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Papaji
: Bien. " Les mots me manquent ". Qu'est-ce que ce " me
" à qui les mots ont manqué ?
Question : Derrière les pensées,
quelque part il y a...
Papaji : Non ! Non ! Gardez votre silence. C'est une
répétition de la question. Qui est ce " je "
qui a un sentiment ? A qui ce sentiment survient-il ? Qui
est ce " je " ? Où est-il ? Poursuivez ce " je "
jusqu'à son lieu d'origine et tous les
problèmes seront résolus. Qui est ce " je " ?
La réponse à cette question est la
réponse à toute recherche. Le " je " est-il
ces lunettes ? Le " je " est-il ce corps ? Est-il couvert de
peau, a-t-il des membres ?
Question : Non.
Papaji : Qu'est ce " je " ? Vous avez dit " je sens "
de nombreuses fois. En premier lieu, élucidons le
problème de ce qu'est ce " je ". A qui ce sentiment
survient-il quand vous dites " je sens " ? A " je ". Qu'est
ce " je " ? Approfondissons le sujet. Faisons con naissance,
devenons ami avec notre propre Soi. Essayez de le faire
maintenant ! Il n'est pas éloigné. Mon cher
ami, il n'est pas à San Francisco. Où se
trouve le " je " ? A quelle distance de vous est
situé le " je " ? A quelle distance ?
Question : Il est quelque part ici, mais je...
Papaji : [montrant la poitrine] suivez sa
trace ici. Enlevez ce qui est à l'extérieur et
pénétrez en cet endroit. Faites-le maintenant
! C'est très concret. Faites-le ! Qui est ce " je "
?
Question : Il n'y a pas de " je ".
Papaji : Pas de " je " ? Dans ce cas le
problème est résolu. S'il n'y a pas de " je "
vous poserez les questions spontanément, vous
penserez spontanément et vous fonctionnerez
spontanément. Vous serez spontanément plein de
compassion.
Question : Parce qu'en lui rien ne se
réfère à quoi que ce soit. Il n'y a
rien derrière.
Papaji : Rien derrière. C'est juste.
Question : [riant] C'est si facile de
lâcher prise.
Papaji : Exact. C'est si facile de lâcher
prise.
Question : Il n'y a pas de " je ", ou de croyance, ou
de sentiment... Il n'y a pas de " je ". Je crois. Puis-je
utiliser le mot " je " d'une manière
spécifique ? Lorsque vous êtes vivant vous avez
un " je ", c'est la force de vie.
Papaji : Je ne suis pas en train de parler du " je "
physique, de quelque chose qui aurait ou qui serait la vie.
Je parle du " je " psychologique. Vous êtes
actuellement en train de parler : d'où ces mots
proviennent-ils ? Vous ressentez " je parle, je travaille,
je pense ". Quelle est cette entité, ce " je " auquel
vous attribuez toutes ces activités ? Qui dit tous
ces mots ? D'où viennent-ils ?
Question : Le " je " semble que être quelque
chose que nous fabriquons.
Papaji : Quelque chose que vous fabriquez. Bon, alors
quelle est l'origine de la " fabrication " ?
Question : Je ne sais pas. Dites-le moi.
Papaji : Non. Je veux que vous y alliez
vous-même. Je ne vous le dirai pas. Je ne peux pas
vous le dire.
Question : Je...
Papaji : Un mot. [rires] M. Henry, ça
c'est une phrase complète.
Question : Nous sommes partis de quatre phrases pour
arriver à un mot. Il ne reste plus beaucoup de chemin
à parcourir, maintenant.
Papaji : Est-ce difficile de demeurer dans ce seul
mot, M. Henry ?
Question : Puis-je percevoir ce " je " ?
Papaji : Non, car c'est la fontaine, la source de "
je pense ". Vous dites : " Je vais penser, je vais faire
ceci et cela. " Je dis : " Retournez simplement à ce
" je ". " Si vous retournez à ce " je ", qu'est-ce
qui sera là ?
Question : Là, il n'y a pas de questions.
Là, les questions n'ont pas d'importance.
Papaji : Il peut y avoir mille et une questions,
l'une après l'autre. Mais ce " " je " conscience "
n'en est jamais affecté ni par quoi que ce soit
d'autre.
Alors les questions peuvent-elles être encore
là ?
Les questions sont là. L'activité est
là. Tout est là. Mais vous, vous-même,
vous n'êtes pas là. Quand vous mettez un " je "
là où il n'a pas sa place, la confusion,
l'agitation, les perturbations et même les guerres
apparaissent. Quand le " je " n'est pas là, quelque
chose demeure toujours.
Question : Le mot " survie " m'est venu à
l'instant. Je pense que " je " apparaît et persiste en
raison de notre instinct de survie, d'autoprotection. Quand
le " je " s'en va, qu'est-ce qui survit, qu'est-ce qui reste
?
