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ANNAMALAI
SWAMI
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SEUL
LE
SOI
EST
RÉEL
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"
Demeurez comme le ciel et laissez les pensées-nuages
aller et venir. "
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uestion
: Quel est le moyen le plus facile de se
libérer du 'petit soi'?
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Annamalai
Swami : Cessez de vous prendre pour lui. Si
vous pouvez vous convaincre : " Ce 'petit soi'
n'est pas vraiment moi ", il va tout simplement
disparaître.
Question : Mais comment s'y prendre ?
Annamalai Swami : Le 'petit soi' est quelque
chose qui ne fait que paraître réel.
Si vous comprenez qu'il n'a pas de véritable
existence, il va disparaître, laissant
derrière lui l'expérience du Soi
réal et unique. Comprenez qu'il na pas de
véritable existence et il cessera de vous
tourmenter.
La conscience est universelle. Il n'y a ni
limitations ni 'petit soi' en elle. C'est seulement
quand nous nous prenons pour le corps et le mental
que nous nous limitons à eux, que le faux
soi nait. Si, au moyen de l'investigation, on
remonte à la source de ce 'petit moi', on
constate qu'il s'évanouit dans le
néant.
Question : Mais je suis tellement
habitué à penser : " Je suis ce
'petit soi' ". Je ne peux pas perdre cette habitude
par le simple fait de penser : " Je ne suis pas ce
'petit soi' ".
Annamalai Swami : Ce 'petit soi' ne va
céder la place au Soi réel que si
vous méditez constamment. Vous ne pouvez pas
vous débarrasser de lui par quelques penses
isolées. Essayez de vous souvenir de
l'analogie de la corde qui passe pour un serpent
à la lueur du crépuscule. Si vous
prenez la corde pour un serpent, la nature
réelle de la corde se dérobe à
vous. Pour peu, que vous voyiez la corde, il n'y a
plus de serpent. Et ce n'est pas tout : vous savez
aussi qu'il y a jamais au de serpent à cet
endroit. Une fois que vous avez la claire et juste
perception que jamais, à aucun moment, le
serpent n'a existé, la question de savoir
comment le tuer ne se pose plus. Appliquez cette
analogie au 'petit soi' qui vous tracasse. Si vous
comprenez que jamais, à aucun moment, il n'a
existé en dehors de votre imagination, vous
ne vous inquièterez plus des moyens de vous
en débarrasser.
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Question
: Tout cela est très clair mais je sens
que j'ai besoin d'aide. Je ne suis pas sûr de
pouvoir développer cette connaissance par
moi-même.
Annamalai Swami : Le désir
d'être aidé fait partie de votre
problème. Ne faites pas l'erreur d'imaginer
qu'il y a un but à atteindre ou un objectif
à réaliser. Si vous pensez ainsi,
vous allez commencer à chercher des
méthodes à pratiquer et des gens pour
vous aider. Ceci ne fait que perpétuer le
problème que vous essayez de solutionner. Au
lieu de cela, cultivez plutôt la ferme
conscience : " Je suis le Soi. Je suis Cela. Je
suis Brahman [la réalité absolue
impersonnelle]. Je suis tout. " Vous n'avez pas
besoin de méthodes pour vous
débarrasser des fausses idées que
vous avez de vous-même. Tout ce que vous avez
à faire, c'est d'arrêter d'y croire.
Le meilleur moyen de le faire, c'est de les
remplacer par des idées qui reflètent
plus adéquatement les choses telles qu'elles
sont. Si vous pensez et méditer : " Je suis
le Soi ", cela vous fera beaucoup plus de bien que
de penser : " Je suis le 'petit soi'. Comment
puis-je me débarrasser de ce 'petit soi' ?
"
Le Soi est toujours atteint, il est toujours
réalisé ; ce n'est pas quelque chose
que vous devez chercher, atteindre ou
découvrir. Vous vasanas [habitudes et
tendances mentales] et toutes les fausses
idées que vous avez de vous-même
obstruent et cachent l'expérience du Soi
réel. Si vous ne vous identifiez aux ides
erronés, votre nature de Soi ne se
dérobera pas à vous.
Vous dites avoir besoin d'aide. Si votre
désir d'arriver à une juste
compréhension de votre nature réelle
est assez intense, l'aide viendra automatiquement.
