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ADI SHANKARACHARYA | APAROKSHANUBHUTI
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e me prosterne devant Lui [la
Réalité], Shri Hari, destructeur
de lignorance, la Félicité
suprême, le premier Maître, Isvara, le
Un qui habite Tout et la cause de tous les
univers.
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2.
Ici est expliqué le moyen de parvenir
à la réalisation du Soi
[Aparokshanubhuti] pour lacquisition
de la libération finale. Seul celui dont le
cur est pur doit constamment faire tout son
possible pour méditer la
vérité ci-après
enseignée.
3. Les quatre qualités
préliminaires nécessaires pour
atteindre la Connaissance, comme le
détachement [vairagya] et autres,
sont acquises par les hommes qui obtiennent les
grâces du Seigneur par laction
bienheureuse des austérités et par
laccomplissement des devoirs relevant de leur
rang social et de leurs stade dans la vie.
4. Tous les objets des plaisirs allant du
royaume du Créateur [Brama] à
ce monde étant de nature périssable,
faire preuve à leur égard de la
même indifférence avec laquelle on
traite la fiente dun corbeau, cest
faire preuve de pur détachement.
5. Seul celui qui voit [le Soi] en
soi-même est permanent, la chose vue,
à lopposé, est transitoire -
une telle conviction inflexible porte en
vérité le nom de discernement.
6. Labandon constant des désirs
est appelé sama, le contrôle des
fonctions externes des organes est appelé
dama.
7. Se détourner complètement
de tous les objets des sens est le summum
duparati, et supporter patiemment toutes les
afflictions ou douleurs porte le nom de titiksha,
lesquelles sont propice au bonheur.
8. Une foi absolue dans les paroles
des Veda et dans les
Maîtres qui les interprètent est
appelée shraddha et la concentration de
lesprit sur la seule Réalité
[Brahman] porte le nom de samadhana.
9. Quand et comment vais-je, ô
Seigneur, être libéré des liens
de ce monde [naissance et mort] ? Un tel
désir intense sappelle mumukshuta.
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10.
Seul celui qui est en possession des qualifications
requises comme moyens pour atteindre la
Connaissance doit réfléchir en
permanence en vue datteindre la Connaissance,
car il désire son propre bien.
11. La connaissance ne peut être
réalisée que par la seule
investigation [vichara] tout comme un objet
ne peut pas être perçu sans
laide de la lumière.
12. Qui suis-je ? Comment ce monde est-il
créé ? Qui est son créateur ?
De quel matériau ce monde est-il fait ?
Voilà comment se pratique
linvestigation.
13. Je ne suis ni le corps, qui est une
combinaison des cinq éléments de
matière, ni un agrégat des sens ; ce
que je suis est différent de tout cela.
Voilà comment lon pratique
linvestigation.
14. Tout est produit par ignorance et
cest la Connaissance qui dissout tout. Les
diverses pensées doivent avoir
été produites par le Créateur.
Ainsi va linvestigation.
15. La cause matérielle de
lignorance et de la pensée est le Un
sans second, subtil et Existence immuable
[Sat], à la manière dont
largile est la matière causale
dun pot et autres récipients.
Cest la voie de cette investigation.
16. Comme je suis à la fois, le Un,
le Subtil, Celui qui Sait, le Spectateur, Ce qui
Existe à jamais et lImmuable, il
ny a donc aucun doute que je suis
" Cela ". Ainsi va cette
investigation.
17. Le Soi est véritablement Un et
sans parties, alors que le corps comporte de
nombreuses parties ; et pourtant les gens les
considèrent comme étant un ! Que
peut-on qualifier dignorance, si ce
nest cela ?
18. Le Soi règne sur le corps et
demeure au-dedans, le corps est celui qui est
gouverné et qui se trouve au-dehors ;
pourtant les gens les prennent pour une seule
entité ! Que peut-on qualifier
dignorance, si ce nest cela ?
19. Le Soi nest que conscience et
sacré, le corps nest que chair et
impur ; pourtant les gens les prennent pour
une seule entité ! Que peut-on
qualifier dignorance, si ce nest cela
?
20. Le Soi est léclairage
Suprême et la pureté même, le
corps, pour sa part, est de la nature de
lobscurité ; pourtant les gens
ny voient quune seule entité ! Y
a-t-il plus grande ignorance que cela ?