Papaji : C'est une autre question. Examinons-la. Si
nous retournons à notre source, nous atteignons la
conscience même. Faisons-le maintenant. Retournons
à cette source. A l'instant même. Ce n'est pas
très difficile. Ne faites rien d'autre, n'allez nulle
part ailleurs. En cet instant du temps, soyez cette
conscience. Vous êtes cet Etre en cet instant. Vous
n'avez pas à l'étudier ou à le
rechercher.
Question : Tout mon être se relie à vos
paroles. Je comprends parfaitement et j'admets que c'est ce
que je dois faire. J'entends ce que vous dites, je comprends
la nécessité de le faire, je veux même
que cela se produise, mais je ne peux toujours pas
lâcher le concept de " je ".
Papaji : Je ne vous dis pas de lâcher prise. Je
ne vous demande pas de lâcher quoi que ce soit. Je
vous demande seulement d'être présent à
votre propre sentiment d'être. Mettez votre visage
dans votre propre être. Voyez votre visage dans le
miroir de la conscience. Au lieu de courir vers
l'extérieur, faites retraite vers l'intérieur.
Retournez à cette conscience et voyez ce qui est
là. Là vous verrez votre propre visage, vous
le reconnaîtrez et vous l'aimerez. Etablissez-vous
là et tout sera tellement simple et tellement naturel
pour vous.
A présent, M. Henry, je vous demande quelque chose de
plus. Lorsque vous prononcerez votre prochaine phrase,
voyez, je vous prie, d'où elle prend naissance.
D'où s'élève-t-elle ? Quand je vous
emmènerai là, nous serons très
près de la solution. A présent, tandis que
vous me parlez, voyez le processus dans sa totalité.
D'où surgit-elle ?
Question : Regarder d'où elle se lève
me donne la compréhension.
Papaji : Non ! Non ! Rejetez la compréhension.
Mon cher Henry, retournez à la source de la
compréhension.
Question : Ce que vous me dites est très
difficile pour moi et également très
déconcertant.
Papaji : Non. Non. Faites-le tout d'abord, puis
énoncez vos difficultés après coup.
Vous ne l'avez pas encore fait. Retournez à la source
de votre être, d'où tout vient. Tout vient de
l'intérieur de vous et de nulle part ailleurs. Tout
naît de là, le passé, le présent,
le futur. Tout est localisé là. C'est
là que vous devez aller.
Question : J'essaie. Je ne peux la trouver.
Papaji : N'essayez pas. Vous ne la trouverez ni dans
le passé, ni dans le futur. N'essayez pas. Abandonnez
tous vos efforts. L'avez-vous fait ? Vous dites : " J'essaie
juste maintenant " et je dis : " Abandonnez tout essai ".
L'avez-vous fait ?
Question : Pendant une seconde peut-être,
pendant une seconde, oui.
Papaji : Bien. Cela suffit. Cette seconde est tout
à fait suffisante. Pendant une seconde vous avez
renoncé à tout essai. Dans cette seconde, qui
êtes-vous ?
Question : Je ne sais pas.
Papaji : Excellent ! Excellent ! Pouvez-vous rester
dans cette seconde et me dire : " Je sors de cette seconde ?
" Expliquez-moi comment vous quittez cette précieuse
seconde. Comment en sortez-vous ?
Question : Ça c'est facile. Je retourne au
concept de " je ". C'est si facile de redevenir " je ".
Papaji : Oui, ce " je " est juste un concept. Mais je
parle de cette seconde où il n'y a pas de " je ",
où il n'y a rien. Je parle de cet instant
présent. Si vous êtes dans cette seconde que
percevez-vous ?
Question : L'ouverture.
Papaji : Excellent. Voulez-vous l'ouverture ou la
fermeture ? Que préférez-vous ?
Question : L'ouvert.
Papaji : C'est notre point de départ. Veuillez
m'excuser d'agir ainsi avec vous. Qu'est-ce qui se
présente en vous maintenant ? Quel concept avez-vous
en tête ? Quelle difficulté ? Quel
problème ?
Question : De l'accepter entièrement.
Papaji : Soyons beau joueur. Quand nous arrivons
à une solution nous devons nous y tenir. En premier
vous avez dit que vous viviez l'ouverture. Puis vous avez
dit : " Cela m'est difficile. " Où êtes-vous
allé après cette première
déclaration : " Je suis ouvert ? " Qu'en avez-vous
fait ? Comment l'avez-vous rejetée ?
Question : Je l'ai fermée.
[rires]
Papaji : La fermeture, c'est ce qui se passe
à Wall Street. Quand vous dites : " Je suis ouvert ",
à cet instant vous êtes heureux.
L'êtes-vous également au moment de dire : " Je
suis fermé ? " Choisissez entre les deux ! Choisissez
! Allons ! Il n'y a aucun choix dans l'ouverture. Elle est
sans choix.
Question : Pas de choix.
Papaji : Donc, ne fermez pas. Restez ouvert. N'est-ce
pas raisonnable ?
Question : Très.
Papaji : Merci. Prenons une tasse de thé et
poursuivons notre conversation.
Question : Lorsque nous remarquons " fermé ",
" pas ouvert "...