Si vous voulez devenir conscient de votre nature
réelle, vous serez incommensurablement
aidé par le contact avec un jnani [un
être réalisé]. Le pouvoir
et la grâce qui irradient d'un jnani,
apaisent le mental et éliminent les fausses
idées que vous avez sur vous-même.
Vous pouvez progresser en ayant le satsang
[fréquentation] d'un Guru
réalisé et par la pratique
spirituelle constante. Le Guru ne peut pas tout
faire pour vous. Si vous voulez vous défaire
des habitudes limitantes, accumulées pendant
plusieurs vies, vous devez pratiquer
constamment.
La plupart des gens prennent l'apparence du serpent
dans la corde pour la réalité.
Agissant sur la base de leur perception
erronée, ils imaginent toutes sortes de
moyens de tuer le serpent. Il leur est totalement
impossible de se débarrasse du serpent tant
qu'ils n'ont pas abandonné l'idée
qu'il y a un serpent. Les gens qui veulent tuer ou
contrôler le mental ont le même
problème : ils imaginent qu'il y a un mental
à contrôler et prennent des mesures
drastiques pour le contraindre à se
soumettre. Si, au lieu de cela, ils
développaient la compréhension qu'il
n'y a rien de tel que le mental, tous leurs
problèmes seraient résolus. Vous
devez arriver à la conviction : " Je suis la
conscience omniprésente dans laquelle toutes
les formes corporelles et psychiques du monde
apparaissent et disparaissent. Je suis cette
conscience qui demeure inchangé et
inaffectée par ces apparitions et
disparitions. " Stabilisez-vous dans cette
conviction. C'est tout ce que vous avez à
faire.
Bhagavan [Ramana Maharshi] raconta une fois
l'histoire d'un homme qui voulait enterrer sa
propre ombre dans un trou profond. Il creusa le
trou et se plaça de telle façon que
son ombre soit au fond du trou. Il essaya ensuite
de la recouvrir de terre. Chaque fois qu'il jetait
de la terre dans le trou, l'ombre
réapparaissant à la surface. Bien
sûr, il ne parvint jamais à enterrer
son ombre. Beaucoup de gens se comportent de la
même manière quand ils
méditent. Ils considèrent leur mental
comme réel, essayent de le combattre et de
le tuer et échouent toujours. Tous les
combats contre le mental sont des activités
mentales qui le renforcent au lieu de l'affaiblir.
Si vous voulez vous débarrasser du mental,
tout ce que vous avez à faire, c'est de
comprendre qu'il n'est " pas moi ". Cultivez cette
compréhension : " Je suis la conscience
immanente ". Quand cette compréhension sera
devenue stable, le mental inexistant aura fini de
vous tourmenter.
Question : Je ne pense pas que la
répétition : " Je ne suis pas le
mental, je suis conscience ", puisse jamais me
convaincre que je ne suis pas le mental. Ce ne sera
qu'une pensée de plus, tournant sans fin
dans ma tête. Si je pouvais
expérimenter, fût-ce un instant,
à quoi cela ressemble d'être
dépourvu du mental, la conviction me
viendrait automatiquement. Je pense qu'une seule
seconde d'expérience de la conscience telle
qu'elle est serait beaucoup plus convaincante que
plusieurs années de
répétitions mentales.
Annamalai Swami : Chaque fois que vous vous
endormez, vous avez l'expérience
d'être sans le mental. Vous ne pouvez pas
nier que vous exister pendant que vous dormez et
vous ne pouvez pas nier que votre mental ne
fonctionne pas pendant que vous êtes dans le
sommeil sans rêve. Cette expériences
quotidienne devrait vous convaincre qu'il vous est
possible de poursuivre votre existence sans mental.
Bien sûr, vous n'avez pas la pleine
expérience de la conscience pendant que vous
êtes endormi, mais si vous
réfléchissez à ce qui se passe
dans cet état, vous en viendrez à
comprendre que votre existence, la
continuité de votre être, n'est pas du
tout dépendante de votre mental ou de votre
identification à lui. Quand le mental
réapparaît chaque matin, vous concluez
hâtivement : " C'est le moi véritable
". Réfléchissez quelque temps
à cette proposition : vous verrez combien
elle est absurde. Si ce que vous êtes
réellement n'existe que quand le mental est
présent, vous devez admettre que vous
n'existiez pas pendant que vous êtes endormi.