21. Le Soi est éternel,
puisquil est lExistence même ; le
corps est transitoire, car il est en essence
non-existence ; pourtant les gens
considèrent ces deux comme
nétant quun ! Quest-ce que
lignorance, sinon cela ?
22. La luminosité du Soi est faite de
la manifestation de tous les objets. Sa
luminosité ne ressemble pas à celle
du feu ou à celle dautres
éclairages, car la nuit, en dépit de
la présence de ces derniers
lobscurité domine [en un lieu ou
un autre].
23. Que cest étrange de voir
quelquun se satisfaire de lidée
quil est le corps alors quil sait
très bien que le corps est quelque chose qui
lui appartient et quil est donc distinct de
lui, tout comme, voyant un pot, il sait que le pot
est distinct de lui.
24. Etant paisible, serein, tranquille,
ainsi quExistence absolue, Connaissance et
Félicité par nature, je suis en
vérité, la Réalité
ultime. Je ne suis pas le corps, qui est
non-existence même. Voilà ce que les
sages appellent Connaissance véritable.
25. Je ne subis jamais le changement, je
suis dénué de toute forme, libre de
tout défaut et de la
désintégration. Je ne suis pas le
corps qui est non-existence même. Cest
cela que les sages appellent Connaissance
véritable.
26. Je ne suis pas sujet à la
maladie, je suis au-delà de toute
compréhension, libre de toutes alternatives
et je suis en tout. Je ne suis pas le corps qui est
non-existence même. Cest cela que les
sages appellent Connaissance véritable.
27. Je suis sans attribut ni
activité, je suis éternel, à
jamais libre et impérissable. Je ne suis pas
le corps qui est non-existence même.
Cest cela que les sages appellent
Connaissance véritable.
28. Je suis dégagé de toute
impureté, je suis inébranlable,
illimité, sacré, immarcescible et
immortel. Je ne suis pas le corps qui est
non-existence même. Cest cela que les
sages appellent Connaissance véritable.
29. Ô Toi lignorant ! Pourquoi
affirmes-Tu que le Soi de Félicité
est absolument non-existant alors quil existe
à jamais, quil demeure dans ton propre
corps et quil en est à
lévidence, différent,
quil est connu comme Purusha et que selon les
Ecritures sacrées il est identique à
la Réalité ?
30. Ô, toi lignorant ! A
laide des Écritures et du
raisonnement, essaye de connaître ton propre
Soi qui est différent du corps, [non pas
un vide mais] la forme même de
lExistence et très difficile à
réaliser pour des gens comme toi.
31. Le Soi suprême connu comme
étant " je " nest quUn, tandis
que les corps grossiers sont plusieurs. Alors,
comment ce corps peut-il être le Soi
suprême ?
32. " Je " est bien établi comme
étant le sujet de la perception alors que le
corps en est lobjet. On apprend cela lorsque
lon dit : " Il mappartient. "
Alors, comment ce corps peut-il être le Soi
?
33. Il est un fait établi par
lexpérience directe, que le " je " ne
subit pas de changement, alors que le corps subit
constamment des modifications. Alors, comment ce
corps peut-il être le Soi suprême ?
34. Les sages ont vérifié la
véracité de la nature du Soi
suprême dans les Écritures qui disent
: " Il nexiste rien de plus
élevé que Lui [le Soi
suprême]. " Alors, comment ce corps
peut-il être le Soi suprême ?
35. A nouveau, dans le Purusha Sukta
les Ecritures ont déclaré :
" Tout ceci est en vérité le
Soi. " Alors, comment ce corps peut-il être
le Soi ?
36. Dans la Brihadaranyaka il est
également dit : " Le Soi nest
attaché à rien. " Comment ce corps,
qui contient dinnombrables impuretés,
peut-il être le Soi suprême ?
37. Il est aussi clairement souligné
que : " Le Soi suprême brille de
lui-même. " En conséquence, comment le
corps qui est inerte, non conscient,
dénué dintelligence et
éclairé par un agent extérieur
peut-il être le Soi suprême ?
38. De plus, le Karma Kanda
déclare aussi que le Soi est à la
fois différent du corps et permanent,
puisquil demeure même après le
déclin du corps et quil récolte
les fruits des actions effectuées au cours
de cette vie.
