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Donc, je ne
peux absolument pas me séparer de ce qui se passe
là dehors, ni de ce qui se passe dedans. S'il n'y a
pas de séparation de ce que vous êtes en train
de regarder, vous ne pouvez distinguer ce qui se
déroule dehors de ce qui se déroule dedans. Il
n'y a ni intérieur, ni extérieur ici.
L'il physique ne regarde pas cela comme étant "
blanc ", ni jamais il dit " c'est foncé ". Les
perceptions sensorielles ne traduisent absolument rien au
sujet de ce qui se déroule là dehors ou ici en
moi. Donc, je ne peux en aucune façon me
séparer de ce que j'observe là dehors ou
là dedans, en moi. Je peux dire : " Ceci est moi ", "
Cela n'est pas moi " ; " Je suis heureux ", " Je suis
malheureux " ; " Je suis avare ", " Je ne suis pas avare " ;
" Je suis jaloux ", " Je ne suis pas jaloux ". Ils ne
représentent rien pour moi.
Question : Alors, n'avez-vous aucune identification
avec ce qui se passe dans votre vie de tous les jours ?
U.G. : Non, je n'aime pas utiliser le mot
identification. Je ne traduis jamais ce qui se passe afin de
cadrer avec ce que je sais. Le besoin ne se présente
que lorsqu'une demande survient du dehors. Les actions ne
surviennent jamais d'elles-mêmes. C'est quelque chose
d'automatique. Pour une raison ou une autre, dans la
relation de cause à effet, l'espace entre les deux
n'opère pas tout le temps. Ainsi, lorsqu'une demande
se présente, je peux ensuite dire que cela est
vraisemblablement la cause de ceci, et que ceci est le
résultat de cela, mais en réalité, il
n'y a aucun espace entre cause et effet. Donc, l'instrument
que nous utilisons, qui est la pensée, ou même
différentes pensées, naît de la relation
de cause à effet, et il vous est impossible de
comprendre quoi que ce soit sans créer l'espace entre
la cause et l'effet.
Par exemple, la mort n'est qu'en soi un concept. Le corps ne
sait pas qu'il est en vie en ce moment et vous ne serez pas
là pour présider votre propre mort. Donc,
concrètement parlant, je ne peux en aucune
façon me dire que je suis en vie, ni savoir que je
suis vivant. Si vous me demandez : " Êtes-vous vivant
ou mort ? " Je répondrai certainement par : " Je suis
vivant. " Pourquoi dirais-je cela ? Je dis que je suis
vivant en raison de ce que les physiologues m'ont appris et
de ce que les docteurs nous disent. Comme je suis capable de
parler et de réagir, ils en concluent que je suis un
être vivant. Cela constitue le savoir commun transmis
à chacun de nous, mais en aucune façon je peux
faire l'expérience du fait que ceci est un organisme
vivant. Impossible. Ainsi, lorsqu'il sera mort, il en sera
fini de notre connaissance accumulée.
Nous ne nous intéressons qu'à une seule chose
: " Comment ? " Tout le monde demande : " Comment ? ". "
Comment " devrait être supprimé de toutes les
langues ! " Comment ? " signifie que vous voulez
savoir. En sachant de plus en plus de choses, vous maintenez
la continuité de ce savoir. Par conséquent,
vous refusez qu'il prenne fin, voyez-vous. Nous en savons
beaucoup, pourtant nous posons tous constamment cette
question " Comment ? ".
Question : Saviez-vous ce que vous recherchiez quand
vous étiez jeune ?
U.G. : J'étais en réalité et
dans les faits à la recherche d'un homme comme moi,
qui est ici maintenant. Quand je dis : " Comme un homme
comme moi ", vous allez me lancer la question : " Savez-vous
ce que vous êtes ? " Quelque chose vaguement de ce
genre. Donc, il m'a fallu rejeter tout le monde, vous voyez.
Ce n'est pas que je me sois dis que j'étais à
la recherche d'un homme comme ce type assis ici, mais
lorsque je me suis dit sincèrement : " C'est celui
que tu cherches ", il a alors disparu, complètement
et entièrement.
Un jour, je me suis dit : " Pourquoi ai-je gaspillé
quarante neuf foutues années de ma vie à
vouloir être éveillé ? " Je me suis
ensuite dit : " Maintenant tu es un éveillé.