Personne ne saurait accepter une conclusion aussi
absurde. Si vous analysez les états dans
lesquels vous vous trouvez alternativement, vous
découvrirez que votre expérience
directe est que vous existez aussi bien quand vous
dormez que quand vous êtes
éveillé. Vous découvriez que
le mental ne devient actif que lorsque vous
êtes éveillé ou en train de
rêver. À partir de ces simples
expériences quotidiennes, il devrait
être facile de comprendre que le mental est
quelque chose qui va et vient. Votre existence ne
s'efface pas chaque fois que le mental cesse de
fonctionner. Je ne vous parle pas d'une
théorie philosophique ; je vous parle de
quelque chose que vous pouvez vérifier par
expérience directe durant chaque
période de vingt-quatre heures de votre
vie.
Prenez ces faits, que vous pouvez découvrir
en les expérimentant directement, et
examinez-les d'un peu plus près. Quand le
mental apparaît chaque matin, ne concluez pas
aussi hâtivement que d'habitude : " C'est moi
; ces pensées sont les miennes. " En lieu et
place, regardez ces pensées aller et venir
sans vous identifier à elles d'une
quelconque façon. Si vous pouvez
résister à l'impulsion de revendiquer
chaque pensée comme vôtre, vous
arriverez à une conclusion renversante :
vous découvrirez que vous êtes la
conscience dans laquelle les pensées
apparaissent et disparaissent. Vous
découvrirez que cette chose que l'on appelle
mental n'existe que quand on laisse libre cours aux
pensées. Comme le serpent qui apparaît
dans la corde, vous découvrirez que le
mental n'est qu'une illusion qui apparaît
ç cause de l'ignorance ou d'une perception
erronée.
Vous voulez une expérience qui vous
convainque que ce que je dis est vrai. Vous pouvez
avoir cette expérience si vous renoncez
à votre sempiternelle habitude d'inventer un
" Je " qui scient de vous-même en tant que
conscience seule, regardez les pensées aller
et venir. Venez-en à la conclusion, par
expérience directe, que vous êtes
réellement la conscience elle-même et
non ses contenus
éphémères.
Les nuages vont et viennent dans le ciel, mais
l'apparition et la disparition des nuages
n'affectent pas le ciel. Votre nature réelle
est comme le ciel, comme l'espace. Demeurez comme
le ciel et laissez les pensées-nuages aller
et venir. Si vous cultivez cette attitude
d'indifférence envers le mental,
graduellement, vous cesserez de vous identifier
à lui.
Question : Au début de ma sadhana
[pratique spirituelle], tout allait pour le
mieux. Il y avait beaucoup de paix et de bonheur et
jnana [connaissance véritable]
paraissait très proche. Mais maintenant, il
n'y a plus guère de paix, seulement des
obstacles et des empêchements.
Annamalai Swami : Chaque fois que les
obstacles surgissent sur le chemin, pensez-y comme
n'étant " pas moi ". Cultivez cette attitude
que le vous " réel est hors d'atteinte des
ennuis et des obstacles. Il n'y a pas d'obstacles
pour le Soi. Si vous arrivez vous souvenir que vous
êtes toujours le Soi, qu'importent les
obstacles.
Un des alvars [un groupe de saints
vaishnavites] constata une fois que si l'on ne
s'adonne à aucune pratique spirituelle, le
mental n'est pas vécu comme un
problème. Il dit que c'est seulement lorsque
l'on commence à faire de la
méditation que l'on prend conscience des
diverses façons qu'a le mental de nous
créer des problèmes. C'est
parfaitement vrai. Mais on ne devrait pas
s'inquiéter des obstacles ni les craindre.
On devrait simplement les regarder comme
n'étant " pas miens ". Ils ne peuvent vous
créer des ennuis que dans la mesure
où vous pensez que ce sont vos
problèmes.
Les vasanas qui se dressent devant vous peuvent
revêtir l'apparence d'une grande montagne qui
vous empêche d'aller de l'avant. Ne vous
laissez pas intimider par sa dimension. Ce n'est
pas une montagne de roche, c'est une montagne de
camphre. Si vous en allumez un coin avec la flamme
de l'attention discriminante, elle sera
réduite à néant.
Tenez-vous en arrière de la montagne de
problèmes, refusez de les reconnaître
comme vôtres, et ils vont se dissoudre et
disparaître sous vos yeux.
Ne vous laissez pas induire en erreur par vos
pensées et vos vasanas. Elles essayent
toujours par ruse de vous amener à croire
que vous êtes une personne réelle, que
le monde est réel, et que tous vos
problèmes sont réels. Ne les
combattez pas : ignorez-les, tout simplement.