39. Même le corps subtil se compose de
plusieurs parties et nest pas stable. De
plus, il est aussi un objet de perception,
changeant, limité et non-existant par
nature. Alors, comment pourrait-il être le
Soi suprême ?
40. Le Soi immuable, le substrat de
lego, est donc différent à la
fois du corps physique et des corps subtils. Il est
identique à la Réalité, le
Seigneur de tout, le Soi de tous. Il est
présent en chaque forme et cependant il les
transcende toutes.
41. Ainsi, lénoncé de la
différence qui existe entre le Soi et le
corps a indirectement soutenu, et cela
effectivement en accord avec les règles de
la logique et de la raison, la
réalité du monde
phénoménal. Mais lequel des quatre
buts de la vie [accomplissement du devoir,
prospérité, satisfaction des
désirs socialement acceptés, ou
libération finale] cela sert-il ?
42. Le point de vue qui voudrait que le
corps soit le Soi a été
dénoncé par lénonciation
de la différence entre le Soi et le corps.
Il va maintenant être énoncée
clairement lirréalité de la
différence entre les deux.
43. Aucune division dans la Conscience
nest jamais recevable, car Elle est
constamment Une et Inchangée. Même
lindividualité de lêtre
vivant doit être connue comme fausse,
à la façon de lillusion du
serpent dans la corde.
44. A la façon dont la corde semble
prendre lapparence dun serpent aux yeux
de celui qui ignore la nature véritable de
la corde, la pure Conscience peut elle aussi
sembler apparaître sous la forme de
lunivers phénoménal sans pour
autant subir la moindre modification.
45. Il nexiste aucune autre cause
matérielle de cet univers
phénoménal en dehors de la
Réalité suprême. Par
conséquent, lunivers entier nest
que la Réalité absolue et immuable,
et rien dautre.
46. De la déclaration des
Écritures telle que : " Tout ceci est
Soi ", il découle que les idées
du contenant et du contenu sont illusoires. Cette
Vérité suprême une fois
réalisée, comment peut-il jamais y
avoir de distinction entre la cause et leffet
?
47. Il est certain que les Écritures
ont nié demblée la
multiplicité au sein de la
Réalité. La cause non-duelle
étant un fait établi, comment
lunivers phénoménal pourrait-il
en être différent ?
48. De plus, les Écritures ont
condamné la croyance en la diversité
en déclarant : " La personne qui,
dupée par lillusion voit la
diversité en Cela va de mort en mort. "
49. Comme tous les êtres naissent de
la Réalité, le Soi suprême, il
faut comprendre quils sont
véritablement la Réalité.
50. Les Écritures ont clairement
énoncé que seule la
Réalité est le substrat de toute la
diversité des noms, des formes et des
actions.
51. Tout comme lor est la nature
dun objet façonné en or, la
nature de lêtre né de la
Réalité est en permanence celle de
cette même Réalité.
52. La peur est le lot de lignorant
qui nourrit la plus petite des distinctions entre
lâme individuelle [jivatman] et
le Soi absolu [Paramatman].
53. Quand lignorance donne naissance
à la dualité, on voit un autre, mais
lorsque tout se trouve identifié au Soi, on
ne perçoit pas le moindre autre.
54. Au sein de létat dans
lequel on réalise tout comme étant
identifié au Soi, il ne survient ni illusion
ni affliction, puisque la dualité est
absente.
55. Les Écritures qui portent le nom
de Brihadaranyaka ont déclaré
que lAtman, qui est le Soi de tous, est en
vérité lunique
Réalité.
56. Bien quil soit lobjet de
notre expérience quotidienne et quil
ait un rôle pratique, ce monde ressemble au
monde dans un rêve, dont la nature est
inexistence, puisquil se trouve contredit le
moment suivant.
57. Lexpérience du rêve
savère irréelle au
réveil, et, lexpérience de la
veille est absente du rêve. Les deux
cependant, sont inexistantes dans le sommeil
profond, lequel est lui-même inconnu
delles.
58. En conséquence, ces trois
états sont irréels dans le sens
où ils sont créés par les
trois principes opérants [guna] ;
mais leur Témoin, la Réalité
sous-jacente, qui est au-delà de ces trois
principes, est éternel, Un, et la Conscience
même.