Tu es dans le même état que tous ces
Maîtres spirituels : Bouddha, Jésus, tous. "
Ceci m'a frappé si fort : " Jusqu'à hier, tu
te disais vouloir être un éveillé comme
tous ces gens. Maintenant, tu es en train de te dire que tu
es éveillé et que tu es au même niveau
que tous ces Maîtres spirituels. " J'en ai
été littéralement sonné. Je me
suis alors dit : " Ce sont eux, les 'maîtres' qui te
disent que toi, tu n'es pas éveillé puisqu'ils
m'ont transmis le savoir au sujet de la façon dont
fonctionne un éveillé. En fait, c'est ce
même savoir qui m'informe aujourd'hui que je suis un
éveillé. Donc, cette expérience n'a
rien de spécial. " Je me suis demandé : "
Alors, comment peux-tu jamais savoir que tu es un
éveillé ? " Ensuite, ce questionnement a
déclenché un genre de tourbillon. Il s'est
poursuivi : " Comment pourras-tu savoir si tu es dans
le même état que tous ces gens ? "
Ça s'est poursuivi sans discontinuer pendant quinze
minutes, jusqu'à ce que ça s'arrête net.
Ce qui me restait, en fait, je n'en sais rien du tout. Que
me reste-t-il maintenant ? Je ne dis pas cela par modestie.
Je ne peux tout simplement pas me demander : " Qui es-tu ?
Qu'est-ce que tu es ? Qu'y-a-t-il ici ? ".
Question : Pourriez-vous dire qu'il ne manquait plus
quelque chose, que l'impression de devoir découvrir
quelque chose avait disparu ?
U.G. : Rien, voyez-vous.
Question : Ainsi, c'était complet ?
U.G. : C'était fini. Ensuite, la chose la plus
étrange se produisit à partir de ce moment :
Les sens prirent le dessus. J'ai ainsi découvert la
façon dont les sens opèrent
véritablement. Il n'y avait aucun transmetteur
intermédiaire que ce soit, qui puisse dire : " Ce
soleil est beau " ou " Il fait sombre " ou " Ceci est dur,
ceci est mou ". Je regardais une vache dans le champs, et
demandai à Valentine, alors assise sur le banc
à côté de moi : " Qu'est-ce que
c'est ? ". Elle répondait : " Une vache ".
Puis, cinq minutes plus tard, tel un enfant, je lui
demandais à nouveau : " Valentine, qu'est-ce que
c'est ? " Elle en était dégoûtée
: " Combien de fois dois-je te dire que c'est une vache ? Ne
le sais-tu pas ? " Voyez-vous, au début
j'étais intrigué. Je ne savais même pas
ce que c'était. Aujourd'hui je suis dans la
même situation et je ne sais jamais ce qu'est ce que
je regarde. Si vous me demandez : " Qu'est-ce ? " Je
répondrais : " C'est une vache ".
Question : Mais quand les pensées vous
venaient à l'esprit, est-ce que tout ...
U.G. : Une différence, c'est que je ne peux
absolument pas tirer un trait et me dire, ou dire à
d'autres, que je fonctionnais d'une certaine façon
avant et que je fonctionne d'une autre maintenant. Je ne
peux pas fixer de frontière. J'utilise toujours cette
comparaison rudimentaire : après le lavage et avant
le lavage. Je n'ai aucun moyen de savoir comment je
fonctionnais. Mais en fait, je vous le dis, il ne
s'opère en moi aucune modification ; sauf le
désir, voyez-vous, je voulais être quelque
chose de différent de ce que je pensais être.
C'est la seule chose qui ne soit plus là. Et, autre
chose, il m'est impossible de créer une image en moi
de ce à quoi vous ressemblez. Si je me tourne vers le
mur, m'éloignant ainsi de vous, cette caméra
[il pointe son doigt vers ses yeux] se focalise sur
le mur, et je ne peux absolument pas créer une image
de ce à quoi vous ressemblez. Impossible. Et si je me
tourne à nouveau de ce côté et que je
vous regarde, je n'ai pas besoin d'interpréter et de
me dire que : " Ceci est vous et vous portez des blue-jeans
". Je ne me dis jamais tout ceci, car ça ne m'est pas
nécessaire en ce moment.