N'accusez pas réception de toutes les
fausses ides qui continuent de vous venir.
Etablissez-vous dans la conviction que vous
êtes le Soi et que rien ne peut se coller
à vous ni vous affecter. Une fois que vous
aurez cette conviction, vous découvrirez que
vois ignorez automatiquement les habitudes du
mental. Quand le rejet des activités du
mental deviendra continuel et automatique, vous
commencerez à avoir l'expérience du
Soi.
Si vous voyez deux étrangers se quereller au
loin, vous ne leur accordez guère
d'attention parce que vous savez que cette dispute
ne vous concerne pas. Traitez les contenus de votre
mental de la même manière. Au lieu de
remplir votre mental de penses, puis d'organiser
des combats entre elles, n'accordez aucune
attention au mental. Restez tranquillement dans le
sentiment " Je suis ", qui est conscience, cultivez
l'attitude que toutes les penses, toutes les
perceptions ne sont " pas moi ". Quand vous aurez
appris regarder votre mental comme un
étranger éloigné, vous
n'accordez plus d'attention à tous les
obstacles qu'il ne cesse d'inventer pour vous.
Les problèmes mentaux se nourrissent de
l'attention qu'on leur accorde. Plus vous vous
tourmentez à leur sujet, plus ils prennent
de force. Si vous les ignorez, ils perdent leur
pouvoir et finissent par disparaître.
Question : Je pense et je crois toujours
qu'il n'y a que le Soi mais, sans que je comprenne
bien pourquoi, il reste encore le sentiment que je
veux ou que j'ai besoin de quelque chose de
plus.
Annamalai Swami : Qui est-ce qui veut ? Si
vous arrivez à trouver la réponse
cette question, il n'y aura plus personne pour
vouloir quoi que ce soit.
Question : Les enfants naissent sans ego.
Comment leur ego apparaît et recouvre-t-il le
Soi quand il commence à grandir ?
Annamalai Swami : Un jeune enfant peut
sembler n'avoir pas d'ego mais son ego et toutes
les vasanas latentes qui l'accompagnent sont
là en germe. Quand le corps de l'enfant
grandit, l'ego grandit aussi. L'ego est produit par
le pouvoir de maya [illusion], qui est
l'une des shaktis [pouvoirs] du Soi.
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Question
: Comment maya opère-t-elle ? Comment
prend-elle naissance ? Puisque rien n'existe hormis
le Soi, comment le Soi réussit-t-il à
se cacher à lui-même sa propre nature
?
Annamalai Swami : Le soi, qui est pouvoir
infini et la source de toute pouvoir, est
indivisible. Cependant, au sein du Soi indivisible,
il y a cinq shaktis ou pouvoirs, avec des fonctions
différentes, qui opèrent
simultanément. Les cinq shaktis sont le
pouvoir de création, le pouvoir de
préservation, le pouvoir de destruction, le
pouvoir d'illusion [maya shakti] et le
pouvoir de la grâce. La cinquième
shakti, la grâce, neutralise et annihile la
quatrième shakti, qui est maya.
Quand maya est totalement inactive,
c'est-à-dire quand l'identification avec le
corps et le mental a été
abandonnée, il y a une conscience de la
conscience, une conscience d'être. Quand on
est établi dans cet tat, il n'y a ni corps,
ni mental, ni monde. Ces trois choses sont que des
idées amenées à une existence
apparente quand maya est présente et
active.
Quand maya est active, le seul moyen efficace de la
dissoudre est le chemin montré par Bhagavan
: on doit pratiquer l'investigation du Soi et
distinguer ce qui est réel de ce qui est
irréel. C'est le pouvoir de maya qui nous
fait croire à la réalité de
choses qui n'ont aucune réalité en
dehors de notre imagination. Si vous demandez : "
Que sont ces choses imaginaires ? " la
réponse est : " Tout ce qui n'est pas le Soi
sans forme. " Seul le Soi est réel ; tout le
reste n'est que le fruit de notre imagination.
Il ne sert à rien de chercher à
savoir pourquoi il y a maya et pourquoi elle
opère. Si vous êtes sur un bateau qui
fait eau, vous ne perdez pas votre temps à
vous demander si le trou a été fait
par un italien, un français ou un indien.