59. Une fois lillusion
évanouie, on nest plus trompé
par la vision dun pot dans largile ou
de largent dans la nacre, de même on ne
voit plus dindividu dans la
Réalité lorsquon a saisi que la
Réalité est son propre Soi.
60. Tout comme on se représente
largile comme étant un pot, lor
une boucle doreille et la nacre de
largent, on décrit la
Réalité comme étant un
individu.
61. Les visions du bleu du ciel, de
leau du mirage et dune figure humaine
dans un poteau ne sont quillusions ; il en
est de même pour lunivers au sein du
Soi.
62. Tout comme sont illusoires
lapparition dun fantôme dans un
lieu vide, celle dun château dans
lespace ou dune deuxième lune
dans le ciel, lapparence de lunivers
est illusoire dans la Réalité.
63. A la manière dont leau
prend la forme de rides et de vagues ou dont le
cuivre apparaît sous la forme dun
récipient, de la même façon, le
Soi apparaît en tant que lunivers
entier.
64. Tout comme largile apparaît
sous le nom dun pot ou, que le fil se montre
sous le nom de tissus, le Soi apparaît sous
le nom dunivers. On connaît ce Soi en
ignorant les noms.
65. Les gens accomplissent toutes leurs
actions dans et par la Réalité, mais
ils ne sen rendent pas compte à cause
de lignorance, à la façon de
ceux qui ne savent pas que les carafes et autres
poterie ne sont autre que de largile.
66. Il ne peut jamais y avoir de relation de
cause à effet entre largile et le pot,
tout comme il nexiste pas le moindre rapport
entre la Réalité et le monde
phénoménal ; ce fait a
été établi ici même sur
la base des Écritures et du
raisonnement.
67. A la façon dont la conscience de
largile simpose à nos esprit
quand nous pensons à une carafe,
lidée de la Réalité au
rayonnement omniprésent nous illumine
soudain lorsque nous contemplons le monde
phénoménal.
68. Bien que pur à jamais pour un
sage, le Soi apparaît toujours impur à
lignorant, de la même façon
quune corde apparaît toujours de deux
façons différentes au connaissant et
à lignorant.
69. A la manière dont un pot est
entièrement façonné en argile,
le corps lest en la seule Conscience. En
conséquence, la séparation que fait
lignorant entre le Soi et le non-Soi est
vaine.
70. A la façon dont on prend une
corde pour un serpent, la nacre pour de
largent, lignorant prend le Soi pour le
corps.
71. Tout comme largile est prise pour
une poterie et le fil pour du tissus, le Soi est
pris pour le corps par lignorant.
72. Lignorant réduit le Soi au
corps de la même manière que lor
est réduit à des boucles
doreille et leau à des
vagues.
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73.
Voir une figure humaine dans la forme dun
tronc darbre ou de leau dans un mirage
est la même méprise que celle de
lignorant qui prend le corps pour le Soi.
74. Tout comme on prend un ouvrage en bois
pour une maison et du fer pour une
épée, lignorant
considère le Soi comme étant le
corps.
75. Lillusion de voir un arbre en
raison de la présence de leau,
ressemble exactement à lillusion de
lignorant qui prend le Soi pour le corps.
76. Celui qui naviguant à bord
dun bateau a limpression que tout
bouge, est autant sujet à lignorance
que celui qui prend le Soi pour le corps.
77. Tout comme une personne qui souffre de
jaunisse voit les objets blancs colorés en
jaune, celle qui prend le Soi pour le corps est
sujette à lignorance.
78. Celui dont les yeux ont un défaut
voit tout déformé de la même
façon que celui qui prend le Soi pour le
corps est ignorant.
79. Tout comme un flambeau que lon
fait tourner en rond semble aussi circulaire que le
soleil en raison du mouvement rotatif,
lignorant prend le Soi pour le corps par
méprise.
80. A la façon dont les objets de
grande taille paraissent tout petits en raison
dune grande distance, le corps est confondu
avec le Soi par lignorant.
81. Celui qui voit de tout petits objets
paraître très grands quand il les
regarde à travers une loupe est tout aussi
illusionné que celui qui prend le corps pour
le Soi par ignorance.
82. Sillusionne tout autant celui qui
prend la surface du verre pour de leau et
vice versa, que celui qui par pure ignorance
considère le Soi comme étant le
corps.
