vérité, le monde extérieur est un
objet produit par illusion,
Comparable à une image dans un miroir.
Il apparaît en moi qui suis la Non-dualité. Je
suis donc la Réalité.
Il n'y a ni précepteur ni précepte, ni
disciple ni acte d'enseigner, ni toi ni moi ni ce monde. La
connaissance de sa propre nature exclut le doute. Je suis
donc unique, ultime, propice et pur.
De plus, puisque le Soi est tout pénétrant,
qu'il est appelé le Bien suprême, qu'il est Sa
propre preuve et qu'il n'a d'autre substrat que
Lui-même, tout l'univers différent de Lui est
irréel. Je suis donc unique, ultime, propice et
pur.
L'élan vers la délivrance est le désir
fervent qui pousse l'aspirant à s'affranchir, en
réalisant sa véritable nature, de toutes les
formes de servitude, depuis celle du sentiment du moi
jusqu'à celle du corps grossier, car, de la
première à la dernière, elles ne sont
que des surimpositions de l'ignorance.
Entre tous les moyens qui concourent à la
libération, c'est à la dévotion que
revient la place d'honneur. L'effort auquel se livre
l'aspirant pour réaliser sa propre et
véritable nature, nous lui donnons le nom de "
dévotion " .
Quiconque s'efforce de réaliser le Soi et, tout
à la fois, accorde à ce corps grossier une
attention excessive, agit comme cet insensé, qui pour
traverser une rivière, croit prendre appui sur un
tronc d'arbre, alors qu'il serre un crocodile entre ses bras
!
Ce corps physique, composé de peau, de chair, de
sang, d'artères, de veines, de graisse, de moelle et
d'os, Doit être l'objet de ton mépris !
N'est-il pas, au surplus, rempli de substances
vénéneuses ?
Celui qui observe tout le spectacle, mais que nul spectateur
n'a jamais observé ; celui qui illumine tous les
objets, y compris l'intellect, mais qu'aucun d'eux ne
saurait illuminer - c'est l'Absolu] !
Pour s'affranchir de toute sujétion, l'homme sage
doit discerner le Soi et le non-Soi ; c'est par la
discrimination seule qu'il connaîtra son propre Soi en
tant que "sat - chit - ananda", et qu'il goûtera le
vrai bonheur.
Certes, il est à jamais libéré celui
qui - aussi aisément que s'il avait à
séparer une tige de graminée de sa graine
enveloppante - sait discriminer les objets des sens et le
Soi - Ce Soi qui est toujours présent dans la caverne
du cur - Ce Soi absolument inconditionné - Ce
Soi qui n'agit pas. La discrimination faite, l'aspirant peut
immerger en ce Soi tous les objets de l'Univers. Et
s'établir à demeure en l'état de
parfaite identification avec "Cela".
L'identification dont tu es actuellement victime, a pour
siège le corps physique. Transfère cette
identification au Soi lequel est " sat-chit-ananda ".
Abstiens-toi également de t'identifier avec le corps
subtil : sois jaloux de ta solitude, jaloux de ton
indépendance !
Quand les désirs égoïstes foisonnent, les
actes se multiplient, et, si l'activité
intéressée s'intensifie, le désir se
trouve encore renforcé. la transmigration est ainsi
pour l'homme une servitude éternelle.
Lorsqu'on s'abstient d'actes inspirés par le
sentiment du moi, on ne s'échauffe plus pour les
objets des sens, et la destruction des désirs
s'ensuit tout naturellement. Or, la destruction des
désirs n'est pas autre chose que la délivrance
; voilà ce qu'on appelle la libération en ce
corps de chair [jivanmukti].
Lorsqu'un disciple, si réfléchi qu'il soit,
conserve à son insu quelque désir pour un
objet des sens, il paie cher son inadvertance ; les
mauvaises propensions de la buddhi lui infligent
d'interminables tourments : le souvenir d'une femme
passionnément aimée hante sans trêve la
mémoire de l'amant solitaire.