Vous bouchez la voie d'eau. Ne vous souciez pas de
savoir d'où vient maya. Mettez toute votre
énergie à échapper à
ses effets. Si vous essayer d'étudier
l'origine de maya avec votre mental, vous
êtes condamné à l'échec
parce que toute réponse qui vous viendra
sera une réponse de maya. Si vous voulez
comprendre comment maya opère et voit le
jour, il faut vous établir dans le Soi, le
seul endroit où vous êtes
libéré de son emprise, et regarder
ensuite comment elle s'empare de vous chaque fois
que vous ne réussissez pas à garder
votre attention dans le Soi?.
Question : Vous dites que maya est une des
shaktis. Qu'est-ce que vous entendez au juste par
shakti ?
Annamalai Swami : Shakti est énergie
ou pouvoir. C'est un nom pour l'aspect dynamique du
Soi. Shakti et shanti [paix] sont deux
aspects de la même conscience. Si vous voulez
les séparer un tant soit peu, vous pouvez
dire que shanti est l'aspect non-manifesté
du Soi tandis que shakti est l'aspect
manifesté. Mais en réalité
elles ne sont pas séparées. Une
flamme a deux propriétés :
lumière et chaleur. Les deux ne peuvent pas
être séparées.
Shanti et shakti sont comme la mer et ses vagues.
Shanti, l'aspect non-manifesté, est le vaste
corps d'eau immobile. Les vagues qui apparaissent
et se meuvent à la surface sont la shakti.
Vaste, incluant tout en elle, shanti est immobile
tandis que les vagues sont actives.
Bhagavan disait qu'après la
réalisation, le jivanmukta
[libéré vivant]
expérimente shanti au-dedans et est
établi en permanence dans cette shanti. Dans
cet état de réalisation, il voit que
toutes les activités sont causées par
la shakti. Après la réalisation, on
est conscient qu'il n'y a pas de personne
individuelle faisant quoi que ce soit. En lieu et
place, il y a la conscience que toutes les
activités sont la shakti de l'unique Soi. Le
jnani, qui est pleinement établi dans
shanti, est toujours conscient que la shakti n'est
pas séparée de lui. Dans cette
conscience, tout est son Soi et toutes les actions
sont siennes. Ou bien, on peut aussi dire qu'il ne
fait jamais rien. C'est l'un des paradoxes du
Soi.
L'univers est contrôlé par l'unique
shakti, parfois appelée Parameswara shakti
[le pouvoir du Seigneur Suprême].
C'est elle qui meut et ordonne toutes choses. Les
lois naturelles, telles que les lois qui
maintiennent les planètes dans leurs
orbites, sont toutes des manifestations de cette
shakti.
Question : Vous dites que toute chose est le
Soi, même maya. S'il en est ainsi, pourquoi
est-ce que je ne vois pas le Soi clairement ?
Pourquoi m'est-il caché ?
Annamalai Swami : Parce que vous cherchez
dans la mauvaise direction. Vous avez l'idée
que le Soi est quelque chose qui se voit ou dont on
fait l'expérience. Cela n'est pas le cas. Le
Soi est la compréhension ou la conscience
dans laquelle le fait de voir et celui
d'expérimenter ont lieu.
Même si vous ne voyez pas le Soi, il est bel
est bien là. Bhagavan disait parfois avec
humour : " Les gens ne font qu'ouvrir le journal et
y jeter un coup d'il. Puis ils disent : "
J'ai lu [littéralement " j'ai vu "]
le journal. " Mais en fait ils n'ont pas vu le
journal, ils n'ont vu que les lettres et les images
qui se trouvent dessus. Il ne peut y avoir ni mots
ni images sans le papier, mais les gens oublient
toujours le papier pendant qu'ils lisent les mots.
"
Bhagavan utilisait ensuite cette analogie pour
montrer que pendant que les gens voient les noms et
les formes qui apparaissent sur l'écran de
la conscience, ils ignorent l'écran
lui-même. Avec ce genre de vision partielle,
il est facile d'en venir à la conclusion que
toutes les formes sont sans rapport les unes avec
les autres, et séparées de la
personne qui les voit. Si les gens étaient
conscients de la conscience plutôt que des
formes qui apparaissent en elle, ils
réaliseraient que toutes les formes ne sont
que des apparences qui se manifestent au sein de la
conscience une et indivisible.