83. A la manière dont une personne
imagine percevoir une pierre précieuse dans
une flamme ou vice versa, lignorant imagine
que le Soi est le corps.
84. Tout comme en raison du
déplacement dun nuage la lune semble
être en mouvement, une personne, en raison de
lignorance, prend Atman pour le corps.
85. Exactement comme une personne en proie
à la confusion perd le sens de
lorientation entre les points cardinaux, une
personne prend le Soi pour le corps par simple
ignorance.
86. La méprise de celui qui voit la
lune bouger quand elle se reflète dans
leau est identique à celle de
lignorant qui méprend le Soi pour le
corps.
87. Voilà comment lillusion du
corps survient dans le Soi par ignorance. Puis,
grâce à la réalisation du Soi,
elle sévanouit dans ce même Soi
suprême.
88. Quand lunivers entier, mobile et
immobile, est connu comme étant Soi, et
quen conséquence lexistence de
tout ce qui est autre est niée, comment
alors, peut-on déclarer que le corps est Soi
?
89. Ô éveillé, passe ton
temps à contempler le Soi sans
relâche, pendant que tu fais
lexpérience de tous les
résultats du prarabdha [karma
passé responsable du corps
présent], car il te sied mal
dêtre plongé dans
laffliction.
90. La théorie que lon peut
lire dans les Écritures, selon laquelle le
prarabdha ne lâche pas son emprise même
après lémergence de la
Connaissance de Soi, est maintenant
réfutée.
91. Après lavènement de
la Connaissance de la Réalité, le
prarabdha cesse entièrement
dopérer, puisque le corps et tout ce
qui lui est analogue ont cessé
dexister ; ceci, exactement comme le
rêve qui nexiste plus au
réveil.
92. Ce karma que lon a accompli lors
dune vie précédente et qui a
produit la vie présente porte le nom de
prarabdha. Mais un tel karma ne peut se produire
chez le Connaissant, car étant
libéré de lego il ne peut pas
renaître.
93. Le corps dans un rêve est une
projection [et est donc, illusoire] ; il en
va de même pour ce corps-ci. Comment alors un
corps projeté et illusoire peut-il jamais
prendre naissance ? Et, en labsence de
naissance, à quoi le prarabdha karma peut-il
bien se rapporter ?
94. Les textes du Vedanta posent
lignorance comme étant la cause
véritable et matérielle du monde
phénoménal, tout comme lest
largile pour une carafe. Cette ignorance une
fois détruite, où lunivers
peut-il subsister ?
95. Tout comme une personne en proie
à la confusion ne perçoit quun
serpent et ignore la corde, un ignorant ne voit que
le monde phénoménal sans
connaître la Réalité.
96. La nature réelle de la corde une
fois connue, lapparence du serpent ne
persiste pas ; ainsi, une fois le substrat
connu, le monde phénoménal
disparaît complètement.
97. Le corps faisant également parti
du monde phénoménal et étant
donc irréel, comment le prarabdha peut-il
exister ? Les Écritures parlent du prarabdha
dans le simple but de faciliter la
compréhension de lignorant.
98. " Et toutes les actions de
lhomme sont anéanties lorsquil
réalise Cela, qui est à la fois ce
qui est supérieur et ce qui est
inférieur. " Ici, linsistance sur
le pluriel que font les Écritures a pour but
dannuler également le prarabdha.
99. Si lignorant maintient cette
position de manière arbitraire,
non-seulement il se retrouvera pris dans deux
absurdités, mais il risquera aussi de
rejeter la conclusion Védantique. Il
convient donc de naccepter que les
Écritures en tant que source de Connaissance
véritable.
100. Maintenant, pour la réalisation
de la Connaissance susmentionnée, je vais
faire lexposé des quinze paliers
à laide desquelles on doit pratiquer
à tout moment la méditation
profonde.
101. Le Soi qui est à la fois
Existence et Connaissance absolues, ne peut
être réalisé sans pratique
constante. En conséquence, celui qui
recherche la Connaissance doit longtemps
méditer sur la Réalité afin
que sactualise le but
désiré.
102-103. Les paliers sont
énumérées comme suit et dans
lordre : le contrôle des sens, le
contrôle du mental, le renoncement, le
silence, lespace, le temps, la posture, la
racine qui maîtrise [mulabandha],
léquilibre du corps, la constance de
la vision, le contrôle des forces vitales, le
retrait de lactivité mentale, la
concentration, la contemplation du Soi et
labsorption totale.