Je ne peux absolument pas créer ne serait-ce qu'une
seule image. Bien que je connaisse Paul depuis trente ans,
je ne me souviens pas de ce à quoi il ressemble, mais
lorsqu'il se trouve ici devant moi, l'ordinateur projette
l'image et le reconnaît, mais jamais il ne se dit que
ceci est Paul. Ce n'est pas parce que je ne le sais pas. La
base de données, la base de mémoire n'est pas
du tout influencée par l'interprète, ou par
celui qui fait ressortir ce qu'il est nécessaire de
savoir. Dans ce sens, je ne peux pas créer d'image de
quoi que ce soit, de ce à quoi ceci ressemble.
Ça m'est impossible.
L'attention totale n'existe pas du tout. Ce n'est tout
simplement pas possible. Par exemple : Quand vous observez
ce rideau s'agiter dans le vent, c'est là la seule
chose qui requiert votre attention. Je ne m'explique jamais
à moi-même ce que les yeux observent et je ne
peux en aucune façon me séparer de ce qui est
là. Je ne peux me distinguer de ce qu'observent mes
yeux que si le besoin s'en présente. Ce besoin ne
proviendra que si quelqu'un me demande quelque chose.
Comprenez-vous ? Donc mes actions ne s'initient jamais
d'elles-mêmes. Jamais. Ainsi, au moment où la
pensée surgit, l'action est terminée. La
séparation ne se produit que lorsque la connaissance
survient et me dit : " Ceci est un rideau blanc. "
Voyez-vous, autrement, quel besoin aurais-je de me dire cela
? Mais, la raison pour laquelle nous le faisons est
très simple. C'est parce qu'il nous faut maintenir la
continuité de notre savoir. C'est la seule raison.
Par exemple, vous direz : " Ceci est blanc et cela est bleu,
vous êtes ceci et cela..." et vous continuez ainsi
à n'en plus finir. Ce besoin est la seule chose qui
agit ; ce n'est pas le " je ", ni le Soi, ni l'Atman. Il n'y
a rien ici, en dehors du besoin de maintenir la
continuité du savoir que vous avez des choses
alentour et des choses ici [se
désignant].
Ces temps-ci, je ne fais que parler de la façon dont
les sens fonctionnent. Ce corps est né avec une
intelligence extraordinaire, une intelligence qui n'a pas
son pareil. Toutes les connaissances que vous
possédez ne pourront jamais égaler cette
intelligence. Vous ne le pouvez pas. Donc tout ce que vous
pensez être bon pour ce corps ; quelles que soient les
idées que vous lui imposez, il rejette tout. C'est
pour cela qu'il n'a pas besoin de savoir quoi que ce soit,
et il n'a pas besoin d'avoir quoi que ce soit de plus. Et
ceci, est valable pour toutes les régions de notre
existence. C'est donc pour cette raison que je me
détourne de toute la technologie médicale. Je
n'ai jamais consulté de docteur. Je ne mange rien de
ce que tout le monde recommande. Et je dis, de façon
catégorique, que les docteur des temps modernes sont
les sorcières d'aujourd'hui ; et qu'en ce qui me
concerne, la technologie médicale contemporaine est
la sorcellerie des temps modernes. Tout ce qu'ils
préconisent comme étant bon pour le corps, je
n'y touche pas. Désignant la table : je consomme ces
flocons d'avoine là. C'est ma dernière
trouvaille ; cela s'appelle " super rapide ". Vous ne le
trouverez qu'à Londres. J'en mange un petit bol
auquel j'ajoute de la crème " double-riche ", "
triple-riche ", " quadruple-riche " avec un tout petit
peu de jus d'ananas congelé que je ne trouve qu'en
Chine. C'est pour cela que je me rends dans ce pays
où il y a des supermarchés internationaux.
Sinon, je ne consomme ni jus de fruits, ni légumes,
rien. Ce corps, voyez-vous, a besoin d'énergie,
d'unités thermiques de base. C'est comme ça
que je l'expliquerais [en riant]. Ainsi, ce bol de
flocons avec beaucoup de crème fournit au corps
l'énergie dont il a besoin. Je n'effectue aucune
promenade à pieds ni aucun autre exercice physique ne
m'est nécessaire. Je suis en vie depuis 80 ans. Donc,
rien de ce que nous considérons être bon pour
le corps ne lui est concrètement
bénéfique.