Cette conscience est le Soi que vous cherchez. Vous
pouvez être cette conscience mais vous ne
pouvez jamais la voir parce que ce n'est pas
quelque chose qui est séparé de
vous.
Question : Vous parlez beaucoup des vasanas.
Pourriez-vous, s'il vous plaît, me dire ce
qu'elles sont et comment elles fonctionnent ?
Annamalai Swami : Les vasanas sont les
habitudes du mental. Ce sont les identifications
erronées, les schémas de
pensée répétitifs qui
réapparaissent sans cesse. Ce sont les
vasanas qui recouvrent l'expérience du Soi.
Les vasanas s'lèvent, captent votre
attention, et vous tient à
l'extérieur vers le monde plutôt
qu'à l'intérieur vers le Soi. Cela se
passe tellement souvent et continuellement que le
mental n'a jamais la moindre chance de se reposer
ou de comprendre sa nature
réelle.
Les coqs aiment gratter le sol. C'est une habitude
constante chez eux. Même sur un roc nu, ils
essayent de gratter le sol.
Les vasanas fonctionnent dune manière
très semblable. Ce sont des habitudes et des
schémas de pensée qui
réapparaissent ans cesse, même si on
ne les souhaite pas. La plupart de nos idées
et de nos pensées sont fausses. D'habitude,
quand elles surviennent sous forme de vasanas,
elles réussissent à se faire passer
pour vraies à nos yeux. Les vasanas
fondamentales telles que " Je suis le corps ou " Je
suis le mental " sont survenues en nous tant se
fois que nous admettons automatiquement qu'elles
sont vraies. Même notre désir de
transcender nos vasanas est une vasana. Quand nous
pensons : Je doit méditer " ou " Je dois
faire un effort ", nous ne faisons qu'organiser un
combat entre deux vasanas différentes. Vous
ne pouvez échapper aux habitudes du mental
qu'en demeurant dans la conscience tant que
conscience. Soyez celui que vous êtes. Soyez
tel que vous êtes. Soyez simplement
tranquille. Ignorez toutes les vasanas qui
apparaissent dans le mental et fixez plutôt
votre attention dans le Soi.
Question : Bhagavan disait souvent aux
dévots de " rester tranquille ". Est-ce
qu'il voulait dire " rester mentalement tranquille
" ?
Annamalai Swami : La fameuse instruction de
Bhagavan " summu iru " [reste tranquille]
est souvent mal comprise. Elle ne signifie pas que
vous devez rester physiquement tranquille ; elle
signifie que vous devez toujours demeurer dans le
Soi. S'il y a trop de repos physique, tamoguna
[un état de torpeur] apparaît
et prédomine. Dans cet état, vous
aurez sommeil et vous vous sentirez lourd. Rajoguna
[un état d'excessive
activité], d son côté,
produit des émotions et un mental
agité. En sattva guna [un état de
quiétude et de clarté], il y a
tranquillité et harmonie. Si une certaine
activité mentale s'avère
nécessaire pendant que l'on est en sattva
guna, elle a lieu. Mais le reste du temps, il y a
tranquillité. Quand tamoguna et rajoguna
prédominent, on ne peut pas sentir le Soi.
Si sattva guna prédomine, on peut
expérimenter paix, félicité,
clarté et une absence de pensées
vagabondes. C'est la tranquillité que
Bhagavan prescrivait.
Question : Bhagavan, dans L'enseignement de
Ramana Maharshi, parle de bhoga vasanas
[vasanas qui provoquent le plaisir] et de
bandha vasanas [vasanas qui produisent
l'asservissement]. Il dit que pour le jnani il
y a des bhoga vasanas mais pas de bandha vasanas.
Swamiji veut-il bien clarifier la différence
?
Annamalai Swami : Rien ne peut être
cause d'asservissement pour le jnani parce que son
mental est mort. En l'absence de mental, il ne se
connaît lui-même qu'en tant que
conscience. Parce que le mental est mort, il ne
peut plus s'identifier avec le corps. Mais bien
qu'il sache qu'il n'est pas le corps, c'est un fait
que le corps est encore en vie. Ce corps va
continuer à vivre et le jnani va continuer
d'en être conscient, jusqu'à ce que
son propre karma [action destiné]
soit épuisé. Comme le jnani est
encore conscient du corps, il sera aussi conscient
des pensées et des vasanas qui surviennent
dans ce corps. Aucune de ces vasanas n'a le pouvoir
de l'asservir parce qu'il ne s'identifie jamais
avec elles, mais elles ont le pouvoir d'amener le
corps à se comporter de certaines
façons. Le corps du jnani éprouve du
plaisir et fait l'expérience de ces vasanas
bien que le jnani lui-même ne soit pas affect
par elles. C'est pourquoi l'on dit parfois que pour
le jnani, il y a des bhoga vasanas mais pas de
bandha vasanas.