104. La maîtrise de tous les sens mise
en uvre par une Connaissance telle que
" Tout ceci est la
Réalité " porte le juste nom de
Yama ; elle doit être pratiquée sans
relâche.
105. Le flot continu dune seule sorte
de pensée, à lexclusion de
toutes les autres, sappelle niyama ; niyama
est véritablement la Félicité
suprême et les sages la pratiquent
constamment.
106. Abandonner lunivers en
réalisant quil est le Soi
omni-conscient, est le vrai renoncement
honoré par les grands, car sa nature est la
libération instantanée.
107. Les sages doivent constamment faire un
avec ce silence auquel les mots et le mental
retournent sans pour autant latteindre, mais
que les yogin peuvent atteindre.
108-109. Qui peut décrire Cela
doù les mots se détournent ?
Ainsi, le silence est inévitable
lorsquon décrit la
Réalité. Ou encore, si le monde
phénoménal devait être
décrit, même cela est inexprimable.
Ceci, en dautres termes, peut
également appartenir au silence connu des
sages comme étant inséparable du Soi.
A lopposé, lobservance du
silence par la maîtrise de la parole est
prescrite par les Enseignants de la
Réalité aux ignorants.
110. Cette solitude est connue comme
étant lespace au sein duquel
lunivers nexiste ni au début ni
au milieu ni à la fin, mais qui
limprègne de tout temps.
111. La Réalité non-duelle,
qui est félicité, est
assimilée au mot " temps ", car en
un clin dil, il donne naissance
à tous les êtres, de la
Réalité au plus irréel.
112. La méditation sur la
Réalité qui se déroule
spontanément et continûment doit
être reconnue comme étant la bonne
posture, et à lexclusion de toutes les
autres, car elles détruisent le bonheur.
113. Ce qui est bien connu comme
étant lorigine de tous les êtres
et le support de lunivers entier, qui est
immuable et dont les éveillés sont
complètement immergés cela
seul porte le nom de Siddhasana [la
Réalité éternelle].
114. Cela qui est lorigine de toute
existence et cela doù provient la
maîtrise de lesprit sappelle la
racine qui maîtrise [mulabandha] ;
cette racine doit toujours être
adoptée puisquelle convient aux
pratiquants du raja yoga.
115. Labsorption en la
Réalité uniforme doit être
connu comme étant léquilibre
des membres [dehasamya], car le simple
raidissement du corps comme sil était
un arbre desséché nest pas un
signe déquilibre.
116. En convertissant la vision ordinaire du
monde en vision de Connaissance on doit voir le
monde en tant que la Réalité
même. Cest la plus noble des visions,
ce que nest pas celle qui consiste à
se concentrer sur le bout du nez.
117. Autrement dit, on doit diriger son
regard vers Cela seul où toute distinction
entre celui qui voit, voir et ce qui est vu cesse
et, non vers le bout du nez.
118. Suspendre toutes les fluctuations
mentales en considérant les états
mentaux, tels les souvenirs, comme étant la
seule Réalité, sappelle
pranayama.
119-120. Nier le monde
phénoménal porte le nom de rechaka
[expiration]. Penser : " En
vérité je suis la
Réalité " sappelle puraka
[inspiration] et la stabilité de
pensée qui en résulte est
nommée kumbhaka [contrôle de la
respiration]. Voilà comment se
déroule véritablement le pranayama
des éveillés, alors que les ignorants
ne font que torturer leur nez.
121. Labsorption du mental dans la
Conscience suprême en réalisant le Soi
dans tous les objets est appelée pratyahara
quamène la réalisation du Soi
au sein de toute chose. Cela doit être
pratiqué par ceux qui cherchent la
libération.
122. Léquilibre de
lesprit amené par la
réalisation de la Réalité,
quelle que soit la direction vers laquelle la
pensée se dirige, porte le nom de
concentration suprême [dharana].
123. Demeurer indépendant de tout, en
conséquence de la pensée
irréfutable : " En
vérité, je suis la
Réalité ", est ce que lon
appelle dhyana [méditation] et
cest générateur de
félicité.
124. Loubli complet de toute
pensée, en la neutralisant dabord,
puis en lidentifiant à la
Réalité, porte le nom de samadhi ou
de Connaissance.