Maîtriser ce pouvoir de projection avant que le
pouvoir d'obnubilation ait été réduit
à l'impuissance, C'est une tâche ardue, mais le
recouvrement qui masque le Soi, se dissipe de
lui-même, Dès que l'aspirant est capable de
distinguer le Sujet des objets, aussi aisément que le
lait de l'eau. La victoire n'est toutefois, sans appel - les
obstacles ne sont définitivement surmontés,
qu'au moment où les objets irréels du monde
extérieur ne font plus naître dans le mental la
plus légère oscillation.
La discrimination parfaite qu'amène la
réalisation personnelle permet de reconnaître
instantanément la véritable nature du Sujet et
celle de l'objet, Et de secouer le joug de l'illusion
créée par maya [la création].
L'existence phénoménale prend fin quand ce
joug est brisé.
C'est parce qu'il est inébranlablement établi
en la Réalité que cet homme, dans un
élan suprême, Sacrifie tout attachement
extérieur pour les objets des sens et tout
attachement intérieur pour le sens du moi.
Les objets des sens sont de dangereux poisons ; repousse
tout désir qui te porterait vers eux ! Vois en un tel
désir l'image même de la mort ! Rejette tout
orgueil que la caste, la lignée ou le stade
d'existence pourraient encore t'inspirer ! Tiens-toi
à bonne distance de l'action ! Cesse de t'identifier
avec ces choses irréelles : le corps, le mental,
etc..., et dirige toutes tes pensées vers le Soi. En
vérité, tu es l'indestructible Témoin ;
tu es la Réalité, libre à jamais de la
servitude du mental ; tu est l'Un sans second ; tu es,
Toi-même, le Suprême.
La délivrance consiste - non pas à abandonner
le corps grossier comme le sannyasin itinérant
abandonne son bâton ou son écuelle - mais
à extirper de soi tout attachement, car l'attachement
et l'ignorance ne font qu'un.
YOGA
VASISHTHA
Vasishtha : Les dieux, les Siddhas, les
délivrés-vivants ne sont pas soumis, dans leur
conduite, aux règles forgées de toutes
pièces par l'esprit des ignorants. ceux-ci, parce que
leur esprit est divisé contre lui-même, ne
peuvent se dispenser de contraintes extérieures. Sans
elles, ils iraient à leurs perte, comme les poissons
qui se dévorent les uns les autres. Mais, ceux qui
possèdent la Connaissance ne se laissent pas
subjuguer par les objets de leur désir ou de leur
aversion. Libres de toute imprégnation mentale, ils
sont éveillés et maîtres de leurs sens.
Ils s'acquittent toujours des tâches que le sort
dépose entre leurs mains mais ils n'entreprennent
jamais rien de leur propre initiative et ne succombent
jamais à aucune espèce de passion.
Vasishtha : De même que l'agitation des vagues part de
l'océan lui-même, de même le monde se
présente constamment à nous comme favorable ou
hostile en fonction de nos désirs latents
intérieurs ; eux seuls constituent la maladie dont
nous avons à guérir.
TRIPURARAHASYA
Tu n'es pas ton corps mais le possesseur de ton corps. Ne
dis-tu pas toi-même " mon corps ", comme tu dis " mon
vêtement " ? Comment peux-tu donc t'identifier
à ton corps ? Or, si tu es distinct de ton corps,
comment peux-tu, par lui, entrer en relation avec le corps
d'autrui ? Entretiens-tu une relation quelconque avec les
vêtements portés par ton frère, etc. ?
Comme il en va de même pour leur corps, que signifient
ces pleurs devant la destruction de ces corps ? Dis-moi
plutôt quelle est cette essence de ton être qui
s'exprime à travers des jugements comme " mon corps
", " mes sens ", " mon souffle ", " mon esprit " ?
De même qu'un miroir, bien qu'unique, semble devenir
multiple de par la variété des objets qui se
reflètent en lui, de même la conscience pure,
bien qu'unique, paraît se revêtir de
diversité. Considère que dans les rêves
l'esprit assume à lui tout seul les trois aspects de
voyant, de vision et de chose vue. de la même
façon, la pure conscience se manifeste sous une
multiplicité d'aspects.
|