Les bhoga vasanas diffèrent d'un jnani
à l'autre. Des jnani peuvent accumuler des
richesses, d'autres peuvent rester assis en silence
; certains peuvent étudier les shastras
[Écritures] tandis que d'autres
peuvent rester illettrés ; certains peuvent
se marier et élever une famille, mais
d'autres peuvent rester des moines
célibataires. Ce sont les bhoga vasanas qui
vont déterminer le genre de vie qu'un jnani
va mener. Le jnani est conscient de toutes les
conséquences de ces vasanas sans jamais
s'identifier à elles. À cause de
cela, il ne retombe jamais dans le samsara
[l'illusion du monde].
Les vasanas surviennent à cause des habitude
et des pratiques des vies antérieures. C'est
pourquoi elles diffèrent d'un jnani à
l'autre. Quand les vasanas surviennent chez les
gens ordinaires qui s'identifient encore avec le
corps et le mental, elles provoquent attirances et
répulsions. On en épouse certaines de
tout cur tandis qu'on en rejette d'autres
comme indésirable. Ces attirances et ces
répulsions engendrent des désirs et
des peurs qui à leur tour produisent
davantage de karma. Tant que vous portez des
jugements sur ce qui est bon et mauvais, vous vous
identifiez avec le mental et vous vous fabriquez du
nouveau karma. Quand du nouveau karma a
été créé de cette
façon, cela signifie qu'il vous faudra
reprendre naissance pour en jouir.
Le corps su jnani exécute tous les actes qui
lui sont destinés. Mais parce que le jnani
ne porte pas de jugements sur ce qui est bon ou
mauvais, et parce qu'il n'éprouve ni
attirance ni répulsions, il ne se
crée pas de nouveau karma. Parce qu'il sait
qu'il n'est pas le corps, il peut assister à
toutes les activités de ce dernier en
témoin, sans y être d'une quelconque
façon impliqué.
Rien n'attirait Bhagavan, rien n'était
source de répulsion pour lui. Si nous
éprouvons attractions où
répulsions, si nous haïssons ou aimons
quelqu'un ou quelque chose, un asservissement
mental en résultera. Les jnanis
n'éprouvent jamais ni attractions ni
répulsion pour quoi ce soit. C'est pourquoi
ils sont libres de tout asservissement.
Il n'y aura pas de renaissance pour le jnani parce
qu' une fois que le mental à
été détruit, il n'est plus
possible que du nouveau karma soit crée.
Question : Ainsi donc tout ce qui nous
arrive dans la vie n'arrive qu'à cause de
nos attirance et de nos répulsions passes
?
Annamalai Swami : Oui.
Question : Comment pouvons-nous apprendre
à ne pas réagir quand des vasanas
surviennent dans le mental ? Y a-t-il quelque chose
de spécial à quoi nous devrions faire
attention ?
Annamalai Swami : Vous devez apprendre les
reconnaître quand elles surviennent. C'est le
seul moyen. Si vous pouvez les attraper assez
tôt et assez fréquemment, elles ne
vous causeront pas trop d'ennuis. Si vous voulez
prêter attention à une zone de danger
particulière, regardez comment
opèrent les cinq sens. C'est la nature du
mental que de rechercher de la stimulation à
travers les cinq sens. Le mental s'empare des
impressions des sens et les traites de
manière telle qu'elles produisent de longues
suites de pensées incontrôlées.
Apprenez à observer comment vos sens se
comportent. Apprenez à observer comment le
mental réagit aux impressions des sens. Si
vous pouvez empêcher le mental de
réagir aux impressions des sens, vous pouvez
éliminer un grand nombre de vos vasanas.
Rien n'attirait Bhagavan, rien n'était
source de répulsion pour lui. Si nous
éprouvons attractions ou répulsions ,
si nous haïssons ou aimons quelqu'un ou
quelque chose, un asservissement mental en
résultera. Les jnanis n'prouvent jamais ni
attraction ni répulsions pour quoi que ce
soit. C'est pourquoi ils sont libres de tout
asservissement.
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