En fait, ce que je souligne sans cesse, c'est la
façon dont le corps fonctionne une fois
libéré de l'étranglement de la culture.
Je ne fais que décrire cela. Vous ne pouvez
aucunement contrôler le fonctionnement de ce corps.
Vous n'y pouvez strictement rien. Le corps n'a en
réalité pas besoin de tout ce que nous lui
faisons absorber. Ce n'est qu'un mouvement vers le plaisir.
Nous mangeons pour le plaisir. C'est un fait.
Question : Existe-t-il une telle chose que la
Réalité ?
U.G. : Non, cela même si les scientifiques
essayent d'affirmer qu'ils connaissent mieux la
Réalité que tous les Maîtres spirituels
et tous les mathématiciens du monde. Vous ne pouvez
aucunement faire l'expérience de la
Réalité de quoi que ce soit. Je maintiens et
j'affirme avec toute la force que je peux rassembler que ce
que vous ne connaissez pas ne peut être
expérimenté. Ce que vous ne connaissez pas est
un concept, vous voyez ?
Question : Des gens utilisent le terme " pure
subjectivité " afin de décrire la
Réalité.
U.G. : Les philosophes ont parlé de "
perception pure ". Il ne peut y avoir de perception, sans
parler de perception pure, dénuée de celui qui
perçoit. Tout ceux-ci sont des jeux que nous jouons
avec nous-même et avec les autres. Il ne peut pas y
avoir de perception sans celui qui perçoit. Et,
pourquoi parler de perception pure ? Je ne comprends pas.
Les Hindous ont également traité le
problème de cette façon. Un disciple dit
à un autre : " Mon Guru a atteint l'état de
Turiya ; l'état le plus élevé. "
D'après-moi, l'état de Turiya correspond
à la maladie d'Alzheimer. Voyez-vous, dans cet
état ils n'ont aucun problème ; ils ne
reconnaissent rien et ne font aucune expérience de
quoi que ce soit. Valentine avait cette maladie. Elle
touchait tout afin d'établir une relation avec les
objets qui l'entouraient. Le sens du toucher est
l'activité sensorielle la plus importante. Les
enfants commencent par lui et les quatre autres viennent
ensuite.
C'est aussi pour cette raison que les gens qui pensent sans
cesse sont quasiment aveugles ; ils n'ont jamais
regardé quoi que ce soit de toute leur vie. Par
exemple, ce jeune homme ici, ne l'a jamais regardée,
ni elle lui [désignant le couple assis en face de
lui dans la pièce], parce qu'il ne la regarde
qu'à travers ce qu'il sait d'elle, et elle de lui.
Vous projetez votre savoir sur l'autre personne, mais en
réalité l'il physique ne peut en aucun
cas regarder quoi que ce soit. Il vous faut avoir une
connaissance de ce que vous observez. Nous projetons cette
connaissance sur ce que nous regardons. Il en va de
même pour la Réalité dont ils parlent ;
c'est quelque chose dont il est impossible de faire
l'expérience et qui ne peut pas plus être
connue, à moins d'utiliser la connaissance que l'on a
de la Réalité des choses ; même si c'est
un scientifique ou un religieux qui parle de
Réalité ou de perception pure. D'abord, il ne
peut y avoir de perception, encore moins de perception pure.
Donc tout cela ne sont que théories, voyez-vous ?
Prenez les gens qui parlent de Dieu. Toutes les
théologies qui nous accablent : l'ontologie, le
théologique, les preuves cosmogoniques de l'existence
de Dieu. Oh ! Mon Dieu, pourquoi nous cassons-nous la
tête avec tout ce savoir ? C'est pour avoir plus de
connaissances que vous et afin de me sentir
supérieur. J'aurai de cette façon une
supériorité verbale. Shakespeare n'avait
à sa disposition que quatre mille mots de vocabulaire
en mémoire [en riant]. Et, aujourd'hui
combien de millions en avons-nous ?
Question : Qu'est-ce que l'éveil exactement
?
U.G. : Il n'existe rien de tel que l'éveil,
parce que je ne peux jamais me dire que : "Je suis
éveillé".
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