Papaji : Quand vous remarquez d'où vient ce
concept de " fermeture ", vous êtes à nouveau
dans la présence.
Question : Est-ce aussi simple que cela ?
Papaji : Cela semble-t-il également aussi
simple à M. Henry ? C'est si simple, si naturel. Et
c'est ce que vous êtes. Qu'avez-vous à faire
pour être ainsi ? Quel effort devez-vous faire pour
être ainsi ?
Question : Pas d'effort.
Papaji : Quand vous ne faites pas d'effort, qui
êtes-vous ?
Question : [rires] La question suivante se
présente : " Que me faut-il savoir d'autre ? Je veux
savoir. "
Papaji : Soyez en certain : là, en ce lieu,
toutes les questions trouvent leur réponse.
Question : Le concept " je " veut savoir, veut
comprendre, veut faire un effort. Quand je me sens mal, je
sais que je suis décentré.
Papaji : Les questions qui viennent de l'ego ne
feront que créer de la confusion. Nous sommes
arrivés en cet autre endroit où le " je "
n'apparaît pas. Actuellement vous parlez à
partir de là.
Question : Des questions naissent encore de cet
endroit, mais pas les problèmes.
Papaji : Les questions sont présentes, les
mêmes difficultés sont présentes, mais
pas les problèmes.
Question : Aurai-je des rapports différents
avec eux ?
Papaji : Vous êtes relié à tous
les problèmes. De cette position avantageuse vous les
résolvez d'une manière beaucoup plus sage.
Question : Qu'est-ce que l'ego ?
Papaji : L'ego n'est pas le Soi. Quand vos actions ne
sont pas fondées sur le Soi, toutes sortes de
mauvaises attitudes apparaissent : l'orgueil, l'hypocrisie,
le calcul politique. En fonctionnant par l'ego vous
acquérez du savoir et des identités
données par vos voisins, vos amis, vos prêtres
et vos professeurs. Ce n'est pas votre vraie nature. Vous
avez été simplement conditionné
à croire que c'est ce que vous êtes. Vos
professeurs, vos prêtres, vos parents, la
société, tous vous ont fait ça.
Question : C'est pourquoi c'est si difficile. Mon
mode de pensée normal, ma présence habituelle
passent par l'entremise de ce conditionnement.
Papaji : Vous devez sortir de ce conditionnement.
Question : Le matin à mon réveil je
regarde ma montre. Je pense : " Il est huit heures, je dois
faire ceci, je veux faire cela. " Toutes les
activités sont filtrées à travers ce
conditionnement.
Papaji : Si vous dites que ces pensées vous
conditionnent, alors vous êtes conditionné. Si,
au lieu de cela, vous reconnaissez qu'elles naissent de la
source inconditionnée, elles ne vous conditionnent
pas. Une même activité peut être
conditionnée ou inconditionnée. En ce moment
nous prenons le thé. Une activité se poursuit
mais elle ne nous cause aucun obstacle.
Question : Nous pouvons donc avoir la même
routine tout en étant différemment
relié à elle. Il n'y aura alors pas de
problème.
Papaji : En étant relié
différemment, il n'y aura " pas de problème ".
Faites face. Adoptez une approche différente. Ne le
faites pas avec un revolver en main.
Question : Je trouve que ce qui donne de la valeur
à vipassana c'est d'apprendre à voir les
pensées comme impersonnelles. Nous étudions la
façon dont nous nous identifions aux pensées,
nous voyons que la pensée " je " est également
un concept. Avec vipassana, qui est la voie de la vision
pénétrante, on s'exerce à laisser la
pensée s'en aller. Si vous apprenez à
lâcher les pensées, vous ne vous laissez plus
prendre si facilement par le concept de moi, de " je ". Je
trouve que vipassana est un outil utile.
Papaji : En faisant cela on crée une
trinité : le méditant, la méditation et
l'objet de méditation. Cette trinité
s'entretient. Je veux que vous soyez dans l'unité.
Soyons un, en totalité, et non divisés entre
méditant, méditation et objet de
méditation.
Question : Ils ne le sont pas. Cela ne fait pas
partie de l'enseignement, pas partie de la voie. Je le sais
par expérience. Bien que je reconnaisse que ce que
vous dites est vrai, je pourrais dire que la méthode
vipassana me remet continuellement en mémoire que je
m'identifie aux pensées, que je crée un moi,
un " je " avec ses problèmes. Alors les
pensées s'évanouissent et cette méthode
nous rappelle que les pensées ne sont pas
réelles. Elle nous aide à retourner au
non-moi, au vide. Mais j'apprécie néanmoins
votre manière.
Papaji : Ne vous empêtrez pas dans vipassana,
dans ce processus d'observer et de faire. Pendant que vous
êtes conscient de mettre en pratique vipassana,
demandez-vous : " Qui est en train de faire vipassana ? "
Lors de cette pratique vous devez vous demander " qui
suis-je ? " afin de découvrir qui est celui qui la
met en pratique.
Vous observez les objets, mais je vous demande de les
enlever. Si vous enlevez les objets, tout s'en va. Alors
seule la conscience est.
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