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Celui qui ne
désire que la vision de Dieu, rien d'autre, peut seul
la découvrir, comprenez cela. Et la merveille des
merveilles est qu'il atteint également la
béatitude. Seule la scintillante conscience du
Commencement participe à cette béatitude, car
elle seule a la nostalgie de l'harmonie parfaite.
La conscience a traversé de multiples incarnations.
Ces incarnations sont des changements de forme, de
qualité et de situation correspondant aux
intérêts et aux désirs de cette
conscience. Quelle est l'origine de tout cela ? C'est la
persistance de ces désirs, de ses "vouloirs". Une des
qualités de la conscience est la possibilité
spontanée de prendre toute forme souhaitée. La
conscience atomique primordiale est en accord avec ces
"vouloirs" et leur réalisation est
instantanée. C'est ainsi que la conscience est
devenue multiple et omniprésente.
Cet ensemble - chacun dans sa nature et forme propre - bien
qu'apparemment multiple est unique dans son essence, il a
seulement étendu son être et inclus toutes ses
possibles variations. L'énergie d'un atome unique
s'est diversifiée en un grand nombre de centres,
chacun possédant ses propres particularités et
sa propre volonté. Cette situation a
créé de multiples conflits. À chaque
instant la volonté de ces centres innombrables
s'exerce de façon différente. Chaque "vouloir"
entrant en lutte avec les autres, il ne pouvait en
résulter qu'une grand confusion.
Généralement, l'atome de volonté ignore
le "pourquoi" et le "comment" de son désir, mais sa
réalisation se doit d'être là. Le
résultat concret des désirs de ce "vouloir"
atomique peut être observé au moment de la
destruction cosmique, quand l'univers entier est
réduit en cendres.
Mais les "vouloirs" imprégnés d'amour ne sont
pas, eux, tous effacés. Les grands moments de joie de
ce monde sont dus à ces "vouloirs". La qualité
de l'énergie individuelle alimentant le vouloir est
toujours opérante, elle appartient à son
essence et relève de la Force Première.
Personne ne peut devenir conscient de soi-même en
dehors de cette qualité. Quiconque a
l'expérience du Soi le doit à cette
qualité. Se considérer comme quoi que ce soit
d'autre est un péché, une
dégénérescence ; c'est créer la
dualité. L'énergie primordiale qui a
scintillé à l'origine a éprouvé
un désir, à la suite de quoi elle est devenue
multiples centres de "vouloir". En réalité
elle est une et homogène mais, en raison de
l'ignorance, elle paraît
hétérogène. La créature se
considère comme une chose différente mais, en
réalité, il n'y a aucune transformation de la
fibre originelle. La seule chose différente est cette
idée stupide de différence. Elle peut
être effacée par la pratique de upasana. Par
cette pratique l'unité ultime sera atteinte.
Il a été déclaré plus haut qu'il
n'y ni temps, ni espace, ni cause, au moment du premier
frémissement de l'énergie atmique. À
quoi bon, direz-vous, parler de toutes ces
caractéristiques et ces différents concepts
?
La raison est la suivante. Le tressaillement de cette
énergie atomique est nommé par le Vedanta : Le
Grand Principe. La qualité essentielle de ce principe
est la conscience. Cette conscience, "consciente
d'être consciente", se déploie
instantanément en éther (akasha). Comment
pourrions-nous être conscient du temps si cette
conscience n'existait pas ? Ce vaste déploiement de
l'éther est l'espace. On peut en déduire que
les trois ne sont qu'un Seul, Unique Grand Principe.
C'est une seule qualité qui a transformé ce
principe en espace, temps et cause. Ensuite sont apparus les
trois Gunas et les cinq éléments. La
rapidité de cette opération est
littéralement inconcevable. La conscience se
transforme en éther, qui a son tour devient espace.
Le scintillement originel s'est déployé en
espace et il est devenu air. L'air a réuni sa force
vive et le feu est né à l'existence. La
vibration du feu s'intensifia, il devint froid et là
était l'eau. L'eau se refroidit encore et elle se
transforma en terre.
Toutes ces caractéristiques des formes
précédentes sont cristallisées dans la
terre et les vibrations de ces formes se trouvent en elle.
En vertu de ces différentes qualités sont
apparus d'innombrables êtres vivants et d'innombrables
végétaux ; mais au sein de tous le
tressaillement de la Force Première est
présent.
Le scintillement originel qui a précédé
l'éther est présent dans chaque
électron, dans chaque proton et il augmente
continuellement sa puissance. Aussi longtemps que la
palpitation de l'atome est effective, chacun de ses
éléments est en mouvement. Le Principe
originel imbibe l'ensemble de la manifestation et tous ses
composants. Qu'ils soient matière inerte ou
êtres vivants, la Force Première est en eux
continuellement agissante.
La créature ignorante pense qu'elle peut "faire"
quelque chose, que cela peut être bien ou mal ; elle
se ressent comme heureuse ou malheureuse. mais la conscience
originelle ne perçoit rien d'autre
qu'elle-même.
Elle n' a pas d'organes, néanmoins elle agit au
travers d'innombrables organes. Elle n'est jamais
polluée et ne pourra jamais l'être. La
conscience, enfermée dans cette structure physique
dérisoire, souffre de ses propres limitations. Les
multiples centres de conscience entourés
d'adjonctions limitatives, pensent être
différents de la source originelle. Mais il n'y a
qu'un être, qu'un esprit, qu'une qualité ; sans
forme, sans parties, au-delà du temps, au-delà
de l'espace, débordante d'immensité : la pure
conscience qui est Une.
Il n'y a là aucune possibilité de
différence, de distinction. Tout arrive au moment
voulu en accord avec la loi qui nous domine tous. Mais la
créature, abusée par le souci de désirs
dérisoires, de "moi" et de "mien", souffre
inutilement ; elle se limite seulement à sa personne.
Mais tout se matérialise au moment adéquat.
Quand Ravanah devient intolérable, Râma
apparaît pour vous soulager. Quand Kama devient tyran,
Krishna est là pour la contrer.
Voilà comment se maintient l'alternance des hauts et
des bas. La force qui contrôle tous ces
événements est toujours la même. Elle ne
change jamais. Il n'est pas possible qu'il existe un Dieu
à une époque et un Dieu différent
à une autre, c'est pourtant ce que pense la
créature ignorante. Un élément unique
donne naissance à la magnificence de cet univers
manifesté. En l'absence de cet élément
simple, il n'y a qu'absolu silence.
Quand cette qualité unitive est reconnue et
totalement acceptée, le cur se fond dans le
Cur, la confidence dans le Confident. Il existe alors
un sens suprême de l'unité originelle de toutes
choses, un sens de l'inaliénable et mutuelle
unité de toutes choses. Et en plus, une claire
conscience de l'appartenance à l'Un de tous les
différents caractères présents dans la
manifestation. Alors la suprême réalité
est atteinte ; c'est appelé le Soi suprême.
Tout temps, tout espace et toutes causes sont devenus Un
pour l'éternité. Seul l'Un est
omniprésent et éternellement actif. Il ne
connaît ni gain, ni perte, ni mort. Il est
non-né, sui-generis, éternel et pourtant il
naît à chaque instant et se manifeste à
chaque époque. Toute connaissance intellectuelle et
spirituelle s'arrête ici.
Texte
écrit en marathi par Nisargadatta Maharaj dans les
années 50
Traduction de Paul Vervisch
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