125. Laspirant doit attentivement
pratiquer cette méditation qui
révèle sa Félicité
naturelle jusquà ce que, une fois sous
son contrôle complet, elle se produit
spontanément et instantanément
dès quil y fait appel.
126. Ayant atteint la perfection, il, le
meilleur de tous les yogis, se libère de
toute pratique. La nature véritable
dun tel homme ne saurait jamais se
transformer en un objet du mental ou de la
parole.
127-128. De nombreux obstacles comme le
manque dinvestigation, le désir des
sens, le sommeil, lennui, la distraction, la
joie et limpression de vide apparaissent
inévitablement au cours de la pratique du
samadhi. Cependant, celui qui désire la
Connaissance de la Réalité doit peu
à peu triompher de ces innombrables
obstacles.
129. Pendant quil pense à un
objet, en vérité, le mental
sidentifie à lui, et lorsquil
pense à un vide, il se réduit
effectivement à un néant. Par contre,
par la pensée de la Réalité,
il parvient à la perfection. On doit, donc
penser constamment à la
Réalité pour atteindre la
perfection.
130. Ceux qui abandonnent cette
pensée de la Réalité
suprêmement purificatrice, vivent en vain et
au même niveau que des bêtes.
131. Sont véritablement bénies
ces personnes vertueuses qui prennent dabord
pleinement conscience de la Réalité
puis la développent de plus en plus. On les
respecte où quelles aillent.
132. Seuls ceux chez qui cette conscience de
la Réalité, omniprésente, se
développe en maturité, atteignent
létat de la Réalité qui
existe de toute éternité. Les autres
ne font que jouer avec les mots.
133. Ceux qui sont doués pour
discuter de la Réalité sans
lavoir réalisée et qui sont
très fortement attachés au plaisirs
du monde, naissent et meurent de façon
répétée en conséquence
de leur ignorance.
134. Tout comme lont fait les sages
Brahma, Sanaka, Suka et dautres en leur
temps, laspirant à la
Réalité ne doit pas demeurer un seul
instant sans la pensée de la
Réalité.
135. La nature de la cause est
inhérente à leffet et non vice
versa ; ainsi, en faisant appel au raisonnement, on
saperçoit quen labsence de
leffet la cause en tant que telle
disparaît.
136. Alors seule demeure cette pure
Réalité qui dépasse les mots.
Ceci doit être véritablement compris
à laide de lexemple de
largile et du pot.
137. Ce nest que de cette façon
quémerge au sein des esprits purs une
conscience de la Réalité, qui se
dissout ensuite dans cette
Réalité.
138. On doit dabord rechercher la
cause par la négation, puis la
découvrir par laffirmation comme
étant toujours inhérente à
leffet.
139. En vérité, on devrait
voir la cause dans leffet, puis rejeter
complètement leffet. Ce qui demeure
alors, le sage le devient lui-même.
140. Une personne qui médite sur
quelque chose avec une grande assiduité et
une conviction inébranlable, devient cette
chose même. On peut comprendre cela avec
lexemple de la guêpe et du vers.
[Une croyance populaire veut que
lorsquune guêpe emporte un insecte dans
son trou, ce dernier est tellement terrorisé
quil pense constamment à son
agresseur, jusquà se transformer
lui-même en guêpe. De même, la
personne qui médite sur la
Réalité de tout son esprit finit par
devenir la Réalité le moment
venu.]
141. Le sage doit constamment et avec
vigilance considérer linvisible, le
visible et tout le reste comme étant son
propre Soi, qui est Conscience même.
142. Ayant réduit le visible à
linvisible, le sage doit considérer
lunivers comme faisant un avec la
Réalité. Ainsi seulement, il
demeurera dans le Bonheur éternel avec un
esprit rempli de Conscience et de
Félicité.
143. Ainsi a été décrit
le raja-yoga qui consiste des paliers ci-dessus
expliqués. Pour le bien de ceux dont les
désirs du monde nont été
que partiellement atténués, le
raja-yoga sera pratiqué conjointement avec
le hatha-yoga.
144. Le seul raja-yoga produira la
perfection uniquement chez ceux dont lesprit
est à pleine maturité. A nouveau, la
pureté desprit est rapidement
accessible à ceux qui sont
dévoués à l'Enseignant et
à la Divinité.
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